Quatre résistants entrent au Panthéon

Ça s'est passé un 

27 Mai 2015

Grandes figures de la Résistance française pendant la seconde guerre mondiale, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay ont fait leur entrée au Panthéon, à Paris, le 27 mai. A l’initiative du président François Hollande, la République reconnaissante a tenu à honorer ces quatre personnalités qui luttèrent contre le nazisme et le régime de Vichy, au prix de leur vie ou de leur liberté. Le choix de fixer l’événement au 27 mai n’est pas le fruit du hasard. On commémore ce jour-là, la « Journée nationale de la Résistance », instaurée en 2013, en référence à la création du Conseil national de la résistance le 27 mai 1943 et dont le premier président fut Jean Moulin dont les cendres ont été transférées au Panthéon le 19 décembre 1964. Lors de la translations des cendres de Jean Moulin au Panthéon, André Malraux avait déclaré dans son discours resté célèbre : « Entre ici, Jean Moulin ». Un demi-siècle plus tard, devant les quatres cercueils symbolisant Pierre Brossolette, Genevieve de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay, le président de la République a lancé : « Prenez place. Ici c'est la vôtre ». Dans son discours, François Hollande, a affirmé que « l'histoire n'est pas une nostalgie ». Tirant des leçons pour le présent, le chef de l'Etat a déclaré : « L’indifférence, voilà l’ennemi contemporain. Indifférence face au fanatisme, au racisme, à l’antisémitisme. Indifférence face aux injustices, aux inégalités, aux indécences. Indifférence face aux catastrophes, au désordre climatique, à l’épuisement de notre planète. Face à l’indifférence, chaque génération a un devoir de vigilance, de résistance. »

Après avoir écouté dans un silence religieux un Chant des partisans et une Marseillaise, le président de la République a suivi les quatre cercueils dans la nef du Panthéon, en compagnie des proches des quatre héros de la Résistance. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz avaient obtenu du président François Hollande que les dépouilles des deux résistantes demeurent dans les cimetières où elles ont été inhumées. La nièce de Germaine Tillion avait déclaré au journal Le progrès qu’elle se réjouissait de l’entrée au Panthéon de sa tante. Elle ajouta qu’elle souhaitait ne pas l’éloigner des siens pour ne pas les traumatiser, rappelant qu’Emilie, la propre mère de Germaine Tillion, avait été gazée à Ravensbrück, et que l’absence de son corps empêchait la famille de faire son deuil. La dépouille de Germaine Tillion n'a pas quitté le cimetière de Saint-Maur des fossés. Les proches de Geneviève de Gaulle-Anthonioz tenaient également à respecter le vœu qu’elle avait émis avant son décès, celui d’être inhumée auprès de son époux à Bossey (Haute-Savoie). Ce sont donc des cercueils remplis de la terre prélevée dans les sépultures des deux résistantes qui ont été installés dans l'allée où les cendres de Jean Moulin les attendaient.

Une foule nombreuse, où l'on distinguait de nombreux jeunes, a assisté à la cérémonie le long de la rue Soufflot. Le Panthéon a été ouvert ensuite pour permettre au public de rendre hommage aux quatre héros.

Voici les portraits des quatre résistants honorés par la République.

Pierre Brossolette

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Homme politique et résistant français, né le 25 juin 1903 à Paris, décédé le 22 mars 1944 dans cette même ville, à l’âge de 40 ans. Journaliste (Le Populaire), membre du parti socialiste (SFIO), de la Ligue des droits de l’homme, de la ligue internationale contre l’antisémitisme, il intégra le cabinet du ministre des colonies sous le gouvernement de Front populaire. Il participa à la campagne de France en mai et juin 1940. Après la défaite, il s’opposa au régime de Vichy en rejoignant le réseau de résistance du Musée de l’homme. En 1942, il rejoignit à Londres le général de Gaulle et travailla pour les services secrets de la France libre. Parachuté à plusieurs reprises en France, il fit le lien entre la résistance intérieure et extérieure. Arrêté par les allemands, remis à la gestapo parisienne après son identification, il fut torturé. Pour éviter de parler, il profita d’un moment d’inattention de ses bourreaux pour se suicider en se jetant dans le vide. Transporté mourant à l’hôpital, il ne survécut pas à ses blessures.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz

