Les Français votent pour la cohabitation

Ça s'est passé un 

16 Mars 1986

Pour la première fois depuis la fondation de la Vème République en 1958, les élections législatives se déroulaient à la proportionnelle à un tour. Le changement du mode de scrutin avait été décidé le 3 avril 1985 par le gouvernement socialiste de Laurent Fabius, provoquant la démission du ministre de l’agriculture, Michel Rocard. Les partisans de la loi expliquaient que toutes les forces politiques du pays seraient ainsi représentées au Parlement. Selon eux, le système majoritaire amplifiait la victoire de la coalition arrivée en tête au détriment des petits partis. Les détracteurs de la nouvelle loi électorale accusaient à l’inverse le parti socialiste de vouloir ainsi limiter ses pertes et d’éviter l’émergence d’une forte majorité de droite. Ils s’inquiétaient du retour du « régime des partis ». Le résultat de la consultation donna raison aux deux thèses. Avec 32,7% des suffrages exprimés et 216 sièges de députés le parti socialiste et ses alliés demeuraient la première force politique du pays. Mais, ils n’étaient plus en mesure de diriger le gouvernement. La coalition des partis de droites (UDR, UDF, indépendants,) obtenait 44,8% des voix et 274 sièges. L’appoint de 14 députés « divers droite » lui permettait de porter ses effectifs à un siège de la majorité absolue fixée à 289 sièges. Avec 288 députés, elle obtenait la majorité relative. C’était suffisant pour constituer un gouvernement.

 Le parti communiste avec 9,7 % des suffrages (35 députés élus) poursuivait le recul entamé en 1981 et devait subir l’affront d’être dépassé par le Front national qui avec 9,8% de voix envoyait également 35 parlementaires au Palais Bourbon. L’émiettement politique faisait le jeu du président de la République François Mitterrand. La défaite des socialistes était moins sévère que prévue. La droite victorieuse mais faible n’était pas en situation de demander sa démission. Elle devait accepter la cohabitation. Edouard Balladur, un gaulliste proche de Jacques Chirac, avait milité en faveur de cette hypothèse dans un article publié dans le journal Le Monde quelques mois plus tôt.

 Le 2 mars, le président de la République avait fixé les règles d’une cohabitation réussie : « je préférerais renoncer à mes fonctions que renoncer aux compétences de ma fonction ». Le 20 mars, il nomma Jacques Chirac, le chef du RPR, premier ministre. La France vivait sa première cohabitation, une situation politique inédite sous la Cinquième République.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Proclamation du royaume d'Italie

 

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8 Février 2016 - 9:59am

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