Zola défend Dreyfus et publie « J’accuse »

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13 Janvier 1898

Accusé injustement d’avoir trahi son pays au profit de l’Allemagne, le capitaine Alfred Dreyfus avait été dégradé et condamné à la déportation dans le bagne de l’île du Diable, au large de la Guyane. L’officier déchu continuait à proclamer son innocence. En juin 1897, le lieutenant-colonel Picquart qui avait enquêté sur l’affaire confia à son avocat, sous le sceau du secret, ses découvertes qui innocentaient Dreyfus. L’homme de loi informa le vice-président du sénat Schereur-Kestner. Le 5 novembre, Le Temps publia un article affirmant qu’Alfred Dreyfus avait été victime d’une erreur judiciaire. Le 16 novembre, Mathieu Dreyfus accusa dans la presse le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy d’être l’auteur du bordereau attribué à son frère. La justice décida l’ouverture d’une enquête. Le 25 novembre 1897, pour la première fois Emile Zola apporta dans Le Figaro son soutien au capitaine Dreyfus. Le 1er janvier 1898, le commandant Estherhazy au cœur de l’affaire demanda à être jugé devant le conseil de guerre. Sans doute avait-il reçu des assurances de l’état-major. Le 11 janvier, à l’issu d’un procès à huis-clos, la juridiction militaire, l’acquitta à l’unanimité. Indigné par le jugement, l’écrivain Emile Zola rédigea un long article en faveur du capitaine qu’il intitula « Lette au président de la République » Felix Faure. Il proposa à L’Aurore de le publier. Georges Clémenceau qui dirigeait alors la rédaction du quotidien et qui était désormais convaincu de l’innocence de Dreyfus – tout comme Jean Jaurès d’ailleurs -, accepta sans hésitation. Emballé par le texte, il trouvait en revanche le titre trop fade. Il proposa de lui adjoindre un énorme surtitre : « J’accuse… ! ».

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Le long texte s’achevait par une longue litanie accusatrice devenue célèbre :

« J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.

J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement.

J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans L'Éclair et dans L’Echo de Paris une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable ». 

L’article de Zola n’était ni historique ni juridique. Ainsi, le romancier surestima le rôle de du Paty de clam et minora celui du ministre Mercier et ignora celui du commandant Henry. A l’époque, les faits n’était pas connus ou avérés. Néanmoins son texte politique changea la nature de l’affaire Dreyfus et suscita de violentes réactions politiques. La France se divisa entre les dreyfusards favorables à la révision du procès, au nom de la vérité et de la justice, et les antidreyfusards opposés à une initiative qui mettait en cause l’institution militaire. Les seconds réagirent avec brutalité. Le président du conseil Jules Méline déclara à la Chambre : « Il n’y a pas d’affaire Dreyfus » ; son ministre de la guerre le général Billot porta plainte contre Emile Zola ; l’armée condamna à soixante jours de forteresse le colonel Picquart puis le réforma après l’exécution de sa peine.

 Le 7 février, Emile Zola fut condamné à un an de prison et 3000 francs d’amende, un jugement cassé en avril. L’armée porta plainte de nouveau contre le romancier qui fut de nouveau condamné en juillet. Pour échapper à la prison, l’auteur de Germinal s’enfuit en Grande-Bretagne. Emile Zola mourut le 29 septembre 1902 à la suite d’une intoxication au monoxyde de carbone, quatre ans avant la réhabilitation du capitaine Dreyfus.

Jean-Pierre Giovenco

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7 Décembre 2017 - 6:56pm

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