La Tunisie recouvre son indépendance

Ça s'est passé un 

20 Mars 1956

Jules Ferry est célébré en France pour avoir été l'un des pères de l’école gratuite, laïque et obligatoire. En Tunisie, son nom est associé à une page tragique de l’histoire du pays : la perte de l’indépendance nationale. Sous prétexte de lutter contre des tribus rebelles accusées à tort ou à raison de semer des troubles en Algérie, le président du conseil français avait envoyé un corps expéditionnaire de 30000 hommes en Tunisie. Le 12 mai 1881, le bey de Tunis était contraint de signer le traité du Bardo qui instaurait un protectorat français. La politique étrangère, la défense du territoire et la gestion administrative du pays étaient confiées à un résident général français. Dépossédé de tous ses pouvoirs exécutifs et législatifs, le bey devint une marionnette entre les mains des autorités françaises. Jules Ferry justifiait ainsi le surnom de « Tonkinois » que lui avaient attribué ses détracteurs opposés à sa politique d’expansion coloniale en Indochine et en Afrique. Une révolte populaire fut écrasée dans le sang par l’armée coloniale. Les décennies suivantes, la lutte en faveur de l’indépendance du pays prit une forme plus pacifique. Des intellectuels réformistes, « les jeunes tunisiens » prônait la désobéissance civile. Dans les années 1930, un avocat Habib Bourguiba, fonda le néo Destour, un parti politique nationaliste et progressiste. Marié à une française, admirateur de la culture française, proche de la gauche qu’il avait côtoyée à Paris, il espéra que le Front populaire arrivé au pouvoir en 1936 rendrait sa liberté à la Tunisie.

 La chute du gouvernement de Léon Blum en 1937 ferma la porte à une issue négociée. La voie pacifique ayant échoué, Bourguiba décida d’utiliser la force. Les mois suivants, le néo Destour organisa des manifestations qui furent durement réprimées. Bourguiba fut arrêté, inculpé d’ « incitation à la guerre civile » et déporté dans le sud tunisien. Pendant la seconde guerre mondiale, il refusa les avances des puissances de l’Axe et approuva l’action de la France Libre du général de Gaulle. A la Libération, il poursuivit inlassablement son combat pour l’indépendance de son pays.

 De nouveau emprisonné en 1952 dans le sud tunisien puis en France, il négocia avec le nouveau président du conseil français Mendès France. Le 31 juillet 1954, ce dernier concédait l’autonomie à la Tunisie. Le 1er juin 1955, Bourguiba revint dans son pays après trois ans d’exil. Le 20 mars 1956, la France reconnaissait l’indépendance de la Tunisie. Le 14 avril, celui qu’on surnommait « le combattant suprême » était nommé premier ministre. Le 25 juillet 1957, il était élu président de la République. Sa première décision avait été de proclamer l’égalité entre les hommes et les femmes et d’instaurer le droit à une éducation laïque pour tous. Son seul point de convergence avec Jules Ferry.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : La gauche choisit l'austérité

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8 Février 2016 - 10:36am

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