La guerre de Kippour ébranle Israël

Ça s'est passé un 

6 Octobre 1973

En juin 1967, il n’avait fallu que six jours à Tsahal pour vaincre les armées égyptiennes, syriennes et jordaniennes. Au lendemain de leur éclatante victoire, les israéliens se crurent invincibles. En juillet 1973, le général Ariel Sharon exprimait avec provocation le sentiment de supériorité qui l’habitait : « Israël est une superpuissance. En une semaine, nous pouvons conquérir toute la région allant de Khartoum à Bagdad et à l’Algérie ». Fanfaronnade ridicule d’un général qui prenait ses rêves pour la réalité? Pas tout à fait. Des universitaires américains, habitués à plus de mesure, formés à analyser avec lucidité les rapports de force politiques et militaires entre nations, peu suspects de vouloir jouer les fiers à bras, tenaient des propos similaires, l’envie d’humilier en moins. L’un d’eux le très respecté M. Holbrooke écrivait en septembre 1973 dans la revue Foreign Policy qu’il dirigeait : « Jamais auparavant, dans sa tumultueuse histoire, Israël n’a été autant en sécurité ni tellement supérieur du point de vue militaire. Six ans après la guerre de Six Jours, une guerre ouverte entre Israël et ses voisins semble moins probable qu’à aucun moment dans le passé ». Cette analyse rassurante était motivée par un fait nouveau survenu en juillet 1972. Le président Anouar El-Sadate avait rompu avec la politique prosoviétique de son prédécesseur Gamal Abdel Nasser dont il n’approuvait pas les orientations « socialistes ». L’expulsion des conseillers moscovites rassura les israéliens. 

 Sans eux, pensaient-ils, jamais les Egyptiens ne pourront monter une offensive. Un mois après la publication de l’article, la région était à feu et à sang à la suite d’une nouvelle guerre israélo-arabe. Elle avait été voulue, préparée et déclenchée par le président égyptien Anouar el-Sadate (lire son portrait ci-contre). Personne ne l’avait pris au sérieux quand il avait annoncé – à plusieurs reprises – ses intentions. Affirmant que l’affrontement était devenu inéluctable depuis que « toutes les portes lui avaient été claquées au nez » par les Américains et les Israéliens. Beaucoup croyaient – y compris en Egypte – que le raïs se livrait à de simples rodomontades, pour amuser la galerie et faire patienter son peuple humilié par l’occupation de la péninsule du Sinaï. Tous se trompaient. Dans le secret le plus absolu, il demanda à ses généraux de préparer une attaque surprise sur la rive droite de canal de Suez où s’était retranchée l’armée israélienne. Dotée d’un armement moderne, bien entrainée, l’armée était commandée par des généraux aux « ventres plats », formés dans les meilleures Académies, qui avaient remplacé les vieux pachas ventripotents, moustachus et incompétents. Mis dans la confidence, les dirigeants syriens acceptèrent de participer à la guerre. Ils souhaitaient récupérer le plateau du Golan occupé par Israël depuis juin 1967.

L’attaque surprise se produisit le 6 octobre 1973 en début d’après-midi, le jour de la fête juive du Yom Kippour et du Ramadan pour les musulmans. Les commandos égyptiens traversèrent le canal de Suez, installèrent des têtes de pont sur la rive opposée et permirent au gros de la troupe de franchir la voie d’eau. Pendant les premières heures du conflit, les Egyptiens enfoncèrent les fortifications défensives israéliennes – baptisées ligne Bar-Lev du nom du général qui l’avait conçue – qui couraient le long du canal. Les divisions blindées s’enfoncèrent dans le Sinaï. Dans le même temps, une puissante attaque permit aux syriens de récupérer une grande partie du plateau du Golan. Prise par surprise, bousculée par la violence de l’attaque, Tsahal avait reculé. Pour la première fois depuis sa création en 1948, Israël était sur la défensive et subissait les événements. Le pays était-il menacé d’une invasion ? C’était peu probable. Le Caire et Damas expliquèrent que le but assigné à leurs troupes était la libération des territoires conquis en 1967. L’offensive arabe se poursuivit le lendemain avec la même violence, les israéliens tentèrent de stabiliser les fronts. Ils y parvinrent à partir du 10 octobre et lancèrent des contre-offensives sur les deux fronts.

 De dures batailles de chars se déroulèrent dans le désert du Sinaï. Renforcés par des contingents jordaniens, irakiens, marocains, tunisiens les armées égyptiennes et syriennes lancèrent de vigoureuses contre-offensives les 14, 17, 19 octobre dans le Sinaï, le 17 puis le 21 octobre sur le Golan, causant de lourdes pertes aux israéliens. Mais bientôt le rapport des forces changea au profit d’Israël. Le 15 octobre, la division du général Sharon réussit à établir une tête de pont sur la rive occidentale du canal de Suez. Bien qu’attaqué sans relâche par les Egyptiens, les israéliens parvinrent peu à peu à élargir leur percée le 20 octobre. Ce fut le tournant de la guerre. Le 22 octobre, Tsahal encercla la IIIe armée égyptienne au sud du Sinaï. Le lendemain, les israéliens atteignirent Suez et Ismaïlia, coupant les arrières de la IIIè armée. Le lendemain, le Conseil de sécurité de l’ONU vota une résolution imposant le cessez-le-feu aux belligérants. Le président Sadate accepta avec sagesse de mettre bas les armes. Israël et la Jordanie firent de même. La Syrie accepta le lendemain.

 La quatrième confrontation militaire entre les pays arabes du « champ de bataille » et Israël se terminait par une nouvelle victoire de l’Etat juif. Douze mille soldats périrent sur les différents champs de bataille. Les Arabes (Egyptiens, Syriens, Jordaniens, Irakiens) perdirent 9 500 hommes et eurent 19 850 blessés. Les pertes israéliennes s’élevèrent à 3 020 morts - un chiffre énorme pour un pays de 3,3 millions d’habitants - et 8 135 blessés. La guerre provoqua une grave crise politique en Israël. Des mythes propagés par la classe politique ou des universitaires s’effondrèrent comme châteaux de cartes : l’armée qui avait été submergée au début de l’offensive n’était plus invincible, les services de renseignements qui n’avaient pas prévu l’attaque n’étaient pas infaillibles. Le premier ministre Golda Meir et le ministre de la Défense le général Dayan furent vivement critiqués. 

Jean-Pierre Giovenco

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19 Septembre 2016 - 6:03am

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