La gauche bouscule les gaullistes

Ça s'est passé un 

12 Mars 1967

Neuf ans après le retour au pouvoir du général de Gaulle, la France de 1967 avait retrouvé la stabilité politique et profitait des bienfaits de la société de consommation. La progression du pouvoir d’achat avait amélioré la qualité de vie de ses habitants. Des statistiques montraient que 58 % des Français possédaient un réfrigérateur (21% en 1957), 48% une automobile (26 % en 1957), 44% un téléviseur, 41% une machine à laver (12% en 1957). Cette prospérité économique devait être mise au crédit des partis au pouvoir et notamment aux gaullistes, pensaient les observateurs politiques. Selon leur analyse les élections législatives organisées en mars 1967 allaient sans aucun doute donner mandat à la majorité sortante pour poursuivre le travail commencé. Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Le premier tour organisé le 5 mars sembla leur donner raison : les candidats (gaullistes, giscardiens et divers droite) présentés sous le sigle de la Vème République obtenaient 1,5 million de voix de plus qu’en 1962. Avec 38% des suffrages exprimés, ils devançaient largement le parti communiste, la fédération de la gauche et les centristes. Entre les deux tours, les sondages annoncèrent une éclatante victoire des gaullistes et de ses alliés. C’était oublier l’alerte de décembre 1965 qui avait vu le général de Gaulle mis en ballotage par François Mitterrand à l’occasion de la première élection présidentielle au suffrage universel organisée sous la Vème République. Le second tour les élections réserva une première surprise.

Les socialistes et les communistes décidèrent de se désister pour le candidat de gauche le mieux placé. Ainsi, dans les 398 circonscriptions en ballotage, l’élection opposa des candidats estampillés Vème république à des membres de l’opposition de gauche, communiste ou socialiste. Les triangulaires qui favorisaient la majorité sortante étaient réduites à une dizaine de cas. La deuxième surprise concerna le report des voix centristes. Une part importante se porta sur les candidats de gauche. Les résultats firent l’effet d’une bombe : en France métropolitaine, la gauche et les centristes remportaient 237 sièges contre 233 sièges à la majorité sortante qui était minoritaire. Le vote de l’Outre-mer permit à cette dernière de se rétablir : les 14 sièges mis en jeu tombèrent dans son escarcelle et portèrent son total à 247. Le pouvoir gaulliste avait échappé de peu à la défaite électorale et à la crise de régime. Une cohabitation entre Charles de Gaulle, président, et François Mitterrand, premier ministre, était-elle possible ?

Jean-Pierre Giovenco

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8 Février 2016 - 9:04am

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