Abbas Kiarostami

  

5 Juillet 2016
masculin

Cinéaste iranien, né le 22 juin 1940 à Téhéran (Iran), décédé à Paris, à l’âge de 76 ans. Grande figure du cinéma mondial, Abbas Kiarostami réalisa en cinquante ans de carrière une quarantaine de films (courts et longs métrages et documentaires) dont plusieurs chefs-d’œuvre du septième art. En 1997, son film Le goût de la cerise, une réflexion magistrale sur la vie et la mort, remporta la palme au festival de Cannes. 

 Attiré dans ses jeunes années par la peinture qu’il étudia aux Beaux-arts de Téhéran, il débuta dans les années 1960 dans la vie professionnelle en travaillant dans une agence de publicité en qualité d’illustrateur. Il conçut et dessina des affiches et réalisa de petits films publicitaires pour la télévision. Des metteurs en scène remarquèrent son talent de scénariste et de réalisateur et lui demandèrent de réaliser les génériques de leurs films à la fin des années 1960. Arrivé au cinéma par des chemins détournés, Abbas Kiarostami participa en 1969 à la création de l’ « Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes » qui avait pour vocation à l’origine de publier des livres d’images pour le jeune public. L’institution gouvernementale possédait également un département cinéma. Abbas Kiarostami qui rêvait de se consacrer au septième art le dirigea. Il réalisa son premier film Le pain et la rue. Ce court métrage de douze minutes à vocation civique contait une histoire banale : un enfant qui avait acheté du pain pour le déjeuner était menacé par un chien affamé. De ce scénario qui tenait en une ligne, le jeune cinéaste tira un film digne du néo-réalisme italien.

 D’autres courts métrages suivirent. Il réalisa en 1973 son premier long métrage Le passager, le récit d’un jeune adolescent qui tente de réunir de l’argent pour assister à un match de football à Téhéran. Il mit également en scène l’univers de l’adolescence en 1979 avec Cas n°1, Cas n°2 qui contait l’histoire de la punition collective d’une classe en raison du chahut d’un seul élève. Abbas Kiarostami posa la question : pour éviter l’exclusion fallait-il dénoncer le coupable. Il demanda son avis à un communiste, des artistes, un rabbin, un ayatollah. Chacun défendit son point de vue devant la caméra. Contre toute attente, le plus libéral avec les enfants fut le dignitaire chiite. On apprendra plus tard que le religieux compréhensif, devenu chef du tribunal révolutionnaire, envoya au gibet des centaines d’opposants à la révolution islamique.

 Devenu le représentant de la « nouvelle vague » du cinéma iranien, Abbas Kiarostami réussit le tour de force de rester indépendant sous le régime religieux. Très connu et apprécié dans son pays, il fut découvert par les critiques et le public français en 1990 avec son film Ou est la maison de mon ami ? Un enfant négligeant est menacé d’exclusion de l’école s’il ne rend pas son devoir le lendemain. Mais, par malchance, il oublie son cahier en classe. Son voisin de bureau l’a récupéré et décide de le rapporter à son ami pour qu’il puisse rédiger son devoir. Mais, il ne connait pas l’adresse. Un long périple commence.

Le film suivant fit connaître Abbas Kiarostami dans le monde entier et le consacra comme un des grands maitres du septième art : Glose up contait l’histoire d’un imposteur qui se faisait passer pour un célèbre metteur en scène et bouleversait la vie de la famille qu’il avait trompée. Entre documentaire et fiction, le film s’interrogeait sur la vérité et le mensonge. Désormais, la notoriété internationale assurait au cinéaste une relative protection face aux bureaucrates obscurantistes de la République islamique. Il enchaina les succès : Et la vie continue (1992) et Au travers des oliviers (1994) prolongeaient et approfondissaient la réflexion débutée avec Ou est passée la maison de mon ami ? En 1997, le jury du festival de Cannes lui décerna la Palme d’or pour Le goût de la cerise (ex-aequo avec Shöhei Imamura pour L’anguille). Le film racontait la quête d’un homme tenté par le suicide qui proposait aux personnes qu’il rencontrait de jeter la dernière poignée de terre sur sa tombe. Film halluciné et troublant avec une dernière scène difficile à déchiffrée mais inoubliable.

 Excédé par l’intolérance du régime des ayatollahs, scandalisé par les violences contre la population, outré par les fraudes électorales commises par les partisans du président Mahmoud Ahmadinejad, le cinéaste passa la dernière partie de sa vie professionnelle à l’étranger. En Ouganda, il tourna le documentaire ABC Africa (2001) sur des enfants atteints du sida. En Italie, il réalisa Tickets (2005) avec Valeria Bruni Tedeschi, Copie conforme (2010) avec Juliette Binoche. Au Japon, il mit en scène Like someone in love (2012), son dernier film.

 Atteint d’un cancer, Abbas Kiarostami était venu se faire soigner en France, il y a quelques semaines. Il a perdu son dernier combat. Jean-Luc Godard avait déclaré il y a quelques années : « Le cinéma commence avec D.W. Griffith et prend fin avec Abbas Kiarostami ». 

Google news Référence: 
789
5 Juillet 2016 - 7:23am

Le carnet
des jours précédents

21 Juin 2018

28 Mai 2018

28 Mai 2018

27 Mai 2018

22 Mai 2018