Fidel Castro

  

25 Novembre 2016
masculin

Homme d’Etat Cubain, né le 13 août 1926 à Biran (province de Holguin), décédé à Santiago de Cuba, à l’âge de 90 ans. Le Lider maximo qui vient de disparaitre à la suite d’une longue maladie a incarné la Révolution cubaine pendant près de soixante ans. Retiré du pouvoir pour des raisons médicales depuis l’année 2008, il avait joué un rôle important sur la scène internationale. Soumis à un dur blocus - que Barak Obama a supprimé en 2014 - il se rapprocha de l’URSS et proclama son adhésion au communisme. Il provoqua en 1962 une crise mondiale en acceptant d’accueillir sur son sol des missiles nucléaires soviétiques.

Né au sein d’une famille de propriétaires terriens aisés d’origine espagnole – son père possédait des milliers d’hectares de terres agricoles -, le jeune Fidel Castro suivit des études chez les frères maristes avant d’entreprendre de brillantes études de droit. Devenu avocat, il s’’engagea trop tôt dans l’action politique. Quand en 1952, le général Fulgencio Batista renversa le gouvernement légal, il porta plainte pour violation de la Constitution. Les juges lui dirent que sa démarche était irrecevable. Estimant que seule la force pourrait chasser le dictateur du pouvoir, Castro réunit quelques fidèles et attaqua la caserne de Moncada, le 23 juillet 1953. Le raid tourna au désastre. Quatre-vingt assaillants furent tués. Arrêté, Castro fut condamné à une peine de quinze ans de prison. Libéré deux ans plus tard à l’occasion d’une amnistie, il s’exila avec son frère Raoul au Mexique où il rencontra le docteur argentin Ernesto Guevara. Echaudé par sa première tentative, il décida de préparer sa revanche avec minutie, collectant des fonds aux Etats-Unis, formant des guérilleros, et attendit le bon moment pour passer à l’action.

Les Barbus s’emparent du pouvoir

Ce jour arriva, le 2 décembre 1956, 82 révolutionnaires cubains exilés au Mexique débarquèrent du navire de plaisance Granma sur la côte cubaine. Commandés par Fidel Castro, son frère Raoul et Ernesto Guevara, ils firent le serment de renverser le dictateur Fulgencio Batista qui depuis 1952 pillait le pays au profit de son clan et gouvernait par la corruption et la terreur. Mais, l’armée régulière avait été prévenue. Elle intercepta les rebelles qui subirent de lourdes pertes. Au bout de quelques jours d’affrontements, les survivants étaient au nombre de 16. Ils parvinrent à s’échapper et se réfugièrent dans la Sierra Maestra. Batista pavoisa. Personne ne pouvait vivre dans ces montagnes inhospitalières, déclara-t-il. Mais il sous-estimait l’ampleur du rejet de son régime totalitaire, le sens tactique de Castro et le courage des rescapés.

 Les seize devinrent cinquante, puis cent, puis au bout de quelques semaines huit cents. La guérilla infligea de lourdes pertes à l’armée de Batista. La presse américaine s’intéressa à ces révolutionnaires « barbus » qui défendaient la démocratie contre un pouvoir corrompue. Le gouvernement des Etats-Unis décida d’interrompre son aide militaire au dictateur dont les exactions suscitaient la réprobation internationale. Batista répliqua en envoyant 10 000 soldats combattre les révolutionnaires. L’échec fut cuisant. Les guérilleros remportèrent de nombreuses victoires. L’armée régulière se débanda, minée par des désertions massives. A l’automne 1958, les révolutionnaires s’emparèrent de Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays. Le 31 janvier 1958, Batista s’enfuit avec ses proches à Saint-Domingue, puis en Espagne où gouvernait son ami Franco. Il y mourut en 1973. Fidel Castro et ses hommes firent une entrée triomphale à La Havane le 8 janvier 1959. Un gouvernement associant les partis politiques opposés à l’ancien régime fut mis en place.

