Signature du Traité de Versailles

Ça s'est passé un 

28 Juin 1919

La demande d’armistice formulée par l’Allemagne le 11 novembre 1918 avait mis fin aux combats de la Grande Guerre et scellait la défaite des Empires centraux face aux pays de l’Entente. Mais d’un point de vue juridique, il s’agissait d’une suspension du conflit, les armées restant sur le pied de guerre. Seul un traité signé par les anciens belligérants pouvait ramener la paix. Une conférence s’ouvrit à Paris le 18 janvier 1919 pour en établir les modalités. Il s’agissait de solder le passé et de redessiner la carte de l’Europe. Les travaux furent dominés par les représentants des pays vainqueurs : Georges Clemenceau, président du Conseil français, Lloyd George, premier ministre britannique, Vittorio Orlando, président du Conseil Italien, Woodrow Wilson, président américain. L’Allemagne fut exclue des débats de même que les autres pays vaincus et la Russie bolchévique qui avait quitté la guerre en 1917. De difficiles discussions s’engagèrent entre les puissances victorieuses dont les positions divergeaient sur l’avenir du continent européen et sur le sort réservé à l’Allemagne. Les exigences françaises (annexion de la rive gauche du Rhin, contrôle de la Ruhr et paiement de réparations financières considérables), les demandes Italiennes (annexion de Fuime et de la Dalmatie) et celles japonaises (occupation des comptoirs allemands en Chine) furent combattues par le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Le président américain s’alarmait du revanchisme de la France et de l’Italie. 

Il exprima ses ides dans ses quatorze principes dont l’un proposait une « association générale » ayant « pour objet d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité territoriale aux petits comme aux grands États ». La Conférence de Paris faillit échouer à plusieurs reprises après le départ momentané de la délégation italienne et celui définitif de la délégation chinoise outrée par les revendications territoriales japonaises. Finalement, après cinq mois, les Alliés furent en mesure de transmettre le 17 juin le texte définitif du traité aux autorités allemandes. Les conditions étaient dures, au point que le gouvernement allemand évoqua un « diktat ». L’Allemagne perdait le huitième de son territoire et le dixième de sa population de 1914. La France récupérait l’Alsace-Lorraine, perdue en 1871. La Belgique gagnait Eupen et Malmédy. La Sarre était placée sous l’administration de la Société des Nations (SDN) pendant quinze ans avant de choisir par plébiscite son avenir. La rive gauche du Rhin ainsi que les villes de Coblence, Mayence, et Cologne étaient occupés pendant quinze ans. La rive droite était démilitarisée sur une largeur de 50 kilomètres. La France obtenait la propriété du bassin houiller. A l’est, la Pologne recouvrait son indépendance. Elle obtenait un accès à la mer Baltique grâce à l’annexion de la Posnanie et de la Prusse-Occidentale. La Prusse-Orientale moins le port de Memel était séparée de l’Allemagne par le « corridor » de Dantzig, devenu ville libre. La population de Haute-Silésie devait décider par référendum si elle souhaitait rester allemande ou devenir polonaise. L’Allemagne perdait également toutes les colonies africaines et asiatiques dont le mandat était confié à la France, le Royaume-Uni, l’Union sud-africaine et le Japon.

 Les clauses militaires étaient également sévères. Le grand Etat-major allemand était dissous et le service militaire aboli. L’armée allemande était limitée à 100 000 hommes et les forces navales à 16 000 hommes. Les Alliés lui interdirent de posséder de l’artillerie, de l’aviation, des chars, des cuirassés, des sous-marins. Enfin, le pays devait payer des « réparations » financières. En attendant la fixation de leur montant, l’Allemagne versait à titre de provision 20 milliards de mark-or. Elle devait livrer une partie de sa flotte de commerce et du matériel ferroviaire. Enfin, l’Allemagne était appelée à reconnaitre sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre. Le projet de traité provoqua l’hostilité de la population et du gouvernement allemand. L’Etat-major envisagea de résister par la force. Pendant quelques jours, les chancelleries envisagèrent la reprise du conflit. Le chancelier social-démocrate Scheidemann préféra démissionner plutôt que de le signer. Finalement, à la suite d’un ultimatum des Alliés, l’Assemblée de Weimar accepta le texte le 22 juin. Le 28 juin 1919, cinq ans jour pour jour après l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand qui provoqua le déclenchement de la première guerre mondiale, le Traité fut solennellement signé dans la galerie des glaces du Château de Versailles, là où 58 ans plus tôt, Bismarck avait proclamé le Reich allemand.

 Le Traité prétendait instaurer la paix en Europe. A peine signé, il fut contesté. En France, la gauche reprocha à Clemenceau d’avoir sacrifié l’avenir en imposant des conditions trop dures à l’Allemagne. La droite l’accusa d’avoir fait preuve de faiblesse à l’égard de l’ennemi héréditaire et le surnomma « le perd-la-victoire ». Le Sénat américain refusa de ratifier le traité. Mécontente de ne pas avoir récupéré la Dalmatie et l’Istrie, l’Italie évoqua une « victoire mutilée ». Le ressentiment le plus fort s’exprima en Allemagne où le caporal autrichien Adolf Hitler sut l’exploiter pour s’emparer du pouvoir.

J.-P.G.

Demain : La France annexe l’île de Tahiti

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27 Mai 2017 - 9:20am

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