La chute du camp de Diên Biên Phu

Ça s'est passé un 

7 Mai 1954

Pourquoi en novembre 1953 les parachutistes français s’étaient-ils retranchés à Diên Biên Phu, une vallée agricole de 17 kilomètres de long sur 6 kilomètres de large, à 400 mètres d’altitude, entourée de collines culminant à 1300 mètres ? Située dans le haut Tonkin, à trois cents kilomètres à l’ouest de Hanoi, la cuvette isolée proche des frontières chinoises et laotiennes présentait selon l’Etat-major français plusieurs avantages : elle coupait les routes terrestres d’approvisionnement du Viet Minh ; le contrôle des rizières par les français privait les insurgés communistes de nourriture ; un aérodrome construit par les japonais pendant la seconde guerre mondiale permettait un ravitaillement régulier des 10 800 soldats français et vietnamiens par la voie aérienne ; le relief n’était pas propice à l’installation de pièces d’artillerie ennemies qui seraient immédiatement repérées sur les pentes et détruites.

 En 1952, les soldats du Viet Minh commandés par le général Giap avaient subi une lourde défaite lors de l’attaque d’un camp retranché, similaire à celui de Diên Biên Phu, installé à Na San par le corps expéditionnaire français. La défaite des révolutionnaires avait conforté l’Etat-major français dans sa stratégie. La suite prouva qu’il se trompait lourdement. Le général Giap avait également tiré les leçons de l’échec subi par son armée l’année précédente. Il fit acheminer dans le plus grand secret du matériel lourd en pièces détachées autour du camp retranché. 

 Jours et nuits, pendant plusieurs mois, 260 000 coolies transportèrent des pièces d’artillerie, des munitions et du ravitaillement, à pied ou à vélo, en empruntant des chemins de fortune tracés dans la jungle et donc cachés à la vue des avions. Fin février, le camp était encerclé par les forces Viet Minh.

 Le 13 mars 1954, dans la soirée, après une intense préparation d’artillerie - plusieurs milliers d’obus furent tirés -, le Viet Minh lança une première offensive contre une position baptisée Béatrice. A minuit, malgré une résistance héroïque des légionnaires français dont les officiers avaient été tués, la colline tomba entre les mains des assaillants. Le 14 mars à 20 heures, Giap lança ses troupes contre le centre de résistance Gabrielle. Au matin du 15 mars, les français durent abandonner la position. Après une accalmie de quinze jours, Giap reprit l’offensive le 30 mars. Cinq points d’appuis tombèrent entre les mains des communistes. Les Français contrattaquèrent le 31 et reprirent deux positions mais les abandonnèrent faute de renfort. Toutes les tentatives pour secourir les assiégés par voie terrestre ou par voie aérienne échouèrent. Durant le mois d’avril, le Viet Minh continua à grignoter les positions françaises.

Le 1er mai, les 35 000 soldats du Viet Minh lancèrent leur assaut final. Le 7 mai, le général Cogny basé à Hanoï ordonna au colonel (nommé général sur le champ de bataille) de Castries, commandant des troupes françaises, de cesser le feu. Après 57 jours de combat, le camp retranché tombait entre les mains des forces du Viet Minh. 2293 soldats de l’Union française avaient été tués et 5195 blessés. Les Vietnamiens avaient perdu entre 4000 et 8000 hommes. Les vainqueurs firent 11 721 prisonniers français. Ils décidèrent de les interner dans des camps de « rééducation » situés près de la frontière chinoise. Les captifs rejoignirent leur centre de détention après une marche forcée de 700 kilomètres à travers la jungle et les montagnes. Mal nourris, victimes de sévices, 70% des prisonniers (7801) moururent ou disparurent pendant la marche ou en captivité. Seuls 3290 d’entre eux furent libérés, la paix signée.

 La chute de Diên Biên Phu provoqua une crise politique en France, l’accession au pouvoir de Pierre Mendès-France et l’ouverture de négociations de paix à Genève. Le 20 juillet 1954, un accord entre les belligérants entérina la division du Vietnam en deux pays, à hauteur du 17 ème parallèle : au nord, s’installait un régime communiste ; le sud restait sous le contrôle d’un gouvernement pro-occidental. Le parlement approuva l’accord à une écrasante majorité : 569 voix pour et 9 contre.

Demain : Les deux capitulations de l'Allemagne 

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14 Avril 2016 - 6:13pm

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