Premier vol d’une navette spatiale

Ça s'est passé un 

12 Avril 1981

S’il passionne les scientifiques, stimule les astronautes, émerveille le public, l’exploration spatiale désole en revanche les directeurs financiers. Envoyer un homme dans l’espace et le ramener sain et sauf sur la Terre a un coût vraiment astronomique. Non seulement, les fusées n’étaient pas réutilisables mais les capsules qui hébergeaient l’astronaute étaient à usage unique. Excédés par l’explosion des coûts de l’Agence spatiale américaine (NASA), les parlementaires du Congrès décidèrent de sévères coupes budgétaires. Ils avaient soutenu le défi lancé par le président John Fitzgerald Kennedy d’envoyer un homme sur la Lune. L’argent avait coulé à flot (6 milliards de dollars et 5,5 % du budget fédéral en 1966). Après la réussite du projet Apollo et l’alunissage de plusieurs équipages entre 1969 et 1972, membres du Congrès imposèrent à la Nasa des restrictions budgétaires. Faute de financement, on annula les trois dernières missions lunaires. La Nasa répondit à la demande d’économie des hommes politiques en lançant la construction d’un vaisseau spatial capable de revenir sur Terre en effectuant un atterrissage à la manière d’un avion planant. L’engin était réutilisable autant de fois que nécessaire. Pour rentabiliser chaque vol, l’avion-spatial était doté d’une soute suffisamment grande pour accueillir plusieurs gros satellites. En outre, il hébergeait plusieurs astronautes ce qui réduisait les coûts unitaires du vol humain. Conçue par les ingénieurs de la Nasa, la construction de la première navette spatiale baptisée Enterprise débuta en 1974 en Californie dans les usines de Rockwell International.

 Enterprise servit de prototype mais ne vola jamais dans l’espace. L’année suivante, la navette Columbia fut mise en chantier. Livrée à cap Canaveral en 1979, elle subit des tests au sol et dans l’atmosphère. L’un d’entre eux provoqua la mort de deux techniciens. Après des améliorations, elle fut déclarée opérationnelle. Il restait désormais à l’homologuer par un test grandeur nature. Les responsables de la NASA fixèrent la date du lancement au 12 avril 1981. La date ne fut pas choisie au hasard. Elle correspondait jour pour jour au vingtième anniversaire de l’envoi d’un premier homme, Youri Gagarine, dans l’espace. Selon la Nasa, la navette spatiale ouvrait une nouvelle ère de l’exploration de l’espace. Accrochée à son réservoir externe et à deux propulseurs d’appoint, la navette spatiale décolla de manière verticale comme une fusée. Après usage, les fusées d’appoint - réutilisables après récupération dans l’océan - et son réservoir se détachèrent. La navette atteignit sans encombre son orbite circulaire à 251 km d’altitude. Le vaisseau était piloté par un vétéran de l’exploration spatiale John Young qui avait été dans l’espace déjà à quatre reprises sur Gemini III et IV, Apollo 10 et Apollo 16. Il avait été le neuvième américain à marcher sur la Lune en avril 1972. Premier astronaute à piloter une navette spatiale, il était secondé par Robert Crippen. Les deux hommes restèrent en orbite autour de la Terre pendant 2 jours et 6 heures. Après 36 révolutions, ils entamèrent leur rentrée dans l’atmosphère. Columbia atterrit sur la base militaire d’Edwards en Californie. La protection thermique constituée de tuiles en matériaux composites avait parfaitement joué son rôle protecteur contre la chaleur. On nota néanmoins que 14 d’entre elles avaient été décollées.

 Les deux décennies suivantes, la navette Columbia mit en orbite plusieurs dizaines de satellites. Elle participa activement à la construction de la Station spatiale internationale, se chargea du transport des astronautes et du fret. Sa soute avait une contenance de 24,5 tonnes. Columbia assura en tout vingt-huit missions de 1981 jusqu’au 1er février 2003, date à laquelle elle se désintégra lors de sa rentrée dans l’atmosphère après une mission de deux semaines. Lors du décollage un bloc de mousse isolante s’était détaché du réservoir principal et avait endommagé le bouclier thermique protecteur. Lors de la rentrée dans l’atmosphère au retour, la fissure s’était élargie. Elle provoqua la destruction de la navette. Sept astronautes périrent alors : le commandant Rick Husband, 45 ans, né le 12 juillet 1957 à Amarillo (Texas), le copilote William McCool, né le 23 septembre 1961 à San Diego (Californie), le lieutenant-colonel Michael P. Anderson, 43 ans, né le 25 décembre 1959 à Plattsburg (New York), David McDowell Brown, 46 ans, né le 16 avril 1956 à Arlington (Virginie), Kalpana Chawla, 41 ans, née le 1er juillet 1961 à Karnal (Inde), Laurel Clark, 41 ans, née le 10 mars 1961 à Ames (Iowa), Ilan Ramon, né le 20 juin 1954 à Ramat Gan (Israël).

J.-P.G.

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16 Mars 2017 - 4:03pm

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