Massacres de la Saint-Barthélemy

Ça s'est passé un 

24 Août 1572

La politique de conciliation entre catholiques et protestants engagée par Catherine de Médicis pendant sa régence et poursuivie par son fils le roi Charles IX intervint dans un contexte européen troublé par les rivalités des grandes puissances et la crise religieuse. L’amiral Gaspard de Coligny, un des chefs protestants, avait été nommé membre du Conseil royal. Il poussait à une intervention militaire française aux côtés des insurgés protestants des Pays-Bas qui luttaient pour s’affranchir de la domination politique et religieuse des espagnols. Charles IX et Catherine avaient certes renoué avec les puissances protestantes du nord de l’Europe mais ils ne souhaitaient pas s’engager dans un conflit avec l’Espagne. Le royaume affaibli par des décennies de conflits religieux n’était pas en état de mener une guerre couteuse et sanglante. D’autre part, les catholiques français n’accepteraient jamais de combattre contre d’autres catholiques. Le Conseil royal décida de ne pas intervenir en faveur des hollandais, désavouant l’amiral Coligny qui dépité déclara : « Je ne puis m’opposer à ce qu’a décidé Votre Majesté mais j’ai l’assurance qu’elle aura lieu de s’en repentir ». Etait-ce une menace contre la personne du roi ou une analyse objective des conséquences politiques de la décision ? Les ultras catholiques penchèrent pour la première thèse et s’alarmèrent. Des centaines de gentilshommes protestants étaient « montés » à Paris pour assister le 18 août au mariage de la catholique Marguerite de France, fille de Catherine et sœur du roi, et du prince protestant Henri de Navarre, le futur roi Henri IV

 Le 22 août, un tir d’arquebuse blessa grièvement l’amiral de Coligny à l’épaule. Charles de Maurevert un proche du duc de Guise était à l’origine du coup. Il parvint à prendre la fuite. Les protestants accusèrent le duc d’avoir fomenté l’attentat et réclamèrent la punition des coupables.

  Le roi et la reine mère se rendirent au chevet du blessé promettant de lui rendre justice. Mais les heures suivantes, la tension s’accrut dans la ville. Les Guise firent croire qu’ils quittaient la capitale, laissant la monarchie sans défense. Le 23 août, des protestants menaçant vinrent réclamer bruyamment auprès du roi et de la reine l’arrestation des auteurs de l’attentat. Un coup de force contre la famille royale était-il en préparation ? Des catholiques répandirent cette rumeur et créèrent un climat de panique. Cette nuit-là, Charles IX et sa mère réunirent un Conseil. Selon les historiens, ses participants décidèrent de procéder à l’arrestation et à l’exécution des principaux chefs militaires protestants et d’épargner tous les princes de sang, dont Henri de Navarre et le prince de Condé. Le 24 août, jour de la Saint-Barthélemy, les assassinats ciblés tournèrent au massacre généralisé des protestants. Les spadassins catholiques achevèrent l’amiral de Coligny dans son lit, le défenestrèrent et jetèrent son corps dans la Seine après l’avoir émasculé. Les Guise et leurs troupes, aidés par la milice bourgeoise et une population parisienne excitée par les prêches des fanatiques, mirent à mort tous les fidèles de la religion réformée qu’ils rencontrèrent, sans distinction de statut social, de sexe ou d’âge. Les cloches des églises parisiennes appelèrent les parisiens à participer au carnage.

 A la mi-journée, le roi ordonna l’arrêt des massacres. En vain. Les tueries durèrent encore plusieurs jours à Paris, avant de s’étendre en province. On évalue à une quinzaine de milliers (3000 à Paris, 12 000 en province) le nombre de personnes qui furent sauvagement mises à mort. Le 26 août, Charles IX revendiqua la paternité du crime dans un lit de justice affirmant qu’il avait voulu « prévenir l'exécution d'une malheureuse et détestable conspiration faite par ledit amiral (ndlr : De Coligny), chef et auteur d'icelle et ses dits adhérents et complices en la personne dudit seigneur roi et contre son État, la reine sa mère, MM. ses frères, le roi de Navarre, princes et seigneurs étant près d'eux. » La politique de concorde de Catherine se terminait de la pire des façons. Encore aujourd’hui, les historiens s’interrogent sur les raisons et le déroulement du massacre. Le crime était-il prémédité ? L’assassinat ciblé de quelques chefs a-t-il dégénéré à la suite de l’action du duc de Guise et de ses partisans ? Quel rôle joua vraiment Catherine de Médicis dans cette tragédie si contraire à sa politique constante depuis des années ? Ces crimes royaux rallumèrent pour vingt ans les guerres de religion.

Demain : La libération de Paris

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4 Juillet 2016 - 4:23pm

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