Mata Hari est arrêtée pour espionnage

Ça s'est passé un 

13 Février 1917

Entre légende et vérité historique, il n’est pas aisé de démêler le vrai du faux à propos de l’espionne hollandaise Mata Hari ? Trahissait-elle la France au profit de l’Empire allemand. Travaillait-elle pour l’espionnage français en qualité d’agent double ? Etait-elle une affabulatrice qui trompait tout le monde et s’enrichissait au dépens des militaires en quête d’informations en leur vendant de fausses informations ? Les services de renseignements français ne doutèrent jamais de sa culpabilité. Le 13 février 1917, convaincus qu’elle soutirait des renseignements aux officiers français qu’elle séduisait, les autorités françaises décidèrent de l’incarcérer. Le 13 février 1917 à l’aube, le commissaire Priolet perquisitionna le chambre qu’elle occupait à l’hôtel Elysée Palace à Paris et procéda à son arrestation pour « intelligence avec l’ennemi ». On l’écroua à Saint-Lazare où le capitaine-rapporteur du troisième conseil de guerre Pierre Bouchardon, surnommé par Georges Clemenceau « le Grand inquisiteur », procéda à son interrogatoire. Que reprochait-on précisément à Margaretha Gertruida Zelle – son nom de naissance – qui se faisait appeler Mata Hari (« œil du jours » en malais) depuis qu’elle avait vécu à Java où son époux d’alors était en garnison ? Selon le capitaine Ladoux, chef du 5e bureau de l’état-major, Mata Hari travaillait depuis 1916 pour les services allemands. Recrutée aux Pays-Bas - où elle était née en 1876 - par le consul d’Allemagne Krämer, par ailleurs officier de renseignements, elle retourna en France où elle s’était fait connaitre dix ans plus tôt comme danseuse érotique et courtisane pendant la Belle Epoque.

Sous le numéro de code H21, elle était chargée de séduire les officiers français et alliés en poste à Paris afin de leur soutirer de précieuses informations. Repérée par le contre-espionnage français qui lui proposa de devenir un agent double, Mata Hari s’exila en Espagne, pays neutre. A Madrid, elle fréquenta les milieux militaires alliés et allemands et multiplia les conquêtes masculines. Impossible de dire si elle était alors en service commandé. Quels renseignements utiles pouvait-elle soutirer à des officiers de salons, bien éloignés des champs de bataille ?

 Le procès expéditif n’éclaira pas ce point. Il se déroula en octobre 1917. Après trois jours d’audience, le procureur général André Mornet - celui-là même qui jugea en 1945 Philippe Pétain - requit la peine de mort contre Mata Hari pour « intelligence avec l’ennemi en temps de guerre ». L’avocat de l’accusée et ancien amant demanda la grâce présidentielle. Raymond Poincaré la refusa. Mata Hari fut fusillée à l’âge de 41 ans au polygone de tir de Vincennes, le 15 octobre 1917. Mata Hari aurait déclaré à l’officier venue la chercher : « Quelle étrange coutume des Français que d’exécuter les gens à l’aube ». Le médecin Léon Bizard assista à ses derniers instants : « Tandis qu'un officier donne lecture du jugement, la danseuse, qui a refusé de se laisser bander les yeux, très crâne, se place d'elle-même contre le poteau, une corde, qui n'est même pas nouée, passée autour de la ceinture... Le peloton d'exécution, composé de douze chasseurs à pied, quatre soldats, quatre caporaux, quatre sous-officiers, est à dix mètres d'elle... Mata Hari sourit encore à sœur Léonide agenouillée et fait un geste d'adieu. L'officier commandant lève son sabre : un bruit sec, suivi du coup de grâce moins éclatant et la Danseuse rouge s'écroule tête en avant, masse inerte qui dégoutte de sang... ».

L’arrestation, le procès et l’exécution de Mata Hari occupèrent la « une » des journaux pendant plusieurs semaines. Ils servirent de dérivatif commode alors que la guerre s’éternisait dans les tranchées. L’image de la femme fatale et dangereuse vendue aux « boches » ne correspondait pas à la réalité. Mata Hari était sans doute une femme manipulée qui ne livra aucun secret capital et fragilisée par ses besoins d’argent qui lui firent jouer un rôle bien au-dessus de ses compétences.

J.-P.G.

Demain : « La Marseillaise », hymne national

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16 Décembre 2017 - 5:32pm

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