Louis XVI guillotiné

Ça s'est passé un 

21 Janvier 1793

Une délégation de la Convention nationale annonça le 20 janvier 1793 à Louis Capet, ancien roi des Français sous le nom de Louis XVI, le verdict prononcé par l’Assemblée à son encontre, au terme du procès entamé le 11 décembre 1792. Le 15 janvier, 691 députés, soit la totalité des présents, l’avaient jugé coupable de « conspiration contre la liberté publique et la sureté générale de l’Etat ». Les discussions sur la sentence durèrent plusieurs jours. Une majorité de conventionnels (366) vota en faveur de la mort immédiatement. Une minorité (355) choisit la mort avec sursis, la détention ou le bannissement. Des députés contestèrent la catégorie dans laquelle on les avait classés et sollicitèrent un nouveau vote. Leur demande fut acceptée. Le 17 janvier, la mort immédiate défendue par les Montagnards (Georges Danton, Maximilien Robespierre, Louis-Antoine de Saint-Just) obtint 361 voix contre…360 pour la détention. Le roi était condamné à mort à une voix de majorité, celle de son cousin le duc d’Orléans, député à la Convention sous le nom de Philippe-Egalité. S’il avait voté non, il aurait inversé le résultat et sauvé la tête de son parent. Peut-être jugeait-il que l’Assemblée accorderait au monarque déchu le sursis, comme le proposaient des représentants du parti Girondin (Condorcet, Brissot). En effet, les députés devaient décider d’ajourner ou non la peine.

 Au terme d’une séance marathon commencée le 19 janvier et terminée le 20 à 2 heures du matin, 380 députés refusèrent le « sursis à exécution ». Seuls 310 d’entre-eux défendirent la position inverse. La presse ultra révolutionnaire (Le père Duchesne de Jacques-René Hébert, et l’Ami du peuple de Jean-Claude Marat) exulta à l’annonce du prochain « raccourcissement de Capet ».

 Enfermé avec sa famille à la tour du Temple transformée en prison, Louis XVI apprit la nouvelle avec calme. Il sollicita un délai de trois jours pour mettre ses affaires en règles. Les délégués refusèrent. L’exécution aurait lieu le lendemain. Ils l’autorisèrent seulement à voir une dernière fois ses proches. Après un copieux dîner avalé à 19 heures, Louis Capet reçut, pour une ultime rencontre, Marie-Antoinette, son fils Louis-Charles, sa fille Marie-Thérèse dite Madame Royale, sa sœur Elisabeth. Selon des gardes qui surveillaient la famille royale, Louis XVI aurait fait jurer à son fils de ne pas chercher à le venger à l’avenir. A 23 heures, la famille se sépara dans un grand déchirement. Pour atténuer le désespoir de son épouse, le roi promit de lui faire ses adieux le lendemain matin avant son départ pour l’échafaud. Il se coucha après minuit et dormit à poing fermé, à la grande surprise de son geôlier Antoine Simon.

 A cinq heures du matin, le valet Jean-Baptiste Cléry réveilla le roi. Louis XVI se rasa, fit sa toilette et s’habilla. A six heures, il assista à une messe célébrée sur un autel de fortune par l’abbé irlandais Henri Essex Edgeworth de Firmont. Le prêtre lui administra la communion du mourant et lui déconseilla de recevoir la reine pour ne pas aggraver sa peine. A huit heures, Antoine Joseph Santerre, le chef des gardes nationaux chargés d’escorter le roi jusqu’à son lieu de supplice, lui demanda de se préparer à partir. Le roi répondit : « Je suis en affaire. Attendez-moi là, je suis à vous ». Il remit à Cléry son cachet aux armes de la France et son alliance destinée à la reine. Il ajouta à son intention : « Dites-lui bien que je la quitte avec peine ». En revanche, il conserva à son doigt l’anneau du sacre.

