Les Soviétiques libèrent Auschwitz

Ça s'est passé un 

27 Janvier 1945

Au terme d'une bataille de six jours, la 60ème armée du "premier front Ukrainien" réussit à forcer la ligne de défense allemande installée sur la rive gauche de la Vistule. La nuit du 26 au 27 janvier 1945, le grondement des canons s'intensifia. Les Soviétiques approchaient. Après minuit, la canonnade sembla s'essoufler. Des tirs sporadiques remplaçaient désormais le pilonnage massif des artilleurs soviétiques. A l'évidence, la Werhmacht en déroute se répliait sur des positions situées plus à l'ouest. Les déportés du camp de concentration et de mise à mort d'Auschwitz-Birkenau avaient écouté avec inquiétude le fracas des bombardements. Quelques jours plus tôt, les SS avait commençé à évacuer les 67000 déportés encore présents dans l'ensemble du complexe concentrationnaire, et à détruire les installations les plus compromettantes comme les chambres à gaz. L' évacuation s'était accompagnée de nouvelles tueries. 600 détenus trop malades pour marcher avaient été abattus. Le samedi 27 janvier, un calme inhabituel régnait dans le camp. Tout à coup, un déporté courut prévenir ses camarades d'infortune cachés dans les baraquements : des Soviétiques venaient d'apparaitre à la porte du camp. Les survivants coururent se jeter au cou de leurs sauveurs. Les soldats soviétiques ne trouvèrent que quelques milliers de malades ou de mourants, les prisonniers présumés valides (60 000 personnes) ayant été tranférés dans d'autres camps nazis. Peu d'entre eux, quelques milliers, survécurent aux terribles "marches de la mort".

Le Chant des déportés 

Les paroles du Chant des déportés a été composé en 1933 dans le camp de concentration de Börgemoor en Basse-Saxe par  Johann Esser et Wolfgang Langhoff. La musique est de Rudi Goquel. Ce chant se répandit dans les camps de la mort jusqu'à Auschwitz. Ce chant est aujourd'hui interprété lors de chaque cérémonie en l'honneur des déportés. L'armée française l'a inscrite à son répertoire sous le nom de Chant des marais.

I
Loin vers l'infini s'étendent
De grands prés marécageux
Et là-bas nul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

Refrain

Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher.

II

Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d'un grand désert.

(Au refrain)

III

Bruit des pas et bruit des armes
Sentinelles jours et nuits
Et du sang, et des cris, des larmes
La mort pour celui qui fuit.

(Au refrain)

IV

Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi. »

Dernier refrain
Ô terre enfin libre
Où nous pourrons revivre,
Aimer, aimer.

 Le camp d’Auschwitz-Birkenau avait été construit en Haute-Silésie polonaise occupée par les Allemands en mai 1940. Des  prisonniers de guerre et des opposants politiques polonais puis soviétiques y furent d'abord détenus. Par la suite, les nazis y enfermèrent des résistants de toutes nationalités. Enfin, ils y déportèrent et mirent à mort dans l'annexe de Birkenau les juifs raflés partout en Europe. Les nazis n'avaient pas attendu pas que le camp fût opérationnel pour assassiner les populations juives qu'ils rencontraient au fur et à mesure de leur progression en URSS. Entre juin 1941 (date de l'attaque allemande contre l'union soviétique) et décembre 1942, des commandos spécialisés - les einsatzgruppen aidés par des auxilliaires baltes et ukrainiens - tuèrent par fusillade 1,3 million de juifs vivant dans les territoires occupés par l'armée allemande. En octobre 1941, Heinrich Himmler, le chef des polices allemandes, décida la création d'Auschwitz II, baptisé Birkenau. Il ne s'agissait pas d'un camp doté d'installations permettant l'accueil de centaines de milliers de personnes (dortoirs, réfectoires, "hopital", "prison") mais d'un centre de mise à mort de masse. Les SS avec l'aide des ingénieurs, y perfectionnèrent leur méthode pour accélérer « la solution finale du problème juif », décidée par Hitler à l'été 1941 et dont les modalités définitives furent fixées par les dignitaires et l'administration nazis lors de la conférence de Wannsee, le 27 janvier 1942. Sur une surface réduite, les allemands installèrent et utilisèrent les premières chambres à gaz fixes pouvant contenir des centaines de personnes. Des fours crématoires ou des buchers à l'air libre permettaient de faire disparaitre les corps des suppliciés.

