Les Français pour l’autodétermination de l’Algérie

Ça s'est passé un 

8 Janvier 1961

L’incapacité des hommes politiques de la Quatrième République de mettre fin à la guerre en Algérie fut une des causes du retour au pouvoir du général de Gaulle en mai 1958. Le 13 mai 1958, la population pied-noir et les activistes de l’Algérie française avaient renversé les autorités légales installées à Alger. Ils remplacèrent le gouvernement général de l’Algérie par un Comité de salut public dirigé par le général Massu dont la première décision avait été de lancer un appel à l’ancien chef de la France Libre. Le coup du comité insurrectionnel d’Alger avait précipité l’effondrement du régime et l’accession de de Gaulle aux plus hautes charges de l’Etat. Les partisans de l’Algérie française étaient convaincus que le général s’opposerait à l’indépendance algérienne. Ils déchantèrent quand le président de la République en déplacement en Algérie reconnut le 16 septembre 1959 « le droit des Algériens à l’autodétermination ». Il évoqua trois pistes pour l’avenir : la sécession, la francisation, l’association. En envisageant comme possible la sécession - un mot tabou – le général de Gaulle provoqua l’inquiétude et la colère de la population et également des militaires. D’autant que le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) basé au Caire (Egypte) annonça le 28 septembre sa disponibilité pour « entrer en pourparlers afin de discuter des conditions politiques et militaires du cessez-le-feu, ainsi que des condition et des garanties de l’application de l’autodétermination ».

 L’hostilité contre le président de la République continua de croître les mois suivants. Des activistes préparaient dans l’ombre leur revanche. Ils rêvaient de réaliser un nouveau 13 mai 1958 qui aboutirait cette fois-ci à chasser de Gaulle du pouvoir. Ils attendaient le moment propice pour passer à l’action. Le général des parachutistes Jacques Massu, héros de la bataille d’Alger de 1957 et du putsch de mai 1958, accorda un entretien au journal allemand Süddeutsche Zeitung dans lequel il reconnaissait ne plus comprendre la politique algérienne du général de Gaulle. Se faisant menaçant, il affirma que l’armée avait « la force » pour « intervenir si la situation le demande ». L’armée préparait-elle un nouveau coup d’Etat ? De Gaulle le crut. Malgré un démenti, Massu fut convoqué à Paris et relevé de ses fonctions le 22 janvier. Les activistes de l’Algérie française – le populaire cafetier algérois Jo Ortiz, l’homme politique Jean-Jacques Susini, le député d’Alger Pierre Lagaillarde – appelèrent la population algéroise à manifester le 24 janvier. Les manifestants occupèrent plusieurs bâtiments publics dont la poste. Les émeutiers élevèrent des barricades et se retranchèrent dans deux réduits au centre de la ville. Le gouvernement décréta l’état de siège. Les rebelles comptaient sur l’appui des soldats. Les auxiliaires des unités territoriales prirent position sur les barricades. Mais, contrairement à leurs espérances et malgré le soutien de quelques officiers, l’armée nationale continua à obéir aux autorités légales comme le leur avait demandé le 29 janvier le général de Gaulle dans une allocution radio-télévisée au cours de laquelle il avait revêtu son ancien uniforme de général. Les trois jours suivants, la résistance des émeutiers s’affaiblit. De Gaulle avait gagné une bataille, mais pas encore la guerre.

Les mois suivants le conflit algérien s’exacerba. Désireux de mettre fin à une guerre coloniale qui ruinait le pays et donnait une abimait l’image de la France, le président français entama des négociations avec les représentants du gouvernement provisoire de la république algérienne dans la ville de Melun. En juin 1960, il fallut à se rendre à l’évidence : la situation n’était pas mûre pour un accord. Six mois passèrent. Sur le terrain, l’armée française prit le dessus sur les fellaghas mais la majorité des Algériens musulmans étaient désormais favorables à l’indépendance de leur pays. Pour sortir de l’impasse et ramener la paix, de Gaulle jugea qu’il fallait leur donner la parole quand les conditions de sécurité le permettront. Il convoqua les électeurs français de la métropole mais aussi de l’Algérie. Les citoyens devaient dire s’ils approuvaient ou non l’autodétermination en Algérie. La question posée indiquait : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et concernant l'autodétermination des populations algériennes et l'organisation des pouvoirs publics en Algérie avant l'autodétermination ? ». Le référendum se déroula le 8 janvier 1961. 32 520 233 personnes étaient inscrites sur les listes électorales. 23 265 444 électeurs soit près de 74% des inscrits se déplacèrent pour voter. 17 447 669 d’entre eux, soit 74,99 % des suffrages exprimés, déposèrent dans l’urne le bulletin « oui ». 5 817 775 (25,01 %) votèrent « non ». Conforté par ce vote « franc et massif » qui lui donnait un blanc-seing, de Gaulle poursuivit sa politique qui conduisit l’année suivante à l’indépendance de l’Algérie.

J.-P.G.

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15 Décembre 2017 - 7:27pm

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