Le « non » à L’Europe des Britanniques

Ça s'est passé un 

23 Juin 2016

Contesté au sein même du parti conservateur par la frange la plus hostile à l’Europe, David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, décida de demander au peuple de se prononcer par referendum sur l’éventuel retrait du pays de l’Union européenne. Chef de l’opposition, il avait conduit le parti conservateur à la victoire lors des élections législatives du 6 mai 2010. Mais, avec 307 députés contre 258 pour les travaillistes, les conservateurs détenaient une majorité relative, la majorité absolue étant fixée à 326 députés. Pour gouverner, David Cameron dut faire alliance avec les libéraux-démocrates qui avaient obtenu 59 sièges. Il succéda au travailliste David Brown au poste de premier ministre. S’il n’avait rien à craindre de la gauche sonnée par la lourde défaite subie et en pleine crise idéologique, le premier ministre devait affronter les critiques incessantes du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), un petit mouvement eurosceptique dirigé par l’eurodéputé Nigel Farage. Ce dernier réclamait la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (brexit) accusée de tous les maux. Avec inquiétude, David Cameron s’alarma quand il constata que les idées de l’UKIP étaient également partagées par des députés de son parti et surtout par une partie de l’électorat conservateur. En mai 2013, le parti eurosceptique réalisa un score historique aux élections locales avec 23 % des suffrages exprimés. L’année suivante, l’UKIP devint le premier parti du royaume avec 27,4 % des voix et 24 députés aux élections européennes. Pour arrêter sa progression, David Cameron promit de consulter le peuple britannique sur l’appartenance du pays à l’U.E. lors d’un éventuel second mandat.

Sa promesse lui attira de nouveaux électeurs. Lors des élections générales du 7 mai 2015, les Britanniques lui renouvelèrent leur confiance en envoyant siéger à la chambre des Communes 330 députés conservateurs contre 232 travaillistes et 59 nationalistes écossais. Défaits dans les urnes, les libéraux-démocrates n’avaient que 8 élus. Conforté par le suffrage universel, David Cameron n’avait plus besoin de leur soutien pour gouverner. Il entama son deuxième mandat en position de force vis-à-vis de ses opposants. Comme il s’y était engagé deux ans plus tôt, il annonça la convocation en 2016 d’un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Il tenait mettre à profit l’année à venir pour négocier avec la Commission de Bruxelles un statut dérogatoire pour son pays dans le domaine de l’immigration, du libre-échange, des lois européennes. Le 20 février 2016, il annonça que ses demandes avaient été acceptées. Dans la foulée fixa la date au referendum au 23 juin 2016. Les électeurs devaient répondre à la question suivante : « Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ? » 

 La campagne référendaire provoqua une recomposition des forces politiques. David Cameron, le parti travailliste, les Verts, le parti national écossais, les libéraux-démocrates firent campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Profondément divisé entre pro et anti européens, le parti conservateur au pouvoir refusa de donner une consigne de vote. Le parti eurosceptique UKIP, plusieurs dizaines de députés et dirigeants conservateurs dont Boris Johnson, ancien maire de Londres, ainsi que quelques personnalités travaillistes appelèrent les électeurs à voter pour la sortie de l’Union. Les sondages prédisaient une victoire sur le fil des pro-européens. A la surprise générale des britanniques et des Européens, 51, 9 % des électeurs (17 410 742) votèrent en faveur du brexit contre 48,1 % (16 141 241) qui souhaitaient rester dans l’Union.

Désavoué, David Cameron démissionna de son poste de premier ministre le 13 juillet 2016 et de son mandat de député en septembre 2016. Il fut remplacé par Theresa May, son ancienne ministre de l’intérieur qui avait pris position en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Le 29 mars 2017, Theresa May informa officiellement le Conseil européen du souhait de son pays de quitter l’Union. La procédure de retrait va conduire à de longues et difficiles négociations.

J.-P.G.

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25 Mai 2017 - 3:20pm