 Fidel Castro en fut le premier ministre. Quel régime les « castristes » allaient-ils instaurer : une démocratie de type occidental ou un régime communiste ? Les premières mesures économiques donnèrent le ton : nationalisations de l’industrie, des banques, de l’énergie et du secteur sucrier en partie dirigée par des entreprises américaines. Le sort réservé aux anciens partisans de Batista montra que le nouveau pouvoir était bien décidé à préserver les acquis de la « révolution ». 631 condamnations à morts de militaires, policiers ou oligarques furent prononcées. Les nouvelles autorités du pays emprisonnèrent 70 000 opposants. Le temps du pouvoir n’était pas celui du romantisme. Les Etats-Unis qui avaient reconnu le nouveau régime s’inquiétèrent désormais pour leurs intérêts.

La victoire de la baie des cochons

 L’année qui suivit détermina la nature du régime instauré par les barbus et les alliances diplomatiques avec l’étranger. Fidel Castro établit une République socialiste à parti unique, lié à l’Union soviétique. Les Etats-Unis vécurent ce renversement d’alliance comme un affront et une menace. La réforme agraire et la nationalisation du système productif sans indemnisation avaient nuit aux intérêts économiques des Etats-Unis. Située à quelques centaines de kilomètres au large des côtes de la Floride, l’île était considérée par la classe politique et les militaires nord-américains comme un bastion communiste qui contrôlait les mouvements révolutionnaires et les guérillas en Amérique latine alors que la guerre froide faisait rage partout dans le monde.

 Au début de l’année 1961, l’une des dernières décisions du président américain Dwight Eisenhower fut de rompre les relations diplomatiques avec le régime cubain. Mais, le plan secret des stratèges américains consistait à renverser le régime qui s’était installé à La Havane. Depuis plusieurs mois, la CIA entrainait des exilés cubains. Chassés de l’île au moment de la victoire castriste et proches de l’ancien dictateur Batista ils aspiraient à rétablir le statut quo antérieur.

 Le nouveau président démocrate John Kennedy valida le projet de son prédécesseur républicain quand il prit ses fonctions en janvier 1961, assurant ainsi la continuité de la politique étrangère américaine qui n’admettait pas de dissidence dans son « arrière-cour ». Mal informés par ses services secrets, il pensait qu’un débarquement de quelques centaines de militants anticastristes provoquerait l’effondrement d’un régime honni par la population. Il donna son feu vert à l’attaque. Elle débuta le 15 avril 1961. Six bombardiers B26 américain repeints aux couleurs cubaines attaquèrent par surprise les bases aériennes castristes et détruisirent les avions qui y stationnaient sauf neuf qui avaient pris l’air. Dans la nuit du 16 au 17 avril, 1500 exilés cubains soutenus au large par des navires de guerre américain débarquèrent en deux endroits sur les plages de la baie des Cochons, située à 200 kilomètres de La Havane. Les troupes cubaines et les milices populaires appuyées par les chasseurs qui avaient échappé à l’attaque du 15 avril firent échouer le débarquement que Fidel Castro compara à Pearl Harbour. Défaits sur les plages, les agresseurs pris au piège au nombre de 1200 se rendirent. On releva 118 tués dans leur camp et 176 côté gouvernemental. La politique américaine du « gros bâton » avait échoué.

La crise des missiles

Fidel Castro renforça ses liens avec l’Union soviétique dont il demanda la protection. Une nouvelle crise, mondiale celle-là, allait bientôt éclater. En effet, dans le plus grand secret, le premier ministre cubain accepta l’installation sur l’île de missiles balistiques soviétiques à moyenne portée (1800 Km de rayon d’action), dotées de charges nucléaires, capables de détruire de nombreuses villes américaines (Miami, Dallas, Houston, Atlanta, Memphis, La Nouvelle Orléans, Norfolk) mais aussi mexicaines (Mexico). Des engins de mort étaient déjà installés et vraisemblablement opérationnels, quand un avion espion américain U2 photographia les rampes de lancement, le 14 octobre 1962. Le président américain lança un ultimatum à Cuba et à l’URSS, le 22 octobre. Il décida le blocus de l’île et exigea le retrait des armes offensives. Au terme d’un bras de fer qui pouvait déboucher sur un conflit nucléaire, les soviétiques cédèrent le 28 octobre. Ils déroutèrent les navires qui se dirigeaient vers Cuba. Le leader de L’URSS Nikita Khrouchtchev accepta le démantèlement des bases installées à Cuba. En échange, les Etats-Unis s’engageaient à ne pas envahir Cuba et à retirer des missiles américains Jupiter déployés en Turquie. Marginalisé par ses « alliés » russe qui redoutaient un affrontement avec les Etats-Unis, Fidel Castro assista à la crise en spectateur et dut accepter l’accord des deux superpuissances.

