Un pape légalise la chasse aux sorcières

Ça s'est passé un 

5 Décembre 1484

Créée par le pape de l’Eglise catholique romaine Innocent III au XIIIe siècle, l’Inquisition fut étendue à la chasse aux « sorcières » les siècles suivants. Certes des procès pour sorcelleries s’étaient conclus par des condamnations à la peine de mort sur le bûcher. En 1390, le Parlement de Paris avait ainsi jugé pour sorcellerie Jeanne de Brigue qui avait péri brûlée vive en 1391. Mais, il n’existait pas de cadre théologique et juridique précis pour lutter contre cette « hérésie ». A la fin du XVe siècle les théologiens et inquisiteurs dominicains Heinrich Kramer et Jacques Sprenger menaient une lutte féroce et cruelle contre des « pécheurs » accusées de se livrer à la sorcellerie dans la vallée du Rhin et en particulier dans les diocèses de Cologne, Mayence, Trêves. Les femmes étaient particulièrement visées. Les autorités ecclésiastiques locales refusaient de les soutenir et bien souvent s’opposaient même à leurs investigations. Les deux théologiens en appelèrent à Innocent VIII, un pape aussi superstitieux que vénal qui entra dans l’histoire du catholicisme en étant le premier successeur de Pierre à reconnaitre officiellement ses enfants illégitimes. Le pape corrompu croyait néanmoins que le salut de l’Eglise passait par l’éradication des magiciens et des sorciers. Le 5 décembre 1484, il publia la bulle Summus desiderantes affectibus (Désireux d’ardeur suprême) dans laquelle il autorisait les inquisiteurs à démasquer et à condamner les « praticiens infernaux ».

Le pape autorisait la punition des sorciers et des sorcières « selon leurs mérites ». Dans le débat qui opposait le clergé catholique allemands et les clercs de l’Inquisition, Innocent VIII prenait fait et cause pour les seconds. Il exhortait les premiers à soutenir l’action de l’office de l’inquisition sous peine d’excommunication. Kramer et Sprenger publièrent en 1487 un ouvrage sur la sorcellerie intitulé Le Marteau des sorcières dans lequel ils expliquaient leurs malices, leurs pratiques sataniques et donnaient des conseils pour les reconnaitre. S’il apparait aujourd’hui comme un recueil de niaiseries, de préjugés, d’ignorance, l’ouvrage impressionna les lecteurs crédules de l’époque. Le livre fut réédité à trente reprises jusqu’en 1669. Selon les historiens, entre 100 000 à 200 000 procès pour sorcellerie ont été organisés en Europe jusqu’en 1650. Entre 40 000 et 100 000 sorcières auraient été exécutées. La dernière femme condamnée officiellement à mort pour sorcellerie fut la suissesse Anna Göldin, exécutée par décapitation, à Glaris le 18 juin 1782. En 2007, le Grand conseil du canton l’a réhabilité. Selon les études, les victimes étaient en majorité des femmes pauvres, âgées de plus de 50 ans, vivant souvent seules.

J.-P.G.

Demain : L’Irlande devient un Etat indépendant

Google news Référence: 
912
27 Novembre 2017 - 4:49pm

Un jour, un événement

Les événements des jours précédents