Vote des pleins pouvoirs à Pétain

Ça s'est passé un 

10 Juillet 1940

Depuis le 16 juin 1940 Philippe Pétain, le héros de la première guerre mondiale, est président du Conseil d’un gouvernement qui a fui Paris devant l’avance rapide des troupes allemandes. Il souhaite mettre fin à la guerre le plus rapidement possible. Le 22 juin il signe l’armistice franco-allemand à Rethondes avant d’installer son gouvernement à Vichy. C’est dans cette ville d’eau du département de l’Allier qu’il convoque les parlementaires, ou du moins ceux qui peuvent encore répondre présents. En effet vingt-sept d’entre eux sont à ce moment-là en mer, embarqués le 21 juin du port du Verdon en aval de Bordeaux, vers Casablanca sur le paquebot Massilia. Il faut ajouter que des parlementaires ont trouvé la mort lors des premiers jours de la guerre et qu’un grand nombre se trouve dans l'impossibilité de rejoindre Vichy ou, pour certains, ne souhaitent pas s'y rendre. Enfin soixante députés et un sénateur communistes ne peuvent siéger car depuis le 16 janvier 1940, ils sont déchus de leur mandat à la suite de la signature du pacte germano-soviétique entre Hitler et Staline. Le 10 juillet ils sont donc six cent soixante-dix députés et sénateurs à se retrouver en début d’après-midi dans le casino de Vichy. Pierre Laval, vice-président du Conseil, s'est chargé de lire devant eux la lettre du maréchal demandant les pleins pouvoirs en vue de préparer une nouvelle Constitution. Pétain lui-même a veillé à ne pas se présenter devant « ces gens-là », comme il désigne les parlementaires.

 Depuis longtemps l’homme méprise ces élus qui, selon lui, ne savent pas gouverner le pays. Le texte est voté par 569 voix contre 80 (20 abstentions et 176 absents). Il stipule : « L’Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées. La présente loi constitutionnelle, délibérée et adoptée par l’Assemblée nationale, sera exécutée comme loi de l’État».

 Sitôt le vote acquis, la Chambre est dissoute et le nouveau chef de l'État, outrepassant la mission qui lui a été confiée, s'arroge les pleins pouvoirs. A 84 ans Philippe Pétain entame une nouvelle carrière, celle d’un dictateur qui suspend l'application des lois constitutionnelles de 1875 instaurant la troisième République. Cet acte, auquel l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental refuse la qualité de loi constitutionnelle, servit de socle à l'édification du régime de Vichy.

Serge Bolloch

Demain : L’odyssée des passagers de L’Exodus

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18 Juin 2016 - 5:17pm

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