Les pays du tiers-monde s’émancipent

Ça s'est passé un 

17 Avril 1955

Dans les années 1950, au lendemain de la seconde guerre mondiale, le recul du colonialisme s’accélérait en Asie et en Afrique, sous l’action des mouvements de libération. De nombreuses nations accédaient à l’indépendance et devenaient membres des Nations unies. Ces nouveaux pays constataient que les affaires du monde étaient soumises aux contraintes de la politique des blocs qui opposaient les pays capitalistes à ceux du bloc socialiste. Les grandes puissances rivales, Etats-Unis et URSS, leur demandaient de choisir leur camp s’ils souhaitaient jouer un rôle dans le concert des nations. Les nouveaux dirigeants constataient ainsi qu’une nouvelle servitude plus subtile se substituait à l’ancienne domination coloniale. L’Indien Nehru était parmi les premiers à dénoncer cet état de fait. En 1947, il avait déclaré : « Nous asiatiques, avons été pendant trop longtemps confinés au rôle de solliciteurs dans les cours des chancelleries occidentales.Tout cela doit appartenir maintenant au passé. Nous souhaitons tenir sur nos propres jambes et coopérer avec tous ceux qui y sont disposés. Nous n’entendons pas être le jouet des autres ». Les années suivantes, des pays afro-asiatiques se consultèrent régulièrement pour harmoniser leurs positions et défendre leur point de vue face aux deux super puissances. Le démographe Alfred Sauvy dans un article paru en août 1952 dans L’Observateur compara ces jeunes pays au tiers-états privé de tout droit sous la royauté. 

Il inventa la notion de « tiers-monde » et écrivit : « Ce tiers-monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose ». Le vœu d’Alfred Sauvy prit forme en 1955. Du 17 au 24 avril, à Bandoeng en Indonésie, vingt-neuf pays asiatiques et africains (Afghanistan, Arabie saoudite, Birmanie, Cambodge, Ceylan, Chine populaire, Ghana, Egypte, Ethiopie, Inde, Iran, Irak, Indonésie, Japon, Jordanie, Laos, Liban, Liberia, Libye, Népal, Pakistan, Philippines, Soudan, Syrie, Siam, Turquie, Vietnam du Nord, Vietnam du sud, Yémen) se réunirent et montrèrent aux Etats nantis et puissants qu’ils n’avaient plus le monopole de l’histoire. Une nouvelle ère s’ouvrait. Le monde afro-asiatique et les pays en voie de développement allaient désormais avoir voix au chapitre. La conférence proclama cinq principes : non-agression, respect mutuel des souverainetés, non-ingérence dans les affaires intérieures, collaboration économique équilibrée, coexistence pacifique. De nobles résolutions qui ne furent pas toujours respectées, y compris au sein des pays du tiers-monde comme le montrèrent des événements historiques ultérieurs (conflit frontalier Chine-Inde, guerres indo-pakistanaises).

Demain : Jean-Paul Sartre directeur de Libération

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11 Mars 2016 - 6:41pm

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