 En mai 1942, un camp de travail qui fournissait des déportés-esclaves aux usines IG Farben était créé sous le nom d’Auschwitz-Moniwitz dans les environs. Doté une quarantaine d'unités de travail forcé (fermes agricoles, aleliers industriels), surnommées Kommandos, le complexe Auschwitz-Birkenau-Moniwitz couvrait une quarantaine de kilomètres carrés dans une zone marécageuse, entre la Vistule et la rivière Sola. Il était un centre d'extermination mais aussi un camp de travail où l’espérance de vie des détenus ne dépassait pas en moyenne 6 mois.

  A partir du printemps 1942, des convois de juifs de toutes nationalités affluèrent à Auschwitz. 90% des déportes - les malades, les femmes, les enfants, les vieillards - étaient immédiatement mis à mort dans les chambres à gaz, après la sélection à leur arrivée. L’historien américain Raoul Hilberg, dans son livre, La destruction des juifs d’Europe, qui fait autorité en la matière, évalue à un million le nombre de juifs assassinés à Auschwitz. 75000 Polonais, 21000 Tziganes, 20000 Soviétiques et 15000 personnes originaires de plusieurs pays européens y sont également morts. Selon ses recherches, 5,1 millions de juifs ont été tués par les nazis durant la seconde guerre mondiale : 800000 ont péri victimes des privations dans les ghettos, 1 300 000 ont été tués par fusillades et 3 000 000 sont morts dans les camps de concentration et d’extermination (1 000 000 à Auschwitz, 750 000 à Treblinka, 550 000 à Belzec, 200 000 à  Sobibor, 150 000 à Kulmhof, 50 000 à Lublin et 300 000 dans une dizaines d’autres camps comme Dachau, Mauthausen, Buchenwald, Bergen-Belsen). 

La Shoah en France

Après le vote des lois antisémites des 3 et 4 octobre 1940 par le régime de Vichy, les préfets français furent autorisés à interner les juifs étrangers dans des camps spécifiques. Le 29 mars 1941, était créé le Commissariat général aux questions juives. Le 14 mai 1941, les premières rafles de juifs étrangers furent organisées. Les autorités françaises internèrent les personnes arrêtées dans des camps aménagés à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande dans le Loiret. Le 20 août 1941, l'administration ouvrit le camp de Drancy. Le 27 mars 1942, un premier convoi de déportés juifs de France quitta les camps de Drancy et de Compiègne avec pour destination finale le camp d'Auschwitz-Birkenau. Jusqu' au 17 août 1944, 77 autres convois furent dirigés vers les camps de la mort installés par les nazis en Pologne. Le 7 juin 1942, les juifs furent contraints de porter l'étoile jaune. Les 16 et 17 juillet 1942, 12352 juifs, des familles essentiellement, furent arrêtés au cours d'une opération réalisée par 4500 policiers parisiens. Internés d'abord au Vélodrome d'Hiver (Vel d'Hiv), les détenus, hommes, femmes et enfants, furent envoyés à Auschwitz-Birkenau où les nazis les gazèrent à leur arrivée. Sur les 76 000 juifs de France déportés - dont 11000 enfants - 73 000 ont été assassinés dans les camps de la mort nazis. 69 000 d'entre eux ont été dirigés vers Auschwitz-Birkenau. 43 000 y furent gazés à leur arrivée ; 23 000 y moururent en raison des mauvais traitements subis. Seuls 2500 juifs de France, échappèrent à la mort. En 2015, on compterait entre 300 et 350 survivants.

 L'avocat, historien et écrivain Serge Klarsfeld, au nom des fils et filles de déportés, a réalisé un travail de mémoire exceptionnel en redonnant une identité aux juifs, hommes, femmes et enfants, enlevés et assassinés par les nazis, avec la complicité du régime de Vichy, pendant la deuxième guerre mondiale. Publié en 1978, son ouvrage Mémorial de la déportation des Juifs de France dénombre tous les juifs français et étrangers, vivant ou réfugiés en France, victimes de la Shoah dans les camps de la mort ou martyrisés dans notre pays. Son ouvrage mémoriel recence chaque juif déporté. Grace au Mémorial nous connaissons son nom, le jour de sa déportation, le numéro du convoi qui l'a transporté vers le camp de la mort. Nous savons s'il y a été assassiné dès son arrivée ou s'il a survécu, par miracle. Son ouvrage Le mémorial des enfants redonne également un nom et un visage aux 11000 enfants envoyés à la mort. Les livres de Serge Klarsfeld, régulièrement réédités et augmentés, restent à ce jour parmi les plus aboutis sur la Shoah en France.

Jean-Pierre Giovenco

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22 Décembre 2016 - 11:35am

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