Edmonde Charles-Roux

  

21 Janvier 2016
masculin

Romancière et journaliste française, née le 17 avril 1920 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), décédée à Marseille (Bouches-du-Rhône), à l’âge de 95 ans. Résistante, journaliste, femme de lettres, elle resta attachée à l’académie Goncourt qui lui attribua son prix en 1966 pour Oublier Palerme et qu’elle présida ensuite pendant une douzaine d’années.

 Fille d’un diplomate originaire des Cévennes, elle vécut son enfance dans plusieurs capitales européennes (Saint-Pétersbourg, Istanbul, Prague, Londres), au gré des affectations de son père Jean-Charles Roux. Elle résida ainsi pendant huit ans à Rome où son père représentait la France au Vatican et où elle se trouvait avec sa famille quand éclata la seconde guerre mondiale. Agée de vingt ans, Edmonde Charles-Roux qui préparait un diplôme d’infirmière, s’engagea comme volontaire dans un corps d’ambulancière dépendant de la Légion étrangère. En mai 1940, son hôpital de campagne installé près de Verdun fut bombardé. Blessée, elle fut décorée de la Croix de guerre et élevée au grade de caporal d’honneur de son unité. Après la défaite de la France en juin 1940, elle poursuivit la lutte contre les occupants nazis au sein de la Résistance. Elle assura notamment des transports clandestins pour les Francs-tireurs-partisans, main-d’œuvre-immigrée (FTP-MOI), un mouvement proche des communistes dans le sud de la France. Après le débarquement de Provence le 15 août 1944, elle intégra l’état-major du général de Lattre de Tassigny. Elle fut nommée assistante sociale divisionnaire et participa à la campagne d’Allemagne et fut blessée pour la seconde fois lors de l’entrée des troupes françaises en Autriche.

 Rendue à la vie civile à la fin de la seconde guerre mondiale, elle s’installa à Marseille, sa ville de cœur. Snobée par une partie de la bourgeoisie locale qui lui reprochait ses liens noués avec les communistes pendant la guerre et s’alarmait de ses idées de gauche, elle « monta » à Paris pour trouver un emploi. Un armateur marseillais ami de son père et actionnaire d’un nouvel hebdomadaire féminin la présenta à Hélène Lazarreff, fondatrice du magazine. Ainsi Edmonde Charles-Roux intégra la rédaction du journal Elle où elle devint une des grandes signatures. En 1950, elle rejoignit avec le titre de rédactrice en chef l’édition française du magazine de mode et de culture Vogue. Passionnée par l’art et la littérature, elle fit connaitre de nombreux talents : le peintre Hervé Dubly, les écrivains François-Régis Bastide, Alain Robbe-Grillet, François Nourissier, les créateurs de mode Ungaro et Yves Saint-Laurent, le photographe Irving Penn. Son aventure avec Vogue se termina en 1966 quand Edmonde Charles-Roux prétendit consacrer la couverture du magazine à un mannequin noir. Sa direction s’étrangla et mit son veto. Edmonde Charles-Roux préféra s’en aller.

 La presse perdit une grande journaliste mais la littérature gagna une grande écrivaine. Trois mois après avoir quitté Vogue, elle publia un premier roman. Ce fut un coup de maitre : Oublier Palerme. Encensé par la critique, le livre enchanta ses nombreux lecteurs et fut couronné du prix Goncourt. Quelques mois plus tard, lors d’une cérémonie de remise de médaille à la mairie de Marseille, elle rencontra le maire socialiste Gaston Defferre. Le coup de foudre entre la romancière et l’homme politique de gauche se conclut en 1973 par un mariage. Féministe convaincue, l’écrivaine garda son nom de jeune fille. Elle publia de nouveaux chefs-d’œuvre : Elle, Adrienne (1971), L’irrégulière (1974), une biographie de la couturière Coco Chanel.

 En 1983, elle devint membre de l’académie Goncourt. En 2002, elle succéda au président François Nourissier qu’elle avait contribué à faire connaître quarante ans plus tôt. Elle présida l’assemblée d’une main ferme mais toujours avec un sourire narquois jusqu’en 2014, date à laquelle elle passa le flambeau au journaliste Bernard Pivot qu’elle avait adoubé. Edmonde Charles-Roux s'est éteinte deux jours après son confrère et ami Michel Tournier qu'elle cotoya à l'académie pendant trois décennies. Avec la disparition de ces deux grands écrivains de la seconde moitié du XXeme  siècle, une page de la littérature française est tournée.

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21 Janvier 2016 - 8:38am

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