Le docteur Marcel Petiot démasqué

Ça s'est passé un 

11 Mars 1944

Depuis plusieurs jours, les riverains de la rue Le Sueur, dans le seizième arrondissement de Paris, étaient incommodés par une fumée pestilentielle qui s’échappait d’un hôtel particulier, situé au numéro 21, et abandonné depuis de nombreuses années. Les voisins pensèrent qu’un feu de cheminée provoquait ces exhalaisons nauséabondes. Alertés, les sapeurs-pompiers, précautionneux, décidèrent de contacter le propriétaire des lieux avant de fracturer la porte d’entrée. Ils apprirent que la célèbre comédienne Cécile Sorel y avait vécu jadis. Finalement, les services du cadastre sollicités identifièrent le nouveau possesseur de l’immeuble. Il s’agissait du docteur Marcel Petiot qui avait acheté le bâtiment en 1941, mais n’y habitait pas. Son cabinet médical se trouvait 66, rue de Caumartin, dans le neuvième arrondissement. On s’empressa de le prévenir. Finalement, les sauveteurs se résolurent à intervenir sans attendre la venue du médecin qui tardait à se manifester. Ils comprirent les raison de sa disparition. Ils fracturèrent une fenêtre et pénétrèrent dans l’immeuble. La fumée provenait de la cave. En descendant les escaliers, le ronflement d’une chaudière leur confirma qu’un dysfonctionnement de l’appareil était sans doute à l’origine des émanations. Mais, cela n’expliquait pas l’odeur. Quand ils atteignirent le sous-sol, un spectacle terrible s’offrit à leurs yeux : des corps humains démembrés gisaient sur le plancher et attendaient d’être incinérés dans deux calorifères fonctionnant au bois.

 Prévenue, la police découvrit dans le sous-sol une installation aménagée pour tuer et pour faire disparaitre les corps des suppliciés. Une pièce aménagée en cabinet médical pour leurrer les victimes servait à l’exécution. La porte qu’on ne pouvait ouvrir de l’intérieur possédait un œilleton qui permettait à Petiot d’assister à l’agonie des malheureuses victimes. Le criminel se débarrassait des corps en les dépeçant dans une pièce voisine et en les incinérant. Dans un débarras attenant, les enquêteurs découvrirent 72 valises. Le procès-verbal dressa un inventaire aussi précis que terrifiant de leur contenu : 655 kilos d’objets divers, 1760 pièces d’habillement, 120 jupes, 90 robes, 28 costumes pour hommes, 21 manteaux, 57 paires de chaussettes, 43 paires de chaussures et le bas d’un pyjama d’enfant. Le docteur Petiot avait créé dans son hôtel particulier un mini camp d’extermination. Il fonctionnait selon les mêmes principes que ceux définis et appliqués par les criminels nazis dans les usines de la mort édifiées dans l’est de l’Europe : réception des personnes, salle d’exécution, crémation des corps, récupération des biens.

 La police reconstitua sa manière d’opérer. Sous le nom de docteur Eugène, il promettait à des familles juives qui tentaient d’échapper à la Shoah et à quelques rares malfaiteurs recherchés par la police de les faire passer clandestinement en Argentine, moyennant le paiement de fortes sommes sensées rémunérer les membres de la filière d’évasion. Avant le départ, il donnait rendez-vous la nuit à ses victimes dans son hôtel particulier. Les candidats à l’exil lui versaient une commission sous forme d’argent liquide, de bijoux ou de diamants. Sous le prétexte de respecter les consignes sanitaires du service d’émigration argentin, il les vaccinait contre des maladies imaginaires dans la salle médicale. Il leur inoculait en réalité un poison mortel. En janvier 1942, sa première victime fut un de ses voisins juif, fourreur de profession. Les policiers retrouvèrent dans le sous-sol les restes de 27 personnes. Petiot avait tué une quinzaine de juifs, décimant plusieurs familles. Huit malfaiteurs et prostituées et plusieurs « rabatteurs » dont il se méfiait complétaient la liste de ses crimes.

 Les enquêteurs ne purent mettre la main sur le tueur en série. Petiot s’était volatilisé. Profitant de la désorganisation au moment de la Libération de la France, il réussit à se faire engager dans les Forces françaises libres sous le nom d’emprunt de capitaine Valeri. Les autorités militaires l’affectèrent à la caserne de Reuilly en qualité d’officier-médecin. En septembre 1944, un journaliste publia dans Résistance un article dans lequel il accusait Petiot d’avoir aidé la Gestapo. Vexé, Petiot-Valeri envoya un droit de réponse au journal. Cette initiative le perdit. Les policiers surveillèrent ses proches. Le 31 octobre 1944, Petiot tomba dans la souricière et sa cavale finit dans une station de métro. Son procès s’ouvrit le 18 mars 1946. Non seulement il reconnut les faits mais il se vanta d’avoir tué « pour la France » 63 traîtres, collaborateurs et allemands, sans jamais le prouver.

 Le tribunal le condamna à mort pour l’assassinat de 24 personnes, le doute subsistant pour trois d’entre elles. Le 25 mai 1946, il fut guillotiné dans la cours de la prison de la santé. Des témoins affirmèrent qu’il mourut en souriant.

Jean-Pierre Giovenco

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8 Février 2016 - 9:12am

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