La marine française vaincue à Trafalgar

Ça s'est passé un 

21 Octobre 1805

Sacré empereur des Français le 2 décembre 1804, Napoléon 1er débuta l’année 1805 avec le projet d’en finir une fois pour toute avec l‘Angleterre qui s’opposait à ses projets de conquête en Europe et avait instauré un blocus maritime. Il décida d’envahir les îles britanniques. Il mobilisa 150 000 soldats sur la côte française aux environs de Boulogne. Deux mille chalands devaient leur faire traverser la Manche. Il fallait au préalable éloigner la flotte anglaise du détroit. L’empereur conçut un plan compliqué. Pour ne pas alerter l’ennemi insulaire, il ordonna à l’amiral Pierre de Villeneuve enfermé dans le port de Toulon de rejoindre les Antilles avec ses navires. Il espérait que le vice-amiral Horatio Nelson, commandant de la flotte anglaise, engagerait la poursuite. Arrivé à destination, Villeneuve devait rebrousser chemin et toutes voiles dehors mettre le cap sur l’Europe pour bloquer l’entrée de la Manche, à hauteur du Pas de Calais. L’exécution du plan prit du retard en raison de l’irrésolution de l’amiral français. Il franchit le détroit de Gibraltar seulement en avril et se dirigea comme convenu vers la Martinique avec à ses trousses la Royal Navy anglaise qui échoua à le rattraper. Après avoir atteint les Caraïbes en mai, les vingt navires de guerre français renforcés par des six vaisseaux espagnols cinglèrent comme convenu plein Est en direction de l’Europe, en juin. Le 9 juillet la flotte franco-espagnole arriva au large du cap Finisterre près de La Corogne. Une tempête bloqua les navires à l’entrée du Golfe de Gascogne.

 Repéré par des navires britanniques, un engagement se produisit le 23 juillet entre les deux flottes. Villeneuve décida de se réfugier dans le port de Ferrol en Galice le 1er août. Napoléon 1er qui attendait à Boulogne ordonna à l’amiral français de rejoindre au plus vite Brest. Les français appareillèrent mais au bout de plusieurs jours de navigation ils aperçurent au loin des navires de guerre. Villeneuve crut que la Royal Navy venait à sa rencontre. Il se trompait, il s’agissait d’une escadre française commandée par le contre-amiral Zacharie Allemand. Cette méprise coûta cher à la marine française. Villeneuve rebroussa chemin et alla se réfugier dans le port de Cadix. Bloqué par la flotte de Nelson qui mouillait au large de l’Andalousie, il refusa obstinément d’en sortir. Sa décision provoqua la colère de l’empereur : « Villeneuve est un misérable qu’il faut chasser ignominieusement ». Entretemps, la situation politique et militaire avait évolué sur le continent où la guerre avait repris. La Grande Armée avait engagé les hostilités en Allemagne. L’Empire français affrontait une nouvelle coalition austro-russe. L’invasion de l’Angleterre était renvoyée aux calendes grecques.

 Les plans avaient changé. Le commandant en chef de la marine française l’amiral Decrès ordonna à Villeneuve de revenir en Méditerranée pour participer à l’offensive militaire de Gouvion-Saint-Cyr contre le royaume de Naples. L’amiral hésitait toujours à quitter l’abri de Cadix. Quand il apprit que son successeur le vice-amiral Rosily venait d’arriver à Madrid, il décida de forcer le blocus pour prouver qu’il n’était pas un lâche. Le 21 octobre, les 33 navires de ligne, les 5 frégates et les 2 bricks français et espagnols levèrent l’ancre et se dirigèrent vers le détroit de Gibraltar pour pénétrer en Méditerranée. Villeneuve se prépara au combat au large du cap Trafalgar. Il étira son escadre sur une ligne longue de six kilomètres. Nelson divisa ses 27 navires de ligne en deux colonnes. Après avoir galvanisé ses hommes par un ordre du jour devenu depuis célèbre (« L’Angleterre attend de chaque homme qu’il fasse son devoir »), Nelson donna l’ordre de l’attaque. Ses vaisseaux coupèrent en trois tronçons la ligne formée par l’escadre française. Les canonnades suivies par les abordages tournèrent à l’avantage des Anglais. Les franco-espagnols perdirent 21 vaisseaux de ligne sur 33. Trois mille deux cents marins périrent, huit mille dont Villeneuve furent fait prisonniers. Les Anglais comptèrent 446 tués dont l’amiral Nelson, mortellement blessé par un tireur d’élite français qui se trouvait à bord du navire le Redoutable.

 La balle l’avait atteint à l’épaule gauche avant de transpercer son poumon et sa colonne vertébrale. Nelson s’adressa à Thomas Hardy le commandant du navire amiral Victory : « Je pense que les Français ont réussi… ma colonne vertébrale est touchée ». Le vice-amiral britannique faisait allusion à la blessure que lui avaient infligée les Français à la bataille navale d’Aboukir le 2 août 1798. Il avait remporté alors une décisive victoire contre la marine de la République mais un tireur d’élite l’avait atteint au front. Il survécut alors. Cette fois-ci, la blessure était plus grave. Alors que la bataille se poursuivait, on installa confortablement Nelson. Encore lucide, il continua à donner des ordres et des conseils puis déclina doucement. Son agonie dura plus de trois heures. Avant de mourir il s’adressa à son fidèle officier : « Embrasse-moi, Hardy ».

 La victoire de Trafalgar obtenue grâce au plan de Nelson donna à la Royal Navy la maîtrise des mers. L’amiral Villeneuve partit en détention en Angleterre. Au bout de six mois de captivité, les Anglais le libérèrent. Revenu en France, il débarqua à Morlaix où on le retrouva mort de six coups de poignard. L’enquête conclut à un suicide.

Jean-Pierre Giovenco

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19 Septembre 2016 - 7:47am

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