Danielle Darrieux

  

19 Octobre 2017
feminin

Actrice française, née le 1er mai 1917 à Bordeaux (Gironde), décédée à Bois-le-roi (Eure), à l’âge de 100 ans. Grande star du cinéma français pendant huit décennies, elle interpréta les rôles de jeunes ingénues à ses débuts dans les années 1930 et de grand-mère dans les années 2000. Avec une centaine de films à son actif et autant de téléfilms et de pièces de théâtre, elle fut dirigée par les plus grands metteurs en scène. 

Quand elle naquit au sein d’une famille bourgeoise – père médecin, mère cantatrice -, Raymond Poincaré était président de la République, Georges Clemenceau dirigeait le gouvernement et les poilus combattaient les Allemands dans les tranchées. Après de solides études, elle apparut à l’âge de 13 ans à l’affiche de son premier film en 1930, Le Bal de Wilhem Thiele. Elle traversa le siècle en interprétant des personnages de son âge : des gamines facétieuses, des adolescentes délurées, des femmes fatales, des épouses rassurantes, des mères inquiètes, des grands-mères compréhensives. En 1933, elle se fit remarquer dans Mauvaise Graine réalisé par le cinéaste autrichien Billy Wilder qui avait fui le régime nazi. Douée également pour la chanson, elle forma un couple mythique avec Albert Préjean dans des comédies musicales (La Crise est finie en 1934, Dédé en 1935). En 1935, elle tourna J’aime toute les femmes d’Henri Decoin qu’elle épousa. Sous sa direction, elle tourna plusieurs autres succès jusqu’à leur divorce en 1941. Elle connut la célébrité internationale après son interprétation éblouissante dans le drame Mayerling (1936) réalisée par Anatole Litvak. Réclamée par Hollywood, elle tourna en 1938 La Coqueluche de Paris avec Douglas Fairbanks Jr. Le film fut bien reçu mais l’actrice préféra rompre son contrat avec Universal pour retourner en France. Les succès s’enchainèrent : Katia (1938) de Maurice Tourneur, Battement de cœur (1940) d’Henri Decoin et surtout Premier rendez-vous (1941) également réalisé par Henri Decoin. Le film remporta un énorme succès populaire alors que le pays était occupé par les allemands. Bien qu’il fut considéré comme étant un chef-d’œuvre, il avait souffrait d’avoir été financé par la Continental-Films, une société financée par des capitaux allemands. En mars 1942, elle participa avec de grands acteurs du cinéma français (Albert Préjean, Suzy Delair, Viviane Romance) à un voyage de propagande à Berlin. Danielle Darrieux se justifia en expliquant qu’elle avait profité du déplacement dans la capitale du Troisième Reich pour plaider la cause de son mari, le diplomate dominicain Porfirio Rubirosa, accusé d’espionnage au profit des alliés et interné en Allemagne. Après sa libération, elle rompit son contrat avec la Continental et ne tourna plus de films jusqu’à la Libération. Elle passa les dernières années de la guerre en résidence surveillée à Megève.

 Après une absence de quatre ans, Danielle Darrieux retrouva les plateaux de tournage. Elle renonça à jouer les jeunes ingénues. Remariée en 1948 avec Georges Mitsinkidès, elle tourna cette année-là Ruy Blas de Pierre Billon. Elle renoua avec le succès en 1950 dans La Ronde de Max Ophuls où elle donna la réplique à Gérard Philipe et Jean-Louis Barrault. En 1952, son ancien époux Henri Decoin lui fit tourner La Vérité sur Bébé Donge, une adaptation d’un livre de Simenon dans lequel elle interprétait le rôle d’une femme qui empoisonnait son époux, joué par Jean Gabin. Figure populaire du cinéma français, elle tourna les années suivantes plusieurs films par an dont la plupart sont aujourd’hui oubliés. Surnagent L’affaire Cicéron (1952), un excellent film d’espionnage réalisé par le cinéaste américain Joseph L. Mankiewicz, Le Rouge et le noir (1954) de Claude Autant-Lara dans lequel elle incarnait madame de Rénal et partageait l’affiche avec Gérard Philipe (Julien Sorel), L’Amant de lady Chatterley (1955) de Marc Allégret. A l’approche de la quarantaine, Danielle Darrieux était toujours sollicitée par les metteurs en scène, mais elle ne jouait plus les premiers rôles. Les réalisateurs de la Nouvelle vague la boudèrent sauf Claude Chabrol qui fit appel à elle pour son Landru (1963). Une nouvelle génération d’actrices s’imposait : Brigitte Bardot, Jeanne Moreau. En 1967, elle interpréta la mère des Demoiselles de Rochefort, jouées par les prometteuses Catherine Deneuve et Françoise Dorléac. Moins présente au cinéma, Danielle Darrieux renoua avec le théâtre dans les années 1970. Elle joua des pièces de Marcel Achard (Domino en 1970 et 1974), Noël Coward (Les amants terribles en 1973), Marcel Aymé (Lucienne et le boucher en 1976), Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy (Potiche en 1982), Colette (Gigi en 1985), Ernest Thompson (La Maison du lac en 1988), Jean-Claude Sussfeld (Ma petite fille mon amour en 1998), Eric-Emmanuel Schmitt (Oscar et la dame Rose en 2004 qui lui valut de remporter un Molière de la meilleure comédienne).

 En 1986, elle retrouva Catherine Deneuve dans Le lieu du crime d’André Téchiné. Elle interpréta un rôle de grand-mère. La nouvelle génération de metteurs en scène continua à lui faire confiance. Ainsi, elle apparut régulièrement dans de petits rôles au générique de films, dans les années 2000 et 2010. En 2001, François Ozon lui fit jouer une étonnante mamy alcoolique et avare dans le chef-d’œuvre Huit femmes. Quatre-vingt ans après avoir tourné son premier film, l’actrice apparut pour une dernière fois sur le grand écran en 2010 dans Pièce montée dirigés par Denys Granier-Deferre.

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19 Octobre 2017 - 12:57pm

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