Le Directoire succède à la Convention

Ça s'est passé un 

26 Octobre 1795

Après l’écrasement de la contre-révolution royaliste par le général Bonaparte le 5 octobre 1795, les électeurs furent appeler à élire leurs députés. Les élections se déroulèrent du 12 au 21 octobre. En application de la Constitution de l’An III, proclamée le 23 septembre précédent, la consultation se déroula non pas au suffrage universel mais selon le principe du suffrage censitaire. Seuls les français de sexe masculin propriétaires d’un bien évalué entre cent et deux cents journées de travail, selon le lieu du domicile de l’électeur, furent autorisés à voter pour choisir leurs représentants au Corps législatif composé du Conseil des Cinq-Cents (500 membres) et du Conseil des Anciens (250 élus). Un Directoire de cinq membres issus du corps législatif devait assurer le pouvoir exécutif. Selon les historiens, le nombre des votants atteignit péniblement le chiffre de 30 000, un désaveu cinglant pour le nouveau régime qui prétendait diriger la République. Les résultats furent connus le 21 octobre. La Convention avait décrété que les deux tiers des députés du corps législatif, soit 500 députés sur 750, devaient être obligatoirement choisis parmi les députés sortants. Or, seuls 379 d’entre eux avaient été réélus. En outre, sur les 250 nouveaux députés élus directement par les électeurs une grande majorité appartenait au parti royaliste. Le conventionnel Tallien proposa de casser les élections. Les conventionnels rejetèrent sa proposition mais décidèrent le 26 octobre 1795 de coopter les 121 députés manquants parmi les conventionnels, bafouant ainsi le choix des électeurs.

 Ce jour-là, la Convention se réunit pour la dernière fois. Avant de laisser la place au corps législatif et au Directoire, elle nomma Bonaparte commandant en chef de l’armée de l’intérieur. Le nouveau corps législatif entra immédiatement en fonction. Composé d’une majorité de républicains modérés et d’anciens girondins, il comptait dans ses rangs 195 régicides mais aucun jacobin ou montagnard. Les 750 députés furent répartis entre les deux chambres après un tirage au sort. Le 31 octobre, les députés élurent les cinq Directeurs chargés d’assurer le pouvoir exécutif : Paul Barras (Intérieur) était entouré de Reubell (Finances et Justice), de La Révellière-Lépeaux (Instruction publique), de Letourneur (Marine) et de Carnot (Guerre) qui remplaça Sieyès élu mais démissionnaire. Bien que les Directeurs fussent égaux en droits et devoirs, Barras, fin politique, domina l’exécutif.

 Il mit en œuvre une politique d’ « escarpolette » qui consistait, suivant les circonstances, à lutter soit contre les royalistes, soit contre la gauche jacobine. La République affrontait des défis colossaux : faillite économique, guerre extérieure, révolte vendéenne, « conjuration des Egaux ». Sur le plan intérieur, les Directeurs écrasèrent par la force leurs opposants. En mars 1796, Charrette, le chef des insurgés vendéens fut fait prisonnier par le général Hoche et fusillé le 29 mars. Après ce coup porté à droite sur les royalistes, le Directoire combattit les thèses de l’extrême-gauche. Gracchus Babeuf qui préconisait un partage égalitaire des terres et des biens fomenta avec l’aide d’anciens jacobins un complot visant à renverser le Directoire. « La conjuration des égaux » échoua et ses dirigeants furent fusillés ou montèrent à l’échafaud en 1797.

 En revanche, le redressement économique échoua. Les Directeurs remplacèrent les assignats par le mandat territorial. En quelques jours la monnaie papier perdit 75% de sa valeur, accentuant la misère des classes populaires. Sur le front extérieur, Barras nomma Bonaparte à la tête de l’armée d’Italie. Son protégé vola de victoire en victoire, créant sa légende à la force des baïonnettes. Ces succès militaires ne rehaussèrent pas la popularité des Directeurs tombée au plus bas en raison de leur incapacité à juguler la crise économique et de la cupidité de ses membres dont Barras, connu pour sa dépravation. Le peuple les surnomma les « cinq mulets empanachés ». 

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Echec d’une restauration monarchique

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19 Septembre 2016 - 5:30pm