 Cuba sauvait son indépendance, au prix de son isolement et de l’hostilité de tous les pays alliés de l’Amérique. Fidel Castro ne se résolut pas à rentrer dans le rang. Au nom de l’internationalisme prolétarien, il intervint dans la guerre civile qui opposait en Angola les communistes et les nationalistes. En 1975, en réponse au soutien militaire de l’Afrique du sud, patrie de l’apartheid, au camp des nationalistes, il envoya un corps expéditionnaire de 50 000 soldats combattre aux cotés des révolutionnaires. Le conflit sanglant et ruineux pour les finances cubaines dura treize ans et se termina sans vainqueurs ni vaincus en 1988, par un accord supervisé par les Nations Unies. Fidel Castro dépêcha également des « conseillers militaires » en Ethiopie (1977), au Nicaragua (1980) et dans d’autres pays socialistes.

Icône révolutionnaire

La chute de l’Union soviétique et du camp socialiste laissa Fidel seul, sans soutien de poids, face au géant américain. Les observateurs jugeaient que l’onde de choc provoquée par la chute du mur de Berlin en 1989 finirait par ébranler Cuba comme elle avait abattu le communisme à Moscou et dans les principales capitales est-européennes. D’autant que l’embargo décrété trente ans plus tôt par les Etats-Unis étranglait l’économie cubaine, comme figée dans les années cinquante. Or, à la surprise générale, l’icône révolutionnaire survécut à tous les changements. Le « Goulag des tropiques », comme ses opposants baptisaient Cuba, résista au changement. Pendant les deux décennies suivantes, Fidel Castro vitupéra contre l’Oncle Sam. Ses diatribes rencontrèrent un écho certain dans de nombreux pays d’Amérique latine qui souhaitaient s’émanciper de l’Amérique, et dans les milieux de la gauche radicale européenne. La dénonciation de l’administration de George W. Bush, largement discréditée après les mensonges dont elle avait abusés pour justifier son intervention en Irak, rehaussèrent son prestige dans les pays du sud. Pendant quelques temps, on oublia la répression qui s’abattait sur les opposants politiques, emprisonnés. Etranglé par le blocus américain, ne bénéficiant plus de l’aide soviétique, en quête de devise, Fidel Castro accepta d’ouvrir le pays au tourisme dans les années 1990.

En 2006, la maladie le contraignit à céder temporairement le pouvoir à son frère Raoul Castro, vice-président du conseil d’Etat. Le 19 février 2008, il annonça officiellement son retrait de la vie politique. Son frère Raoul lui succéda et devint président des conseils d’Etat et des ministres. Le nouveau retraité revêtit le costume de gardien vigilant et intransigeant de la révolution cubaine. Il donna son avis sur les grands événements du monde. Les dirigeants étrangers (Benoît XVI, Vladimir Poutine, François Hollande notamment) qui visitaient le pays aimaient poser avec le vieux révolutionnaire devenu une sorte de patriarche. En 2015, le pape François lui rendit visite. Fidel Castro assista les années suivantes avec scepticisme au réchauffement des relations entre son pays et les Etats-Unis, l’ennemi de toujours. Le nouveau président des Etats-Unis allégea en 2014 l’embargo qui étranglait l’économie de l’île puis renoua les relations diplomatiques. Cette politique aboutit à la visite historique de Barak Obama à Cuba, en mars 2016, la première d’un président américain depuis 88 ans.

 Il reste désormais aux historiens à faire le bilan d’’un homme présenté comme un dictateur par ses ennemis et adulé comme un sauveur par ses partisans.

Jean-Pierre Giovenco

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26 Novembre 2016 - 8:39am

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