La Révolution honore l’Etre suprême

Ça s'est passé un 

8 Juin 1794

Maximilien Robespierre justifia l’élimination des factions hébertistes et dantonistes en mars et avril 1794, en expliquant que « l’une nous pousse à l’excès, l’autre à la faiblesse ». Partisan d’une voie moyenne entre le fanatisme des ultras révolutionnaires et la politique de conciliation des indulgents, prêts à des compromis avec les contre-révolutionnaires, Robespierre sortit grand vainqueur de la crise du printemps. Qu’il le voulut ou non, il devint la figure dominante de la révolution. Il imposa ses vues morales au Comité de salut public et à la Convention nationale. Déiste, il avait combattu avec la dernière énergie en novembre et décembre 1793 l’athéisme de l’extrême-gauche qui avait institué le culte de la raison sur les décombres de la religion chrétienne. Maintenant qu’il avait vaincu ses ennemis, il jugea venu le temps de donner une base spirituelle à la nouvelle société qu’il souhaitait créer. Il fit reconnaitre par la Convention nationale l’existence de l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme le 7 mai 1794. Dans la République, les citoyens devaient se réunir autour de fêtes civiques et honorer la divinité tout en promouvant des valeurs comme le genre humain, l’amitié, la fraternité, le bonheur. Il fut convenu alors d’organiser une grande fête en l’honneur de l’Etre suprême. Robespierre fixa la date de la cérémonie au 8 juin 1794 qui se trouvait être par une heureuse coïncidence le jour de la Pentecôte. On demanda au peintre Jacques-Louis David de l’organiser en grandes pompes.

 Les habitants de Paris avaient été invités par la Convention à fleurir les maisons. Chaque fenêtre arborait sa guirlande ou son drapeau. Les femmes et les filles portaient des roses et des fleurs variés pendant que les hommes agitaient des branches de chêne. La fête débuta dans les jardins des Tuileries. Elu président de la Convention, Robespierre harangua les participants avant d’enflammer à l’aide d’une torche une statue symbolisant l’athéisme, l’ambition, l’égoïsme et la fausse simplicité. Après s’être consumée, apparut la statue de la sagesse. Mais, mauvais présage, elle avait été noircie par le feu. Des ennemis de Robespierre ricanèrent de l’incident. Des chœurs de l’Opéra entonnèrent l’Hymne à l’Etre suprême sur les paroles de Théodore Désorgues et la musique de Gossec. La population se dirigea ensuite en procession vers le Champs-de-Mars. Un bouquet de fleurs et d’épis à la main, Robespierre précédait les députés, les corps constitués et l’immense foule. Parti depuis les Tuileries, le cortège rejoignit le Champs-de-Mars où s’élevait une montagne artificielle sur laquelle on avait édifié une colonne surmontée d’une statue d’Hercule et planté un arbre de la liberté. Robespierre gravit le monticule et domina les députés et la foule. Les chants reprirent. Le prestige de l’incorruptible était à son sommet. Mais de nombreux députés –beaucoup étaient des voltairiens incroyants – jugèrent la cérémonie ridicule et accusèrent Robespierre de se comporter en tyran. Dans son Histoire de la Révolution française, Jules Michelet décrit la scène : « Le peuple, non sans étonnement, voyait la Convention comme une malédiction vivante suivre Robespierre en grondant. Il marchait vite, et les autres marchant vite aussi pour le suivre, tout ce retour avait l’air non d’une pompe, mais d’une fuite. Le triomphateur semblait poursuivi. Plus pâle encore qu’à l’ordinaire, et plus clignotant, il laissait, malgré lui, jouer d’une manière effrayante les muscles de sa bouche. Non moins agités, bilieux, jaunes ou blancs, comme ses morts, ceux qui le suivaient montraient une colère tremblante, sous les mots désespérés que leur haine leur tirait du cœur. Ce cortège fantastique dans une immense poussière, quand il rentra au noir palais, apparut celui des Furies ».

 Robespierre pressentait-il que dans moins de sept semaines il serait vaincu et guillotiné par ses ennemis ?

J.-P.G.

Demain : Massacre de Tulle par la division Das Reich

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23 Mai 2017 - 5:30pm

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