Massacre des 600 juifs de Bâle

Ça s'est passé un 

9 Janvier 1349

Née en Chine au milieu du XIVème siècle, la peste bubonique se répandit en Asie centrale dans le sillage des cavaliers mongols de la Horde d’or. En 1346, les conquérants asiatiques assiégèrent la ville portuaire de Caffa, un comptoir génois au bord de la mer Noire. Bientôt, le conflit cessa faute de combattants. Les assiégeants comme les assiégés avaient été décimés par la peste noire. Rien ne put arrêter l’épidémie qui se répandit de port en port, en Afrique du nord et en Europe méridionale. Elle atteignit Constantinople au début de l’année 1947, Messine en septembre, Marseille en novembre, Avignon en janvier 1348. Elle remonta les vallées du Rhône et du Rhin et apporta la mort et la désolation en France, au Royaume-Uni, dans les Etats allemands, avant de ravager la Russie, la Scandinavie, et même la lointaine Islande. En cinq ans, l’épidémie de peste noire provoqua la mort de 25 millions d’Européens soit 40 % de la population. Les habitants durement frappés par le fléau ignoraient l’origine de la maladie. Les autorités politiques et religieuses étaient démunies face à l’ampleur de la tragédie. Se sentant abandonné par leurs seigneurs, ils cherchèrent des boucs émissaires. Une folle rumeur se répandit comme une trainée de poudre à travers l’Europe : les juifs propageaient la peste noire en empoisonnant les puits où chacun venait s’abreuver. En avril 1348, une quarantaine de juifs furent assassinés à Toulon. Des pogroms eurent lieu en Provence où vivaient d’importantes et anciennes communautés juives, notamment à Apt, Carpentras, Manosque, dans le Languedoc en Dauphiné. 

Le pape Clément VI installé en Avignon édicta une bulle interdisant les violences contre les israélites dans laquelle il rappelait que la peste frappait tout le monde, sans distinction d’appartenance religieuse. Malgré l’appel au calme du chef de l’Eglise, les massacres continuèrent dans le Bugey, en Franche-Comté, en Rhénanie. En Suisse, la population accusa également les juifs d’être responsables de la propagation de l’épidémie. A Bâle, des habitants torturèrent plusieurs membres de la communauté. Ils leur soutirèrent de faux aveux par la force. Les Bâlois ignorants se vengèrent cruellement. Le 9 janvier 1349, ils s’emparèrent des 600 juifs de la ville. Ils les enchainèrent et les enfermèrent dans une grange en bois à laquelle ils mirent le feu. Les quelques rares survivants - des orphelins – furent convertis de force au christianisme. Les autorités promulguèrent un arrêté qui interdisait aux juifs de s’installer dans la ville. Le pogrom de Bâle suscita de tragiques imitations. Le 14 février 1349, jour de la saint-Valentin, la population de de Strasbourg assassina la moitié des 2000 habitants juifs de la ville. Le mois suivant, 400 juifs furent brûlés vifs à Worms, 3000 juifs furent massacrés à Erfurt. A Mayence et dans sa région, la population en furie tua environ 6000 juifs. Les tueries se poursuivirent pendant les mois suivants. Selon les historiens, 50 000 juifs ont été assassinés en Europe et en Russie en 1349. A la suite de ses massacrés, plusieurs centaines de communautés juives disparurent.

J.-P.G.

Demain : Premier numéro d’ « Apostrophes » 

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16 Décembre 2018 - 2:38pm

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