L’Irlande devient un Etat indépendant

Ça s'est passé un 

6 Décembre 1923

Envahie et conquise progressivement par les Anglais dès le XIe siècle, l’Irlande fut intégrée au Royaume-Uni au XVe siècle. Depuis la perte de leur indépendance, les Irlandais vouaient une haine tenace aux Anglais qui s’étaient emparés des meilleures terres, à grands coups d’expropriations et de violences. La religion fut une autre cause de discorde. Ralliée au protestantisme, la puissance tutélaire voulut imposer la Réforme aux Irlandais, restés de fervents catholiques. Devant leur refus d’adopter la nouvelle religion, la couronne anglaise imposa en 1704 aux Irlandais de terribles restrictions : interdiction de postuler aux emplois publics, d’acheter des terres, bannissement de la hiérarchie catholique. Ce n’est qu’en 1829 que les catholiques irlandais furent émancipés. La grande famine meurtrière des années 1846/1848 raviva l’hostilité des Irlandais qui accusaient les propriétaires anglais de l’avoir favoriser en laissant en jachère les terres volées aux locaux les décennies précédentes. Deux millions d’Irlandais émigrèrent notamment aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Les autorités anglaises menèrent des politiques répressives ou libérales suivant les circonstances et les époques. Des réformes agraires en 1896 et en 1903 permirent la restitution aux Irlandais d’une partie des terres volées les siècles précédents. Mais désormais, les Irlandais réclamaient l’indépendance pure et simple du pays. Un parti le Sinn Féin porta les revendications des nationalistes. En revanche, les protestants irlandais, nombreux dans le nord de l’île, restaient de farouches partisans de l’union avec le Royaume-Uni. Opposés à la sécession, ils levèrent une armée de 100 000 volontaires.

Un climat de guerre civile s’installa. A Londres, la Chambre des lords refusa de voter une nouvelle restitution des terres à leurs anciens propriétaires. Quand éclata la Grande Guerre à l’été 1914, les nationalistes prirent position contre l’engagement des Irlandais dans l’armée britannique. L’appel ne fut pas entendu puisque 200 000 hommes se portèrent volontaires pour combattre les Allemands sur le front français. Les chefs irlandais jugèrent néanmoins que le moment était favorable pour déclencher une insurrection. Ils constituèrent une armée clandestine regroupant les miliciens de l’Irish Republican Brotherhood, ceux de l’ICA de James Connolly, les Irish Volunteers, l’Irish Citizen Army, le Cumann na mBan, l’Hibernian Rifle, le Fianna Eireann. Roger Casement, un ancien diplomate britannique, prit contact avec les autorités allemandes et négocia la livraison d’un chargement d’armes. Les différentes factions irlandaises se réunirent en janvier 1916 et fixèrent la date du déclenchement de la révolte au 24 avril, le jour du lundi de Pâques. Le jour convenu, près 1200 patriotes volontaires irlandais s’emparèrent de plusieurs bâtiments officiels à Dublin dont la poste centrale, la gare, le palais de justice, un hôpital ainsi que plusieurs entreprises. Ils attaquèrent également plusieurs casernes de l’armée britannique. L’insurrection était commandée par James Connolly et Patrick Pearse. Ce dernier proclama la république d’Irlande devant une foule surprise et effrayée. Beaucoup s’inquiétaient pour leur fils ou maris partis combattre sur le continent. Un gouvernement provisoire fut constitué. Il était composé notamment de Patrick Pearse, James Connolly, Tom Clarke, Eamon de Valera, Joseph Plunkett. Les insurgés commirent la double erreur de ne pas attaquer le Castel où siégeait l’état-major anglais et de laisser fonctionner le centre des communications. Maitres du téléphone, les Anglais appelèrent à la rescousse, les unités militaires stationnées dans plusieurs villes de la province. Etrangement, les 3000 insurgés disséminés en dehors de Dublin restèrent passifs.

 Le 25 avril, les troupes britanniques contre-attaquèrent. Ils bombardèrent les places fortes tenues par les Irlandais. Une sanglante bataille de rues opposa les belligérants. En infériorité numérique face aux 16 000 soldats britanniques et aux 1000 policiers, les patriotes résistèrent jusqu’au 29 avril. Patrick Pearse, chef autoproclamé du gouvernement provisoire, décréta l’arrêt des combats, l’échec de l’insurrection et la reddition sans condition des combattants. L’insurrection de la « Pâques sanglante » avait causé la mort de 64 rebelles, 169 britanniques et 318 civils. On releva plusieurs milliers de blessés. Une répression féroce s’abattit sur les insurgés. L’armée arrêta 5000 personnes. Hâtivement réunies, des cours martiales militaires prononcèrent 90 condamnations à mort contre les chefs de l’insurrection. Seize condamnés furent exécutés dans la prison de Kilmainham, à Dublin. Patrick Pearse ouvrit la série et fut fusillé le 3 mai. James Connolly la ferma le 12 mai. Un seul des chefs de l’insurrection échappa à la peine capitale : Eamon de Valera. Citoyen américain, il bénéficia d’une mesure de clémence.

 Ce dernier conduisit la liste du Sinn Féin aux élections législatives de décembre 1918. Vainqueur de la consultation, il forma un parlement irlandais séparé et proclama unilatéralement l’indépendance de l’île rebelle en janvier 1919. Le conflit reprit. Les actes de guérilla des nationalistes entretinrent un climat de guerre dans le pays. Conscientes que les armes ne pourraient régler la question irlandaise, les deux parties décidèrent d’ouvrir des négociations. Un cessez-le-feu fut signé. Les négociateurs se réunirent à Londres. Le 6 décembre 1921 un traité anglo-irlandais fut signé dans la capitale britannique. L’Irlande était partagée en deux entités : la plus grande partie de l’île devenait un Etat indépendant sous le nom officiel d’Etat libre d’Irlande, la province de l’Ulster au nord-est de l’île peuplée en majorité de protestants restait dans le Royaume-Uni. De Valera s’opposa à l’accord. Il souhaitait l’indépendance de toute l’île. En revanche, au parlement irlandais les modérés triomphèrent et validèrent le traité avec le Royaume-Uni par 64 voix contre 57, le 7 janvier 1922. De Valera déclencha une guerre civile destructrice contre ses anciens amis. Mais finalement battu en mars 1923, il renonça à ses positions extrémistes et accepta le traité qui entra officiellement en vigueur le 6 décembre 1923.

J.-P.G.

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29 Novembre 2017 - 9:06am

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