 Dans la cour, l’attendait la voiture du maire de Paris. Louis XVI, accompagné de son confesseur, y prit place, surveillé par deux officiers. Vers 9 heures, l’attelage quitta le Temple, précédé par deux cents gendarmes à cheval et au son des tambours. Pendant le trajet, le roi récita des psaumes et la prière aux agonisants. Le cortège traversa lentement Paris. Une foule silencieuse regardait son ancien roi aller à la mort. Quelques personnes chantaient Ah !ça ira ; d’autres demandaient « grâce ».

« Nous voilà arrivé »

A 10 h 15, la voiture atteignit la place de la Révolution (aujourd’hui place de la Concorde). Elle s’arrêta au pied de l’échafaud, peint en rouge, installé au milieu d’un espace vide entouré de plusieurs milliers de soldats, le peuple étant tenu éloigné. Le bourreau Charles-Henri Sanson et quatre assistants l’accueillirent. Le roi commenta : « Nous voilà arrivés, si je ne me trompe ». Il protesta quand on voulut lui lier les mains dans son dos à l’aide d’une corde. Firmont le convainquit d’accepter ce dernier « outrage ». Le roi n’insista pas : « Faites ce que vous voulez, je boirai le calice jusqu’à la lie ». Un assistant tailla le col de sa chemise et coupa ses cheveux. Accompagné du prêtre, suivi des cinq bourreaux, il monta les escaliers jusqu’à la plate-forme où était installée la guillotine. Il échappa aux bourreaux et courut vers un des angles de l’échafaud, face aux spectateurs. Il demanda aux militaires de cesser de battre les tambours. Pour couvrir sa voix, Santerre ordonna à la fanfare de continuer à jouer. Quelques témoins entendirent le roi déclarer : « Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ». Les exécuteurs s’emparèrent du roi et l’aplatirent sur la planche où il continua à se débattre. Sanson actionna le couperet. La lame ne frappa pas le cou, mais trancha au niveau de l’occiput et de la mâchoire. La tête tomba dans le panier. Il la prit et la montra à la foule. Il était 10h22. Pendant que les canons tonnaient, des Parisiens crièrent : « Vive la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté ». Quelques citoyens trempèrent leurs mouchoirs dans le sang répandu sur la guillotine. Le corps de Louis Capet fut inhumé au cimetière de la Madeleine.

 En jetant au pied des monarques européens la tête du roi, les députés de la Convention signifiaient au monde que la Révolution ne reculerait pas et qu’un retour en arrière n’était désormais plus possible, quand bien même l’auraient-ils souhaité. Comme l’écrivit Jules Michelet dans son ouvrage La Révolution française, l’exécution de Louis XVI annonçait la fin de « l’âge humain » de la Révolution et inaugurait le temps de la Terreur.

 Le roi ouvrit la fosse commune qui, les mois suivants, allait engloutir pêle-mêle ceux qui l’avaient aimé ou soutenu et ceux qui l’avaient condamné. Marat mourut assassiné en juillet 1793 par une jeune royaliste Charlotte Corday. Marie-Antoinette, Condorcet, Brissot et les chefs Girondins montèrent à l’échafaud en octobre 1973. Philippe-Egalité fut exécuté le mois suivant. Hébert qui l’avait tant réclamé pour ses ennemis fit connaissance avec « le rasoir national » en mars 1794. Danton et les siens suivirent en avril de la même année. En mai, la sœur du roi Elisabeth fut guillotinée à son tour. En juillet 1794, la « révolution de thermidor » envoyait Robespierre, Saint-Just, Couthon, Antoine Simon et leurs partisans à la guillotine. Le fils du roi, Louis-Charles mourut de maladie deux ans plus tard. La famille royale détenue au Temple fut décimée. Seule survécut la fille de Louis XVI, Marie Thérèse de France. En 1799, après avoir été échangée contre des révolutionnaires français détenus par les Autrichiens, elle épousa son cousin Louis - Antoine d’Artois, le fils du futur roi Charles X. L’histoire retiendra qu’en 1830 après l’abdication de Charles X, elle fut reine consort de France pendant vingt minutes avant que son époux, Louis XIX ne décidât d’abdiquer. Elle vécut jusqu’en octobre 1851 et mourut à Vienne où elle était exilée.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Signature du traité franco-allemand

Google news Référence: 
080
22 Décembre 2016 - 9:49am