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Résistante française, née le 25 octobre 1920, à Saint-Jean-de-Valériscle (Gard), décédée le 14 février 2002 à Paris, à l’âge de 81 ans. Nièce du général de Gaulle, elle entra dans la résistance dès le mois de juin 1940 au sein du réseau du Musée de l’homme. Elle fut chargée de recueillir des renseignements et des informations sur les Allemands et le régime de Vichy. Elle rejoignit Défense de la France. Arrêtée à la suite d’une trahison le 20 juillet 1943, elle fut déportée au camp de concentration de Ravensbrück le 2 février 1944 où elle rencontra Germaine Tillion. Libérée le 25 avril 1945 par l’Armée rouge, elle publia en 1998 La traversée de la nuit, un témoignage exceptionnel sur sa vie de déportée. Après la guerre, elle milita dans une association d’anciens déportés et partagea le combat politique de son illustre oncle, travaillant notamment dans le cabinet d’André Malraux en 1958 au ministère de la culture. Sa rencontre avec le père Joseph Wresinski changea sa vie. Elle s’engagea dans le mouvement Aide à Toute Détresse (ATD Quart Monde) que l'aumonier du bidonville de Noisy-le-Grand avait fondé. Elle en devint la présidente charismatique en 1964 et le dirigea jusqu’en 1998.

Germaine Tillion

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Ethnologue et résistante française, née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire), décédée le 19 avril 2008 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), à l’âge de 100 ans. Après de brillantes études, elle devint ethnologue et se rendit en mission d’études dans les Aurès, en Algérie, en 1935. De retour en France en juin 1940, elle assista à la défaite de l’armée française et à la demande d’armistice de Philippe Pétain. Favorable à la continuation de la guerre – notamment à partir de l’Algérie -, elle rejoignit naturellement le réseau de résistance du Musée de l’homme. Elle échappa au démantèlement du réseau en 1941 par les Allemands et rejoignit Combat nord et le réseau Gloria. En août 1942, un agent infiltré - fusillé en 1949 - dans le mouvement livra de nombreux résistants dont Germaine Tillion. Pendant sa détention, elle apprit l’arrestation de sa mère, également résistante. En octobre 1943, les Allemands la déportèrent à Ravensbrück. L’année suivante, sa mère y fut également transférée, puis gazée en mars 1945. Après la guerre, elle réintégra le CNRS et travailla sur la seconde guerre mondiale avant de partir en mission en Algérie où la guerre d’indépendance avait éclaté. Elle publia plusieurs ouvrages de témoignages ou d’analyses sur sa déportation et sur l’Algérie dont elle était une spécialiste reconnue.

Jean Zay

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Homme politique français, né le 2 août à Orléans (Loiret), assassiné le 20 juin 1944 à Molles (Allier), à l’âge de 39 ans. Membre du parti radical-socialiste, de la ligue des droits de l’homme, franc-maçon, il fut élu député du Loiret en 1932. Après la victoire électorale du Front populaire, et la désignation du socialiste Léon Blum au poste de président du Conseil, il fut nommé ministre de l’éducation nationale. Il porta la durée de la scolarité à 14 ans. Il occupa la fonction jusqu’à la déclaration de la guerre le 2 septembre 1939, date à laquelle il démissionna pour être mobilisé comme les hommes de sa classe d'âge. Après la défaite et la demande d’armistice de Philippe Pétain, il fit partie de la trentaine de députés qui s’embarquèrent pour l’Algérie avec l’intention d’y poursuivre la guerre. Arrêté à l’escale de Casablanca, il fut renvoyé en métropole. La presse collaborationniste se déchaina contre le juif, le franc-maçon, le ministre du Front populaire. Accusé de « désertion devant l’ennemi », le régime de Vichy le condamna à la détention perpétuelle. Interné à la prison de Riom, il en fut extrait le 20 juin 1944 par trois membres de la milice française. On ne le revit plus jamais vivant. En 1947, des chasseurs découvrirent à Molles (Allier), dans une crevasse, les corps de trois personnes. L’une d’entre elles fut identifiée grâce à sa fiche dentaire et à ses mensurations. Il s’agissait de Jean Zay.

Demain : La Commune de Paris écrasée

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29 Avril 2017 - 9:10am