Premier numéro d’ « Apostrophes »

Ça s'est passé un 

10 Janvier 1975

Formé au Progrès de Lyon, Bernard Pivot entra au Figaro Littéraire en 1958. Nommé chef de service du quotidien conservateur, il en démissionna en 1974 quand…Jean d’Ormesson fut nommé directeur général. Le journaliste amoureux des livres rebondit dans la presse audiovisuelle. Depuis 1973, il produisait et présentait l’émission littéraire Ouvrez les guillemets, sur la première chaine de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). En 1974, l’Office public dépendant de l’Etat fut démantelé et trois chaines de télévision autonomes lui succédèrent : Télévision française 1 (TF1), Antenne 2 (A2), France Régions 3 (FR3). Marcel Jullian, le nouveau PDG d’A2, demanda à Bernard Pivot de le rejoindre pour créer une émission littéraire sur la chaine qu’il dirigeait. Bernard Pivot proposa Apostrophes. Le premier numéro fut diffusé le 10 janvier 1975 sur Antenne 2. L’émission durait 75 minutes. Elle était diffusée chaque vendredi en direct à partir de 21 h 30. Pendant quelques numéros, Bernard Pivot l’anima avec l’écrivain et chroniqueur Gilles Lapouge, puis il décida d’être seul aux commandes. Rapidement, Apostrophes devint le rendez-vous hebdomadaire de tous ceux qui souhaitaient être au courant de l’actualité littéraire française et mondiale. Le principe de l’émission était simple. Bernard Pivot accueillait trois ou quatre écrivains, intellectuels, politiciens, artistes, chanteurs, acteurs et les interrogeait sur les œuvres du moment.

 L’émission était introduite par le concerto pour piano n°1 de Rachmaninov. Elle accompagna la vie des téléspectateurs français pendant seize saisons de 1975 à 1990. En 724 émissions Bernard Pivot reçut plusieurs milliers d’écrivains. Il consacra des émissions spéciales à des personnalités hors norme : en février 1975, François Mitterrand alors chef du parti socialiste y révéla son amour pour les livres; en février 1975 ; Georges Brassens exprima sa haine de l’armée face au général Marcel Bigard ; en avril 1975, Pivot accueillit sur son plateau le romancier russe Alexandre Soljenitsyne expulsé d’URSS ; en mai, Vladimir Nabokov accepta de venir à condition de lire ses réponses à des questions posées avant l’émission ; en 1975, une violente diatribe opposa Jean d’Ormesson et Jean Daniel à propos du goulag ; en 1976, échange tendu entre le boxeur Mohammed Ali et le journaliste Jean Cau ; en 1977, les « nouveaux philosophes » André Glucksmann et Bernard Henry-Lévy proclamèrent la mort de Marx ; en septembre 1978, un Charles Bukowski ivre tint des propos incohérents, laissa ballader ses mains sur les genoux d’une romancière, s’empoigna verbalement avec François Cavanna et quitta le plateau en titubant ; en 1979, le président de la République Valéry Giscard-d ’Estaing confia sa passion pour Guy de Maupassant ; en novembre 1981, Georges Simenon évoqua le suicide de sa fille ; en 1982, Daniel Cohn-Bendit se disputa avec Paul Guth à propos de la sexualité des petites filles; en 1983, l’écrivaine maoïste Maria-Antonietta Macciocchi fut ridiculisée par Simon Leys qui montra la vraie nature du régime communiste chinois ; en septembre 1984, Marguerite Duras livra quelques secrets sur sa vie et son œuvre ; en décembre 1986, Serge Gainsbourg traita Guy Béart de « blaireau » ; en 1987, Bernard Pivot réalisa en Pologne un entretien clandestin avec Lech Walesa, le leader charismatique du syndicat anti-communiste Solidarnosc.

 Apostrophes devint le magazine littéraire de référence. L’émission reçut à cinq reprises la récompense des Sept d’or. Reconnue par les professionnels, elle fut également plébiscitée par le public. A son apogée en 1983, elle réunissait chaque vendredi soir deux millions de téléspectateurs. Cette année-là, Bernard Pivot envisagea sérieusement d’arrêter l’émission. Il se ravisa quand Régis Debray, alors conseiller du président de la République François Mitterrand, dénonça l’influence exagérée selon lui de l’émission sur la vie intellectuelle du pays. Piqué au vif, l’animateur décida de poursuivre l’aventure. Elle prit fin en 1990. Les spectateurs et les libraires et les écrivains – un bon passage à Apostrophes dopaient les ventes – retrouvèrent leur journaliste préféré dans l’émission Bouillon de culture qui traitait l’actualité littéraire mais aussi le théâtre, le cinéma et les autres formes d’arts. Son arrêt en 2001 provoqua l’émoi du public et des milieux artistiques et intellectuels.

Demain : L’armée française occupe la Ruhr

Google news Référence: 
097
16 Décembre 2018 - 4:44pm

Un jour, un événement