Andrzej Wajda

  

9 Octobre 2016
masculin

Cinéaste polonais, né le 6 mars 1926 à Sulwaki (Podlachie), décédé à Varsovie, à l’âge de 90 ans. Le plus grand cinéaste polonais de sa génération réalisa dans sa longue carrière une trentaine de film dont plusieurs reçurent des récompenses internationales. Opposant notoire au pouvoir communiste, son film L’homme de fer remporta la palme d’or au festival de Cannes en 1981.

 Né au sein d’une famille aisée – père officier, mère institutrice –, il vécut dans son adolescence les cruautés de la guerre provoquée par le partage de son pays entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique en septembre 1939. Son père périt en 1940 dans le massacre de Katyn que les soviétiques attribuèrent aux nazis. Bien plus tard en 1990, le gouvernement russe avoua que les assassinats commis dans la petite ville russe de plusieurs milliers d’officiers, de cadets, de médecins, d’ingénieurs polonais avait été commandités par Staline et exécutés par les tueurs de la police politique du régime (NKVD). Le jeune Andrzej Wajda crut alors à la version officielle soviétique. A l’âge de 16 ans, il s’engagea dans la résistance à l’Allemagne nazie au sein de l’Arma Krajowa, un mouvement de lutte armé composé de résistant non communistes. Après la seconde guerre mondiale, le régime communiste passa sous silence – voire réprima – l’action des survivants, surnommés les « soldats maudits ».

 Après la libération de son pays, Andrzej Wajda étudia le cinéma à Cracovie puis à Lodz. En 1955, la guerre fut le sujet de son premier long-métrage Une fille a parlé. Il poursuivit sa réflexion sur les bouleversements provoqués par le conflit mondial avec Ils aimaient la vie, un récit sur l’insurrection de Varsovie. Présenté au Festival de Cannes, le film partagea le prix du jury avec Le septième sceau du maitre suédois Ingmar Bergman. Désormais connu des cinéphiles du monde entier, encensé par la critique et protégé par cette notoriété nouvelle et inattendue Wajda osa évoquer dans Cendres et diamants la lutte qui opposa militants nationalistes et communistes au lendemain de l’armistice de 1945. Loin des règles pesantes du réalisme socialiste, en rupture avec le cinéma-propagande en vigueur alors, le cinéaste fut à l’origine de l’Ecole polonaise de cinéma. Il aborda de manière subtile des thèmes tabous dans la société communiste dont l’homosexualité (Le bois de bouleaux en 1970) En 1975, La Terre de la grande promesse, une fresque historique consacrée aux bouleversements et antagonismes provoqués dans les classes sociales et chez les individus par le développement de l’industrie du textile à Lodz. Le film suscita une polémique. De nombreux critiques reprochèrent au cinéaste d’avoir présenté des financiers juifs de manière caricaturale.

Observateur critique du communisme, il raconta en 1977 dans L’Homme de marbre l’histoire d’une journaliste qui enquêtait sur un maçon stakhanoviste, fêté comme un héros par le régime dans les années 1950 et tombé en disgrâce vingt ans plus tard. En 1981, dans L’Homme de fer, il poursuivit sa réflexion sur son pays alors en plein changement : un journaliste de télévision était chargé d’infiltrer les grévistes du chantier naval de Gdansk et de discréditer un des leaders du mouvement ouvrier. Le film remporta la Palme d’or au festival de Cannes. La récompense mit le cinéaste à l’abri des représailles du gouvernement communiste qui avait décidé d’interdire le syndicat Solidarnosc. Proche et ami de Lech Walesa, la figure emblématique et charismatique du mouvement emprisonné après le coup d’Etat du général Jaruzelski, Andrzej Wajda traita de la question de la terreur en politique. Il choisit pour cadre la France révolutionnaire de 1793 au moment de la rupture intervenue en mars 1794 entre les factions au pouvoir. Danton, incarné par un extraordinaire Gérard Depardieu, tentait de convaincre Robespierre, interprété par Wojciech Pszoniak, de mettre fin à la Terreur et « d’économiser le sang des hommes ». Chacun connait le résultat de la confrontation entre les deux géants de la révolution : Danton en avril précéda Robespierre sur l’échafaud et la réaction triompha, comme l’avait prédit Danton, en juillet 1794. Le film remporta le prix Louis-Delluc et Wadja celui de César du meilleur réalisateur. La même année, dans Un amour en Allemagne, il conta l’histoire de l’amour impossible entre une allemande - jouée par Anna Schygulla - et un prisonnier polonais, pendant la seconde guerre mondiale.

 En 1988, Wajda adapta pour le cinéma Les possédés de Dostoïevski avec Isabelle Huppert et Jutta Lampe. En 1990, son film Korczak racontait le martyre vrai subi en 1942 par le médecin-pédiatre et écrivain polonais juif Janusz Korczak qui décida d’accompagner au camp d’extermination de Treblinka 192 enfants juifs du ghetto de Varsovie dont il avait la charge. La seconde guerre mondiale fut encore le sujet de son film historique Katyn en 2003 qui traita de l’assassinat des officiers polonais- dont celui de son propre père - par la police secrète soviétique. En 2013, il réalisa son dernier film intitulé L’Homme du peuple, un hommage à son ami Lech Walesa, l’ouvrier électricien, tombeur du communisme dans son pays, devenu président de la république polonaise.

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10 Octobre 2016 - 9:54am

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