Françoise Héritier

  

15 Novembre 2017
feminin

Anthropologue française, née le 15 novembre 1933 à Veauche (Loire), décédée à Paris, à l’âge de 84 ans. Influencée par l’un des pères du structuralisme, l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, elle mena de front une carrière d’enseignante à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et au Collège de France et de chercheuse. Auteur de nombreux ouvrages savants (L’Exercice de la parenté, Masculin-Féminin I et II), elle travailla à identifier et comprendre les mécanismes de la domination masculine.

Elle révolutionna la recherche dans ce domaine en expliquant que la différence physique entre les hommes et les femmes avaient été « construite » à la suite d’«une pression de sélection », voulue pour les hommes. Ainsi en 2007, elle explicita sa pensée dans le quotidien Libération : « L’alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d'avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes – je pense à l'Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits « bons », la viande, le gras, etc. étant réservés prioritairement aux hommes. (...) Cette « pression de sélection » qui dure vraisemblablement depuis l'apparition de Neandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à des écarts de taille et de corpulence entre hommes et femmes. »

 Auteure d’une trentaine d’ouvrages, elle devint directrice d’études à l’EHSS et succéda à Claude Lévi-Strauss au Collège de France où elle inaugura la chaire comparée des sociétés africaines. Femme engagée dans les débats de son temps, elle milita en faveur de la lutte des sans-papiers, pour la parité hommes-femmes et soutint en 2012 la candidature de François Hollande. Elle défendit également les détenus atteints du Sida et obtint le rattachement de la médecine pénitentiaire au ministère de la santé. Elle fit entendre sa voix une dernière fois à l’occasion de l’affaire du producteur américain Harvey Weinstein, accusé d’agressions sexuelles et de viols par de nombreuses actrices. Dans un entretien accordé au journal Le Monde le 5 novembre 2017, elle accueillit avec satisfaction la prise de parole des femmes, notamment via internet: « Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes. A condition de soulever non pas un coin mais l’intégralité du voile, de tirer tous les fils pour repenser la question du rapport entre les sexes, s’attaquer à ce statut de domination masculine et anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible. C’est un gigantesque chantier. » Dans le même article, elle dénonça l’indulgence de la société face aux « pulsions masculines » : « La vie en société impose des règles ! Mais on a si longtemps accepté l’idée que le corps des femmes appartenait aux hommes et que leur désir exigeait un assouvissement immédiat ! On justifiait ainsi le port du voile, l’enfermement des femmes, voire le viol : seule la femme serait responsable du désir qu’elle suscite. Mais enfin, c’est insensé ! C’est se reconnaître inhumain que d’affirmer qu’on nourrit des pulsions incontrôlables ! Et qu’on ne nous parle pas de désir bestial ! Les bêtes ne violent pas leurs partenaires, sauf les canards je crois. Et jamais ne les tuent ».

 Mariée à l’anthropologue Michel Izard (décédé den 2012).

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15 Novembre 2017 - 4:46pm

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