Claude Lanzmann

  

5 Juillet 2018
masculin

Journaliste, cinéaste et écrivain français, né le 25 novembre 1928 à Bois-Colombes (Seine), décédé à Paris à l’âge de 92 ans. Grande figure de l’intellectuel engagé aux côtés de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir avec laquelle il entretint une relation amoureuse, il dirigea la revue Les Temps modernes pendant une trentaine d’années. « Passeur de mémoire », il consacra douze ans de sa vie à la réalisation de son films-documentaire Shoah sur l’extermination des juifs d’Europe par les nazis.

Né dans une famille juive non pratiquante, Claude Lanzmann adhéra aux jeunesses communistes pendant la guerre. Il participa aux combats de la Résistance en Auvergne où  son père s’était installé. A la Libération, il entreprit des études de philosophie. Mais, il mit son talent de pédagogue au service du journalisme. En 1952, il intégra la rédaction de la revue Les Temps moderne, fondé par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dont il devint un proche. Engagé aux côtés de ses amis dans les luttes  - et les errements - de l’époque contre le capitalisme, il publia de nombreux reportages. Militant anticolonialiste, il signa  le « Manifeste des 121 » en faveur de l’insoumission pendant la guerre d’Algérie. En 1970, il réalisa son premier film-documentaire Pourquoi Israël dont il fut un ardent défenseur, quitte à se fâcher avec de nombreux intellectuels de gauche. En 1973, il décida de donner la parole aux victimes survivantes de l’extermination des juifs en Europe. Il retrouva également les bourreaux, les anonymes, tous ceux qui directement ou indirectement avaient participé à l’assassinat des six millions de juifs. Aux uns et aux autres, il leur demande de témoigner  « en situation ». Son enquête et sa quête à travers l’Europe, les Etats-Unis et Israël dura douze ans. Il tourna 350 heures dont 220 heures exploitables. En 1985, après un travail de montage de six ans, Shoah fut enfin diffusé sur les écrans de cinéma. Le film durait près de dix heures. L’œuvre monumentale, révolutionnaire et novatrice provoqua un énorme choc émotionnel et artistique dans le monde. Simone de Beauvoir résuma le 24 avril 1985 le sentiment de tous ceux qui assistèrent impressionnés à la projection à la « une » du Monde : « Il n'est pas facile de parler de Shoah. Il y a de la magie dans ce film, et la magie ne peut pas s'expliquer. Nous avons lu, après la guerre, des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d'extermination ; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd'hui l'extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n'avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l'affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre cœur, notre chair. Elle devient la nôtre. Ni fiction ni documentaire, Shoah réussit cette recréation du passé avec une étonnante économie de moyens : des lieux, des voix, des visages. Le grand art de Claude Lanzmann est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix, et, par-delà les mots, d'exprimer l'indicible par des visages. »

 Tout en poursuivant sa carrière de journaliste notamment aux Temps modernes dont il devint le directeur en 1986, Claude Lanzmann, réalisa plusieurs autres films-documentaires dont Tsahal (1994), Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), Le Dernier des injustes (2013), Napalm (2017), Les quatre sœurs présenté dans les salles la veille de sa mort.  Le cinéaste publia également plusieurs ouvrages dont Le Lièvre de Patagonie en 2009. Plusieurs fois marié, père de deux enfants, Claude Lanzmann était le frère du romancier Jacques Lanzmann.

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6 Juillet 2018 - 7:35am

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