La France déclare la guerre à la Prusse

Ça s'est passé un 

19 Juillet 1870

Dans les années 1860, la politique du chancelier Otto von Bismarck visant à rassembler les Etats allemands autour de la Prusse inquiétait la France. Napoléon III redoutait la naissance à ses frontières d’une nation puissante et jeune qui à l’évidence n’avait pas terminé son unification. Le duché du Luxembourg, une terre où l’on parlait allemand, membre de surcroit de la Confédération germanique, serait-il la prochaine proie de la Prusse ? Napoléon III le craignait. Déjà une garnison prussienne était installée dans la capitale du Luxembourg. Pour desserrer l’étau, l’empereur proposa en 1867 aux chancelleries européennes d’acheter le duché. Sa proposition fut rejetée par la communauté internationale et provoqua une crise avec la Prusse que Bismarck exploita avec habileté. En 1869, la tension monta d’un cran quand un prince prussien Léopold Hohenzollern posa sa candidature au trône d’Espagne qui était vacant après l’abdication de la reine Isabelle II. Le spectre d’un encerclement se précisait. Le retrait de la candidature de Léopold ne calma pas la situation. Napoléon III exigea que la Prusse s’engageât à renoncer dans le futur à présenter un candidat. Guillaume 1er en cure à Ems reçut l’ambassadeur de France le comte Benedetti et lui signifia qu’il ne pouvait s’engager pour l’avenir. L’après-midi, l’ambassadeur sollicita une nouvelle audience, mais on l’éconduit poliment. Le soir, le roi envoya une dépêche à Bismarck pour lui relater son entrevue avec le diplomate français. 

 Le ministre-président trafiqua le texte du télégramme de sorte qu’il apparut comme un affront fait à la France. Il le communiqua le 14 juillet aux ambassadeurs prussiens à l’étranger et aux journaux qui s’empressèrent de le publier. Le texte indiquait : « Sa majesté le roi a refusé de recevoir encore une fois l’ambassadeur français et lui a fait dire par l’aide de camp de service qu’il n’avait plus rien à communiquer à l’ambassadeur ». Connue à Paris le jour même, la dépêche suscita une vague d’indignation parmi les parlementaires français et déchaina l’opinion publique. Les rares députés qui firent remarquer à leurs collègues que la candidature Hohenzollern avait été retirée - ce qui constituait une belle victoire diplomatique de la France - furent hués et traités de « prussiens ».

 Le premier ministre Emile Olivier demanda le 15 juillet à la Chambre de voter les crédits nécessaires à la guerre, ajoutant : « De ce jour commence pour les ministres mes collègues et pour moi une grande responsabilité. Nous l’acceptons d’un cœur léger ». Pendant ce temps une foule hystérique, confiante dans la victoire, criait dans les rues de la capitale : « A Berlin ! ». Napoléon III interrogea le maréchal Lebœuf, ministre de la guerre, sur l’état de préparation de l’armée française. Le militaire répondit péremptoire : « Quand la guerre devrait durer un an, il ne manque pas un bouton de guêtre ». Le 19 juillet, le chargé d’affaires de l’ambassade de France remit officiellement à Bismarck le texte de la déclaration de guerre.

 Contrairement aux affirmations du ministre de la guerre, l’armée française n’était pas préparée pour la guerre. Face aux 500 000 soldats prussiens bien entrainés et dotés d’un armement moderne, elle ne pouvait théoriquement aligner que 350 000 soldats. Mais environ 100 000 d’entre eux avait été déployés en Algérie et à Rome pour protéger le pape contre les patriotes italiens de Garibaldi. En outre, les soldats Français avec leur pantalon garance et leur tunique bleu constituaient des cibles faciles pour les prussiens, vêtus pour leur part d’uniformes sombres qui leur permettaient de se fondre dans la nature. L’artillerie prussienne composée de canons Krupp en acier que l’on chargeait par la culasse dominait les canons français en bronze, chargés par la bouche, comme pendant les guerres napoléoniennes, six décennies plus tôt. Le fusil français Chassepot d’une portée de 1800 mètres était supérieur au Dreyse allemand. Problème de taille : les cartouches étaient en nombre insuffisant.

 Les opérations militaires commencèrent le 2 août. L’Alsace et la Lorraine furent perdues avant la fin du mois. 150 000 soldats français se réfugièrent dans la ville de Metz. Une armée de secours commandée par Napoléon III échoua à les libérer et capitula sans condition à Sedan, le 2 septembre. En six semaines, l’empereur perdit une guerre, son empire, sa liberté et son honneur. Le 4 septembre, Gambetta proclama la Troisième République.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Fin de la guerre d’Indochine

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18 Juin 2016 - 6:17pm

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