Le roi Henri IV assassiné par Ravaillac

Ça s'est passé un 

14 Mai 1610

 Le roi de France pressentait-il que sa fin approchait ? Au début du mois de mai, il se confia à des proches : « Je mourrai un de ces jours et quand vous m’aurez perdu vous connaîtrez ce que je valais et la différence qu’il y a de moi aux autres hommes ». Les années précédentes, le roi avait déjà échappé à de nombreux complots ourdis par des proches et à quelques tentatives d’assassinat. Le 27 décembre 1594, un ancien élève des Jésuites Jean Châtel avait tenté de le tuer à l’occasion d’une audience royale. L’attentat avait échoué mais Henri IV avait été blessé à la lèvre supérieure. Le 19 décembre 1605, Jacques des Isles l’avait désarçonné sur le Pont Neuf à Paris pour l’égorger à l’aide d’un poignard. Fort heureusement la garde neutralisa l’apprenti régicide qui s’avéra être à moitié fou.

 Henri IV savait que sa politique de paix religieuse entre les catholiques et les protestants mécontentait tous les partis. L’édit de Nantes signé le 13 avril 1598 avait mit fin aux guerres de religion mais les huguenots estimaient qu’il n’allait pas assez loin et les ultra catholiques jugeaient exorbitants les avantages accordés aux « hérétiques ». Le roi affrontait également l’hostilité de l’Espagne qui prétendait défendre les catholiques contre les réformés. Les Espagnols firent savoir qu’ils considéraient comme nul le mariage entre Henri IV et Marie de Médicis. Selon eux le Dauphin Louis était un bâtard. Ils reconnurent le prince de Condé comme héritier légitime du trône de France. Henri IV se prépara à répondre par la guerre. 

 Durant son absence la régence du royaume serait assurée par son épouse, assistée d’un conseil de quinze personnes. Pour affermir l’autorité de Marie de Médicis, il décida de la sacrer reine de France. La cérémonie de couronnement se déroula le 13 mai 1610 dans la basilique royale de Saint-Denis.

 Le lendemain 14 mai, Henri IV débuta sa journée en assistant à la messe donnée au couvent des feuillants à Paris. De retour au palais royal, il accorda quelques audiences puis tint une réunion avec ses conseillers pour préparer l’entrée officielle de la reine à Paris le 16 mai. On lui annonça que son fidèle Sully était cloué au lit par la grippe. Après avoir hésité de longues minutes, il décida de lui rendre visite à l’Arsenal où il demeurait. Au milieu de l’après-midi, il s’engouffra dans un carrosse dans lequel prirent place le duc d’Epernon et quatre autres gentilshommes. Des gardes accompagnaient le cortège et des valets couraient autour de la voiture. Arrivée rue de la Ferronnerie, les cavaliers laissèrent le passage en raison de l’étroitesse de la rue, occupée de chaque côté par des échoppes. Un peu plus loin, le carrosse royal dû s’arrêter. Une charrette contenant du foin et un haquet chargé de tonneaux bloquaient la rue. Le roi releva alors le rideau de cuir et salua d’un signe de tête les badauds qui le reconnaissaient. Les valets et gardes allèrent au devant de la foule pour la disperser, laissant le carrosse sans défense. A 16 h 15, François Ravaillac, un catholique fanatique, qui suivait le convoi depuis sa sortie du Louvre, se hissa sur la voiture en mettant un pied sur un des rayons de la roue et l’autre sur le marchepied. Il frappa le roi à trois reprises. Le premier coup blessa légèrement Henri IV près de l’aisselle. Le second, frappé à hauteur de la poitrine, transperça le poumon droit et provoqua une hémorragie. Le troisième se perdit dans la manche d’un des passagers. Henri IV murmura : « Je suis blessé » puis « ce n’est rien, ce n’est rien ». On le ramena à toute hâte au palais du Louvre où il expira à son arrivée.

 Le duc d’Epernon interdit, sous peine de mort, à la foule de mettre en pièce Ravaillac qui ne tenta pas de s’enfuir. Soumis à la question à quatre reprises, le régicide affirma qu’il avait agit seul. Au terme d’un procès de dix jours, il fut condamné à mort. Son supplice en place de Grève le 27 mai 1610 dura une journée entière. Elle débuta par une cérémonie à la cathédrale Notre-Dame où, pieds nus, vêtu d’une chemise, il fit « amende honorable ». Conduit à l’échafaud à bord d’un tombereau à ordure, il fut « tenaillé » au bras, cuisses, mamelles. Le bourreau versa du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix, du soufre et de la cire fondue dans les plaies ouvertes. La main qui tenait le poignard fut brûlée au soufre. Enfin, au bout de plusieurs heures de supplice, on attacha quatre chevaux à chacun de ses membres pour l’écarteler. Renouvelée plusieurs fois, l’opération de démembrement échoua. Le bourreau coupa les tendons avec une hache. Quand tout fut fini, la foule dépeça les restes de Ravaillac et se les partagea. On les brûla dans plusieurs quartiers de ville. Et on dispersa ses cendres.

Jean-Pierre Giovenco

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15 Avril 2016 - 6:09pm