Edmond Maire

  

1 Octobre 2017
masculin

Syndicaliste français, né le 24 janvier 1931 à Epinay-sur-Seine (Seine), décédé à l’âge de 87 ans. Grande figure du syndicalisme réformiste, il dirigea la Confédération française démocratique du travail (CFDT) de 1971 à 1988. Partisan de l’autogestion socialiste dans les années 1970, il amorça après la rupture de l’union de la gauche un virage tactique vers le recentrage de l’action syndicale dix ans plus tard. Sous sa direction, la CFDT devint la seconde confédération syndicale derrière la CGT mais devant Force ouvrière (FO)

Né dans une famille nombreuse – six frères et sœurs - et catholique, Edmond Maire travailla dans l’industrie chimique dès 1949. Adhérent de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), il devint permanent du Syndicat de la chimie de la région parisienne puis en 1963 secrétaire général de la fédération. Favorable à la déconfessionnalisation de la CFTC et à son ancrage à gauche, il participa au congrès extraordinaire de 1964 qui aboutit à la création de la CFDT. Adhérent du Parti socialiste unifié (PSU) il se lia avec Michel Rocard et Pierre Mendès France qu’il poussa à être l’homme du recours lors de la crise de mai-juin 1968. En 1970, dans le prolongement de l’effervescence post-soixante-huitarde, les thèses d’Edmond Maire triomphèrent au congrès du syndicat qui désormais s’appuyait sur trois piliers : la planification, la nationalisation des moyens de production et l’autogestion à la française, dérivée de celle pratiquée en Yougoslavie.

 Il attendit encore un an avant de succéder à Eugène Descamps, le père de la modernisation de la CFDT, au poste de secrétaire général. Il poursuivit sa politique de rapprochement avec la CGT communisante, premier syndicat de France en nombre d’adhérents et d’électeurs aux élections aux comités d’entreprise. Edmond Maire signa ainsi en juin 1974 une déclaration commune avec son homologue de la CGT Georges Séguy. L’année suivante pourtant, il marqua ses distances : « La CGT n’est pas sur une ligne unitaire, mais sur celle du parti communiste ». Au nouveau syndical les relations entre les deux syndicats n’étaient guère plus fraternelles que celles qui existaient entre le PC de Georges Marchais et le PS de François Mitterrand. Refusant au nom de l’indépendance syndicale et de l’autogestion d’être la courroie de transmission d’un parti et encore moins d’un futur gouvernement de l’union de la gauche, Edmond Maire s’efforça de cultiver la différence de son syndicat. Il compara les militants trotskistes à des « coucous » qui « viennent mettre leurs œufs dans notre nid ».

Après l’échec de la réactualisation du programme commun de la gauche et au lendemain de la rupture entre le PS et le PC, Edmond Maire jugea que la gauche ne pouvait gagner les élections législatives de 1978. Il amorça un virage tactique en affirmant que la CFDT devait négocier avec les pouvoirs publics et trouver les « nécessaires compromis avec ceux qui dirigent l’économie et la vie sociale ». Le président Valéry Giscard d’Estaing répondit à l’appel au pied d’Edmond Maire qui semblait vouloir concurrencer Force ouvrière, l’interlocuteur privilégié du gouvernement jusque-là. Il reçut à l’Elysée le leader de la CFDT. Le Congrès de Brest en mai 1979 ratifia le changement d’orientation. Mais rien de concret ne sortit de ces conciliabules avec le pouvoir. En 1980, Edmond Maire dénonça la politique « d’alignement complet » de la CGT sur le PCF.

 Après la victoire du socialiste François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981, la CFDT approuva les mesures sociales du gouvernement tout en alertant sur les risques de dérapages économiques. En 1983, Edmond Maire se rallia de fait au virage de la rigueur économique prônée par le ministre de l’économie Jacques Delors dont il apparut comme un des avocats. Ces positions furent validées par les militants qui renâclèrent certes mais renoncèrent à le mettre en minorité dans les instances confédérales ou lors des congrès. Elles déroutèrent en revanche les salariés qui boudèrent en décembre 1983 le syndicat lors des élections à la Sécurité sociale. Les années suivantes, il poussa les feux de la modernisation et du recentrage de la CFDT. Fini l’alliance étroite et exclusive avec la CGT : désormais le syndicat réformiste s’allierait en tenant compte des circonstances. En 1986, il brisa le tabou de la grève qualifiée de « vieille mythologie », jugeant que l’entreprise était également un lieu « de coopération conflictuelle ». Edmond Maire, annonça que la CFDT ne donnerait plus de consignes de vote à l’avenir. Malade et fatigué, il décida de ne pas se représenter en 1988. Il souhaita la nomination d’une femme, Nicole Notat. Pour la première fois depuis 18 ans, les manœuvres d’appareil firent échouer sa candidate. Jean Kaspar fut élu. Edmond Maire ne quitta pas tout à fait la scène. Il devint le directeur des Villages vacances familles (VVF), spécialisé dans le tourisme social. Il apparut une dernière fois en public le 7 juillet 2016 dans la cour d’honneur des Invalides à Paris. Il prononça un discours en hommage à son ami Michel Rocard.

Google news Référence: 
423
1 Octobre 2017 - 4:13pm

Le carnet
des jours précédents

22 Mai 2018

7 Mai 2018

6 Avril 2018

2 Avril 2018

30 Mars 2018