"L'appel de Cochin" de Jacques Chirac

Ça s'est passé un 

6 Décembre 1978

Karl Marx a écrit dans son ouvrage Le 18 brumaire de Louis Bonaparte (1852) que l’histoire se répète, « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». On ne peut s’empêcher de penser à cette maxime en relisant « l’Appel de Cochin », lancé par Jacques Chirac le 6 décembre 1978, en écho à l’Appel du général de Gaulle du 18 juin 1940. De Gaulle appelait les français à refuser la défaite face au troisième Reich et à poursuivre la lutte contre le nazisme aux côtés du Royaume-Uni. Trente huit ans plus tard, Jacques Chirac considérait l’Europe et ceux qui défendaient sa construction comme les nouveaux ennemis de la France qu’il fallait combattre avec la même détermination que le fondateur de la France Libre avait mis à vaincre les allemands. Jacques Chirac prétendait incarner le mouvement gaulliste au sein de la droite française. Il professait un mépris profond à l’endroit du libéral Valéry Giscard d’Estaing dont il avait été le premier ministre du 27 mai 1974 jusqu’au 25 août 1976, date à laquelle il avait démissionné pour divergences politiques et incompatibilité de caractères. La guerre entre les deux droites s’exacerba à l’approche de la première élection à l’Assemblée européenne au suffrage universel, prévue pour le mois de juin 1979.

 Le Rassemblement pour la République (RPR), le parti de Jacques Chirac réunit en congrès extraordinaire le 12 novembre demanda au président de la République de négocier avec les partenaires européens de la France une limitation des pouvoirs de la future Assemblée européenne. 

 Giscard refusa. Chirac décida de frapper un grand coup. Mais un accident de voiture en Corrèze l’envoya à l’hôpital Cochin à Paris. Aidé de ses conseillers, il rédigea, une jambe dans le plâtre, son appel au peuple français intitulé « Appel de Cochin » dans lequel il affirmait, visant Giscard et son parti : « Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort. Mais comme toujours quand il s’agit de l’honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence. Avec gravité et résolution, je vous appelle dans un grand rassemblement de l’espérance, à un nouveau combat, celui pour la France de toujours et l’Europe de demain. »

 « L’appel » s’opposait à l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans l’Union européenne et proclamait : « L’Europe ne peut servir à camoufler l’effacement d’une France qui n’aurait plus, sur le plan mondial, ni autorité, ni idée, ni message, ni visage. Nous récusons une politique étrangère qui cesse de répondre à la vocation d’une grande puissance, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et investie de ce fait de responsabilités particulières dans l’ordre international. C’est pourquoi nous disons non. Non à la politique de la supranationalité. Non à l’asservissement économique. Non à l’effacement international de la France. »

 Six mois plus tard, les électeurs français se prononcèrent. Ils infligèrent un camouflet sévère à Jacques Chirac : La liste présentée par le parti du président (UDF) obtint 27,61% des suffrages et 25 députés, le parti socialiste et ses alliés 23,53% et 22 députés, le parti communiste 20,52% et 19 députés et le RPR 16, 31% et 15 députés.

Jean-Pierre Giovenco

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4 Novembre 2016 - 9:49am

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