Marat assassiné par Charlotte Corday

Ça s'est passé un 

13 Juillet 1793

Au premier semestre 1793, l’ exécution du roi Louis XVI et la création du tribunal révolutionnaire témoignèrent de la radicalisation de la Révolution française. Voulu par les montagnards et combattu par les Girondins, le renforcement des mesures révolutionnaires provoqua une lutte politique acharnée et violente au sein de la Convention nationale. Le 2 juin, l’émeute populaire soutenue par la garde nationale chassa les Girondins du pouvoir. Plusieurs députés du parti vaincu furent mis en résidence surveillée, d’autres réussirent à fuir en province. Le coup de force provoqua une révolte des administrations départementales, en majorité favorables à la faction qui venait d’être exclue de l’assemblée. De grandes villes de province (Marseille, Bordeaux, Nîmes, Toulouse, Lyon) refusèrent d’obéir aux autorités parisiennes. La Normandie acquise aux idées girondines accueillit plusieurs proscrits dont Pétion, ancien maire de Paris, et plusieurs députés dont Barbaroux. Les Girondins déchus proposèrent de lever une armée pour marcher sur Paris et chasser Marat, présenté comme le chef des ultra-révolutionnaires. Ils battirent la générale et donnèrent rendez-vous aux volontaires à la prairie de Caen. Il en vint à peine une trentaine. Parmi les belles dames qui soutenaient les Girondins venus assister à la séance d’enrôlement se trouvait une jeune fille, Marie-Charlotte Corday. Républicaine d’opinion mais de tendance modérée, elle haïssait les Montagnards et celui qu’elle croyait être leur chef Jean-Paul Marat, le journaliste de L’ ami du peuple.

 L’échec de la mobilisation l’affecta. Elle crut la patrie abandonnée par les hommes. Elle se résolut à agir et à tuer de ses mains le responsable des violences révolutionnaires. Pour justifier son voyage à Paris, elle prétendit vouloir aider une amie émigrée qui souhaitait revenir en France. Elle demanda à Barbaroux de rédiger une lettre à l’intention du député du Perret. Grace à l’entremise de ce dernier elle espérait, dit-elle, rencontrer le ministre de l’intérieur et obtenir les papiers nécessaires à la régularisation de la situation de son amie.

 Elle arriva à Paris le 11 juillet à midi. Elle rejoignit son hôtel. Fatiguée par le voyage, elle se coucha de bonne heure. Le lendemain, elle chercha du Perret toute la journée et le trouva enfin le soir à son domicile. Le député accepta de l’aider. Le 13 juillet au matin, ils se rendirent au ministère de l’Intérieur où le ministre refusa de les recevoir. On leur fit comprendre qu’ils étaient suspects : du Perret avait protesté contre la proscription des Girondins, Charlotte Corday venait d’un département révolté contre le Comité de salut public.

 Charlotte Corday quitta le député. Au Palais-Royal, elle acheta un couteau. Elle le cacha dans son fichu. Elle chercha Marat à la Convention pour l’immoler devant l’assemblée rassemblée. On lui apprit que le journaliste n’y allait plus depuis que sa maladie de peau s’était aggravée. Elle décida de le tuer à son domicile. Pour forcer l’entrée de son foyer, elle eut l’idée de lui faire parvenir un billet dans lequel elle promettait de lui dévoiler les complots que les Girondins tramaient à Caen et se proposait de lui livrer les noms des conspirateurs. Sa première lettre resta sans réponde. Elle avait omis de donner son adresse. Elle décida d’en rédiger une seconde puis se ravisa. Elle choisit de se rendre hardiment au domicile de Marat, situé 20, rue des Cordeliers. Elle arriva après 19 heures devant son appartement. Simone Evrard, la compagne de Marat, entrouvrit la porte mais l’empêcha d’entrer. Charlotte Corday expliqua les raisons de sa venue. Elle venait dénoncer un grand complot.

 Dans une pièce voisine, Marat entendit. Bien qu’il fût dans son bain pour apaiser les démangeaisons que lui causait sa maladie de peau, il ordonna qu’on la fît entrer. Charlotte Corday découvrit Marat, assis dans sa baignoire recouverte d’un drap blanc et d’une planche sur laquelle il écrivait. Il lui demanda les noms des députés girondins réfugiés à Caen. Il nota leur nom au fur et à mesure qu’elle les nommait. A la fin, le journaliste déclara : « C’est bon ! Dans huit jours ils iront à la guillotine ». A cet instant, Charlotte Corday tira de son fichu le couteau. Elle le plongea jusqu’à la garde dans la poitrine de Marat. L’ ami du peuple eut le temps de dire « A moi, ma chère amie ! », avant de mourir. Charlotte Corday se laissa arrêter sans résistance.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Prise de la Bastille par le peuple

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18 Juin 2016 - 5:40pm

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