L’armée française occupe la Ruhr

Ça s'est passé un 

11 Janvier 1923

Grands vainqueurs de la première guerre mondiale, les Alliés (France, Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis) imposèrent de dures conditions de paix à l’Autriche-Hongrie et à l’Allemagne vaincues. L’Allemagne perdait  un dixième de sa population et un huitième de son  territoire au profit de la Belgique, de la Pologne et de la France qui récupéra l’Alsace et la Lorraine enlevées en 1871. Les exigences du président de la république française Raymond Poincaré et de président du Conseil Georges Clemenceau (annexion de la rive gauche du Rhin, contrôle de la Ruhr) furent combattues et rejetées par les Etats-Unis et le Royaume-Uni qui les jugeaient excessives. Les clauses militaires étaient également sévères. Le grand Etat-major allemand était dissous et le service militaire aboli. L’armée allemande était limitée à 100 000 hommes et les forces navales à 16 000 hommes. Les Alliés lui interdirent de posséder de l’artillerie, de l’aviation, des chars, des cuirassés, des sous-marins. Enfin, le pays devait payer des « réparations » financières. En attendant la fixation de leur montant, l’Allemagne versait à titre de provision 20 milliards de mark-or. Elle devait livrer une partie de sa flotte de commerce et du matériel ferroviaire. Enfin, l’Allemagne était appelée à reconnaitre sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre. Le projet de traité provoqua l’hostilité de la population et du gouvernement allemand. L’Etat-major envisagea de résister par la force. Pendant quelques jours, les chancelleries envisagèrent la reprise du conflit. Le chancelier social-démocrate Scheidemann préféra démissionner plutôt que de le signer. 

Finalement, à la suite d’un ultimatum des Alliés, l’Assemblée parlementaire de Weimar accepta le texte le 22 juin. Le 28 juin 1919, cinq ans jour pour jour après l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand qui provoqua le déclenchement de la première guerre mondiale, le Traité fut solennellement signé dans la galerie des glaces du Château de Versailles, là où 58 ans plus tôt, Otto von Bismarck avait proclamé le Reich allemand. Les deux années suivantes, les clauses territoriales et militaires du Traité de Versailles entrèrent en vigueur. En revanche, les clauses économiques et financières furent partiellement appliquées. A la suite de retards du paiement des réparations, les armées françaises et belges occupèrent en mars 1921 les villes de Düsseldorf, Duisbourg et Ruhrort en Rhénanie. L’année suivante, les autorités allemandes se retrouvèrent démunies face à une inflation galopante qui ruinait l’économie du pays. Elles demandèrent aux Alliés une suspension des  indemnisations. Une conférence fut convoquée à Londres pour trouver un compromis. Côté français, la délégation était conduite par Raymond Poincaré, qui au terme de son mandat de président de la République en 1920 était redevenu président du Conseil des ministres le 15 janvier 1922. Opposé à tout accommodement avec l’ennemi d’hier dont les troupes avaient dévasté le nord et l’est de la France, le chef du gouvernement français était bien décidé « à faire payer le boche ». L’échec de la conférence précipita les événements. Poincaré se concerta avec le roi des Belges Albert 1er. Le 11 janvier, les armées françaises et belges occupèrent la Ruhr et prirent le contrôle des principales villes (Essen, Bochum, Dortmund), des installations industrielles et du bassin minier, convoité par les entrepreneurs lorrains. Le chef du  gouvernement français affirma ainsi prendre des gages productifs. Les autorités allemandes répliquèrent en appelant à une « résistance passive ». Mais l’occupation  des mines par les troupes franco-belges privèrent  les usines allemandes du  charbon nécessaire à leur fonctionnement. Paralysée, la production industrielle s’effondra.

 Le chancelier Wilhelm Cuno démissionna. En septembre 1923, son successeur Gustav Stresemann mit fin à la résistance passive et s’engagea à respecter les clauses financières du Traité de Versailles. . La France semblait sortir victorieuse du bras de fer mais l’action de Poincaré avait été contestée en France par la gauche. Mais Poincaré fut battu aux élections législatives de mai 1924. Son successeur Edouard Herriot adhéra à un arrangement (plan Dawes) proposé par les anglo-américains qui prévoyait un étalement des réparations dus par l’Allemagne. Les Français et les belges finirent d’évacuer la Ruhr en juillet 1925. La crise économique et financière de 1929 interrompit définitivement le paiement des indemnités. Plus grave, l’occupation avait provoqué un fort ressentiment en Allemagne. Un caporal autrichien, Adolf Hitler, sut capter à son profit le sentiment nationaliste de la population.

J.-P.G.

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18 Décembre 2018 - 10:20am

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