Massacre de Tulle par la division Das Reich

Ça s'est passé un 

9 Juin 1944

Très active, nombreuse et bien organisée en Corrèze, la Résistance française constituée en maquis harcelait les positions allemandes et multipliait les actions de sabotages et de guérilla. Après le débarquement des troupes alliées en Normandie le 6 juin 1944, quatre-cents maquisards FTP attaquèrent le 7 juin la garnison allemande forte de trois cents soldats qui occupaient la ville de Tulle. Selon un de leurs chef, le capitaine Jacques Chapou alias Kléber, les libérateurs avaient trois objectifs : réduire la garnison allemande, récupérer les armes des six cents gardes mobiles fidèles au régime de Vichy, punir les miliciens et les collaborateurs notoires. L’attaque débuta à 5 h30 du matin le 7 juin. En quelques heures, les maquisards s’emparèrent des points stratégiques de la ville : la mairie, la gare, la poste. Assiégés dans les locaux de l’Ecole normale, à la manufacture d’armes et dans l’école de Souilhac, les Allemands réussirent brièvement à reprendre le contrôle de la gare. Ils y commirent leur premier crime en exécutant sans raison dix-huit employés des voies qui s’étaient réfugiés dans une salle du bâtiment. Les combats reprirent dans l’après-midi et se poursuivirent le lendemain. Les gardes mobiles et les miliciens hissèrent le drapeau blanc. Les maquisards leur laissèrent la vie sauve et leur demandèrent de quitter la ville. L’après-midi, ils s’emparèrent enfin de l’Ecole normale et encerclèrent les deux autres édifices occupés par la Wehrmacht.

Mis à part ces deux bâtiments, la ville de Tulle était libérée. Les combats cessèrent. Une quarantaine de soldats allemands avaient été tués et une soixantaine avaient été faits prisonniers. Le commandant Jacques Chapou demanda au préfet Pierre Trouillé de continuer à administrer la ville. Les maquisards se préparaient à réduire les deux dernières positions tenues par les Allemands, quand les premiers blindés de la division SS Das Reich pénétrèrent dans la ville à 21 heures. N’étant pas armés pour combattre des chars d’assaut, les maquisards évacuèrent Tulle. Les Allemands se rendirent maitres de la ville le 9 juin. Ils s’emparèrent du préfet qui échappa au peloton d’exécution grâce au témoignage d’un soldat allemand blessé qui confirma avoir été sauvé par le haut-fonctionnaire. L’officier SS Aurel Kowatsch, commandant la troupe, ordonna la rafle de tous les hommes âgés de seize à soixante ans. En quelques heures, cinq mille hommes furent regroupés devant la manufacture d’armes. Chacun savait que les Allemands avaient l’intention de venger leurs camarades tombés au combat. Le préfet obtint l’élargissement de tous les hommes indispensables à la bonne marche de l’administration et de l’économie de la ville. Un premier tri sinistre fut réalisé par le maire de la ville, accompagné des chefs de service de l’administration communale, du chef de gare, de l’inspecteur d’académie, de chefs d’entreprises. Ils désignèrent les personnes qu’il fallait libérer. Le nombre des prisonniers tomba à 1500.

 Le général Heinz Lammerding, commandant de la division SS fit placarder une affiche sur les murs de la ville : « Quarante soldats allemands ont été assassinés de la façon la plus abominable par les bandes communistes. [...] Pour les maquis et ceux qui les aident, il n'y a qu'une peine, le supplice de la pendaison. [...] Quarante soldats allemands ont été assassinés par le maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve. » Le préfet tenta une ultime intervention pour sauver les otages. Il demanda que les exécutions fussent réalisées par fusillade. Kowatsch lui répondit : « Nous avons pris en Russie l'habitude de pendre, nous avons pendu plus de cent mille hommes à Kharkov et à Kiev, ce n'est rien pour nous. » Les 1500 prisonniers français furent divisés en trois groupes. Les SS sélectionnèrent deux groupes de soixante hommes. On conduisit les victimes sur la place de Souilhac où des cordes avec nœuds coulants avaient été accrochées aux balcons des maisons, aux réverbères, aux branches des arbres. Les hommes désignés pour être pendus furent conduits par groupe de dix. Quatre-vingt-dix-neuf d’entre eux furent assassinés. Faute de cordes, vingt et un autres échappèrent à la mort mais figurèrent dans le convoi de 149 habitants de Tulle qui furent déportés au camp de Dachau. Cent un y périrent. En tout le massacre de Tulle a causé la mort de 218 civils, les 18 gardes-voies tués le 7 juin, les 99 hommes pendus le 9 juin et les 101 hommes assassinés à Dachau.

Son crime accompli, la division SS Das Reich reprit sa route pour la Normandie. Le lendemain, elle perpétra un nouveau crime contre l’humanité à Oradour-sur-Glane.

J.-P.G.

Demain : Début de la « Grande Terreur »

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23 Mai 2017 - 5:35pm

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