Edgard Pisani

  

Non publié
22 Juin 2016
masculin

Résistant et homme politique français, né le 9 octobre 1918 à Tunis alors protectorat français, décédé le 20 juin, à l’âge de 97 ans. Né au sein d’une famille maltaise originaire d’Italie, Edgard Pisani suivit de brillantes études à Paris dans le but de devenir haut-fonctionnaire de l’Etat. Membre de la résistance intérieure pendant l’Occupation, il fut arrêté par les occupants et interné au Mont-Dore comme otage administratif. Le 7 juin 1944, il réussit à s’enfuir de l’hôtel ou il était détenu et à gagner la capitale. Il joua un rôle déterminant dans la libération de la préfecture de police de Paris en août 1944, aux côtés du préfet gaulliste Charles Luizet.

 Son sang-froid et sa détermination lui valurent d’être nommé sous-préfet à l’âge de 26 ans. Après la libération, la carrière d’Edgard Pisani s’accéléra : directeur adjoint du préfet de police de Paris puis directeur de cabinet du ministre de l’intérieur à 27 ans, préfet de la Haute-Loire à 28 ans. Cette rapide ascension lui attira de solides inimitiés dans la préfectorale où l’on jalousait le « maltais ». En 1954 Edgard Pisani franchit le Rubicon et se lança dans une carrière politique. Le gaulliste qu’il était se présenta aux élections sénatoriales sous la bannière du Rassemblement des gauches républicaines, un parti soutenu par un certain François Mitterrand. Brillamment élu, il siégea au palais du Luxembourg jusqu’en 1961, date à laquelle le général de Gaulle lui demanda d’accepter le portefeuille de ministre de l’agriculture. L’ancien résistant gaulliste occupa la fonction pendant cinq ans dans le gouvernement de Michel Debré puis dans celui de Georges Pompidou. Il fut un des principaux artisans de la politique agricole européenne dont les principes définis à l’époque sont toujours appliqués de nos jours. Ses réformes et sa politique de modernisation de l’agriculture française – souvent critiquées – permirent à la France de devenir la décennie suivante une grande puissance agricole.

 Bien que fidèle à la personne du général de Gaulle, Edgard Pisani défendait des idées politiques de gauche. Il fonda le Mouvement pour la réforme (MPR) et se présenta aux élections législatives se revendiquant comme un gaulliste de gauche. Elu député dans le Maine-et-Loire en 1967, il s’opposa à Georges Pompidou quand ce dernier décida de gouverner le pays par ordonnances, au mépris des prérogatives du parlement. Mis en minorité, il en tira les conclusions en démissionnant de son poste de ministre de l’équipement. La rupture entre les deux hommes fut consommée l’année suivante, en mai 1968, quand Edgard Pisani rallia la gauche et vota la censure du gouvernement Pompidou qui affrontait une grave crise sociale, universitaire et politique. En conformité avec son éthique politique, il démissionna de son mandat de député. Devenu préfet en disponibilité, il fit valoir ses droits à la retraite en 1973. L’année suivante, il adhéra au parti socialiste et fut élu sénateur de la Haute-Marne cette même année.

 Proche de Michel Rocard, annoncé comme le futur leader de la gauche après l’échec de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1974, il assista avec surprise et admiration à la remontée spectaculaire du leader du PS et à son triomphe en 1981. Le nouveau président de la République nomma Edgard Pisani à la Commission européenne où il fut chargé du développement avec les pays en voie de développement. Tiers-mondiste convaincu, Edgard Pisani s’activa pour sortir les pays africains de la misère. Très actif dans le dialogue Nord-Sud, il multiplia les rencontres et les accords entre les pays riches et les pays pauvres. François Mitterrand eut la bonne idée d’utiliser ses talents de négociateurs en le nommant en janvier 1985 haut-commissaire de la Nouvelle-Calédonie où s’affrontaient partisans et opposants de l’indépendance. Le territoire était alors au bord de la guerre civile. Le lendemain de sa prise de fonction, dix militants kanaks étaient tués lors d’affrontement avec les forces de l’ordre. Après le rejet par les deux camps d’un projet d’indépendance-association, Edgar Pisani élabora un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie. Le territoire était divisé en quatre circonscriptions et un référendum d’autodétermination devait décider de l’avenir de l’île. Les élections régionales donnèrent la majorité aux anti-indépendantistes alors que les Kanaks avaient voté à plus de 80% pour l’indépendance. Désavoué par les électeurs européens, lâché par le premier ministre Laurent Fabius, il fut rappelé à Paris où il bénéficia d’une « promotion-sanction » en devenant pendant six mois ministre…de la Nouvelle-Calédonie.

 Devenu chargé de mission du président de la République – un titre aussi ronflant que vide-, il se morfondit pendant deux ans. En 1988, il fut nommé à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA). Il occupa le poste jusqu’en 1995, date à laquelle Jacques Chirac, nouvellement élu président, mit fin prématurément à son mandat. Officiellement, les pays partenaires de l’IMA supportaient mal la tutelle de l’ancien résistant. Ce grand serviteur de l’Etat a publié une vingtaine d’ouvrages, des essais, des rapports, des études et des mémoires intéressantes, Persiste et signe dont le titre définit bien le personnage. Son dernier ouvrage paru en 2015 s’intitulait Croire pour vivre : méditations politiques. Une utile réflexion sur la politique à une époque où elle est décriée.

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21 Juin 2016 - 5:21pm

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