L'odyssée des passagers de l'Exodus

Ça s'est passé un 

11 Juillet 1947

 Le 11 juillet 1947, à 4 heures du matin, le Président Warfield, un navire battant pavillon panaméen, quitta à faible vitesse le port de Sète où il était amarré. Il effectua des manœuvres compliquées pour ne pas s’échouer sur les fonds. Cet appareillage précipité en pleine nuit avait été décidé par le capitaine du navire Ike Aronowicz après le refus des autorités politiques françaises d’autoriser le départ. Le Président Warfield transportait des passagers particuliers : des rescapés de la Shoah qui avaient décidé de rejoindre la Palestine. La France souhaitait éviter un incident diplomatique avec le Royaume-Uni. La puissance mandataire de la Palestine avait interdit l’émigration juive en direction du territoire. Les jours précédents, 4554 passagers dont 1282 femmes et 1672 enfants avaient embarqué sur le navire. Les passagers étaient tous des juifs qui avaient échappé à l’extermination dans les camps de concentration ou dans les centres de mise à mort du régime nazi comme Auschwitz-Birkenau. Ils étaient originaires d’Union soviétique, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, d’Hongrie, de Bulgarie, de Belgique, de Hollande, du Luxembourg, de France, de Suisse, d’Allemagne. Quelques-uns venaient de Birmanie et même de Chine. Au matin, le navire quitta les eaux françaises et entama la traversée de la Méditerranée suivi par un destroyer britannique. Le navire de guerre ne pouvait arraisonner le Président Warfield qui se trouvait dans les eaux internationales. Le 14 juillet, une première panne immobilisa le navire.

 Après réparation, il reprit sa route. Dans les cales, les conditions de vie des passagers se dégradèrent en raison de la chaleur étouffante et de la réduction de la ration d’eau. Le 16 juillet, au large des côtes palestiniennes le Président Warfield devint l’Exodus 47. Le capitaine fit hisser le drapeau israélien. Cinq contre-torpilleurs britanniques ordonnèrent à l’Exodus de faire demi-tour avant de pénétrer dans les eaux territoriales palestiniennes. Le 18 juillet, deux navires de guerre l’éperonnèrent, provoquant une voie d’eau. Trois personnes furent tuées et une vingtaine gravement blessées. Des commandos anglais prirent d’assaut le pont supérieur. Gravement endommagé l’Exodus fut conduit à Haïfa où les passagers débarquèrent. Les autorités britanniques obligèrent les rescapés juifs à monter dans trois navires réquisitionnés le Runnymede Park l’Ocean Vigour et l’Empire Rival. Les autorités britanniques prévoyaient de les interner dans un camp à Chypre. Mais bientôt, ils se ravisèrent et décidèrent de les reconduire à leur point de départ. Le 23 juillet la France fit savoir qu’elle était prête à les accueillir. Le porte-parole du gouvernement François Mitterrand déclara : « Si les navires qui transportent les émigrants touchent à nouveau un de ses ports, la France n’a pas l’intention de leur fermer ses portes, mais elle ne les contraindra pas non plus à descendre sur terre. Elle adoptera à leur égard une position humaine en fournissant des secours immédiats à ceux qui voudront demeurer sur son sol. »

 Le 29 juillet, la flottille arriva au large de Port de Bouc. Seuls cent trente-huit réfugiés acceptèrent de descendre à terre. La France réitéra son offre d’asile. Les rescapés répondirent : « Nous sommes sensibles à l’offre de la France mais nous désirons nous rendre en Palestine, on ne nous débarquera ici que morts ». Plusieurs d’entre eux commencèrent à mettre la menace à exécution et entamèrent une grève de la faim. La cause des juifs de l’Exodus suscita un mouvement de soutien dans le monde occidental, indigné par le comportement des autorités britanniques. Ces dernières lancèrent un ultimatum : les passagers devaient avoir débarqué avant le 21 août faute de quoi ils seraient internés dans des camps situés dans la zone d’occupation anglaise en Allemagne. Après avoir essuyé un nouveau refus, les trois navires appareillèrent le 22 août. Après une nouvelle halte à Gibraltar où les Britanniques proposèrent aux proscrits juifs d’émigrer en Colombie, lieu de destination officiel et initial du Président Warfield, les navires prirent la route de Hambourg où ils arrivèrent les 7 et 8 septembre.

 Les 4400 passagers furent conduits de force dans les camps d’internement de Poppendorf et d’Amstau, près de Lubeck ou ils furent emprisonnés jusqu’à la naissance de l’Etat d’Israël en 1948. Les passagers de l’Exodus furent enfin libérés et rejoignirent dans l’année la Terre promise. L’odyssée de l’Exodus fut à l’origine du vote de « la loi du retour » par le parlement israélien en 1950 qui précisait : « Tout Juif, où qu’il se trouve dans le monde, a le droit d’immigrer dans la patrie historique du peuple d’Israël. »

Demain : Le capitaine Dreyfus innocenté

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23 Juin 2016 - 7:53am

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