Prohibition de l’alcool aux Etats-Unis

Ça s'est passé un 

16 Janvier 1919

Dans la première moitié du XXème siècle, des ligues de tempérance souvent dirigées ou inspirées par des pasteurs protestants réclamaient l’interdiction de la fabrication et de la vente d’alcool. Elles tenaient ainsi à lutter contre les ravages de l’alcoolisme, un véritable fléau qui étaient selon elles responsables des violences conjugales, notamment dans les milieux populaires. Des femmes et des mères au foyer – mais aussi le Ku Klux Klan furent à la pointe de cette croisade. En 1845, elles réussirent à convaincre les autorités de l’Etat du Maine. La prohibition y fut décrétée. La décision fit tâche d’huile dans les Etats voisins. En 1855, douze autres Etats de l’Union interdirent la fabrication et la vente d’alcool. Mais, l’Etat fédéral résistait aux demandes des ligues et refusait obstinément de généraliser la mesure à l’ensemble des Etats-Unis. Le mouvement prohibitionniste comprit alors qu’il fallait désormais mener un combat au niveau national. L’Anti Saloon Ligue créé en 1893 décida de présenter un candidat à chaque élection présidentielle. Au lendemain de la Grande guerre, le nombre d’Etats qui avaient prohibé l’alcool s’élevait à dix-neuf. L’action soutenue des ligues puritaines convainquit une majorité de parlementaires américains. Les membres du Congrès - les sénateurs et les députés de la Chambre des représentants - votèrent le Dix-huitième amendement de la Constitution. L’article 1 indiquait que « L'année suivant la ratification de cet article, la production, la vente ou le transport de boissons alcoolisées sont interdites. L'importation vers les États-Unis ou l'exportation en provenance des États-Unis et de tous les territoires sous leur juridiction à des fins de consommation sont également interdites ».

Pour être appliqué, l’amendement devait être ratifié par trente-six Etats sur quarante-huit. Le 16 janvier 1919, l’Utah fut le trente-sixième Etat américain à voter la loi. Les mois suivants, dix autres Etats rejoignirent le camp de la prohibition. Seuls le Connecticut et Rhode Island votèrent contre l’interdiction de l’alcool. Le 20 janvier 1920, la fabrication, la distribution et la consommation d’alcool de plus de 0,5° devinrent illégaux. La police détruisit le matériel des distilleries et des brasseries. Au fil des mois, les groupes mafieux - Al Capone à Chicago - développèrent une immense contrebande. Rien qu’à New York, plusieurs dizaines de milliers de bars clandestins où l’on servait des boissons alcoolisées entrés secrètement dans le pays ou fabriquées sur place dans des officines aux méthodes artisanales et dangereuses. Des breuvages nocifs provoquèrent la cécité, des lésions cérébrales voire le décès de nombreux buveurs de whisky frelaté. Malgré une intense répression et l’action de policiers aussi déterminés qu’Eliot Ness, l’Etat ne put venir à bout des trafics. La loi prohibant l’alcool sur tout le territoire des Etats-Unis avait ouvert un marché clandestin qui avait enrichi les malfaiteurs. Le nombre d’alcoolique n’avait jamais été aussi nombreux. En 1932, le candidat démocrate à l’élection présidentielle Franklin D. Roosevelt rallia la position de l’Association contre l’amendement de la prohibition qui réclamait la fin de l’interdiction de la vente d’alcool. Elle avançait trois arguments : le dix-huitième amendement violait les libertés individuelles, il était inefficace et enrichissait les mafias, il provoquait un manque à gagner pour l’Etat qui ne percevait plus de taxes. Elu en novembre 1932, Roosevelt ratifia le 5 décembre 1933 le vingt et unième amendement qui mit fin à la prohibition. Le gouvernement n’oublia pas de taxer fortement les boissons alcoolisées. Trois Etats – l’Oklahoma, le Kansas et le Mississippi – maintinrent l’interdiction. Le Mississippi rendit légale la consommation d’alcool en…1967.

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18 Décembre 2018 - 7:03pm