Georges Séguy

  

14 Août 2016
masculin

Syndicaliste français, né le 16 mars 1927 à Toulouse (Haute-Garonne), décédé, à l’âge de 89 ans. Résistant membre du parti communiste, déporté au camp de concentration de Mauthausen, cheminot après la guerre Georges Séguy occupa la fonction de secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs (CGT). Il dirigea le syndicat de 1967 à 1982.

 Fils d’un cheminot communiste et d’une mère catholique, il devint apprenti-typographe à l’âge de 15 ans en 1942 dans une imprimerie toulousaine qui travaillait clandestinement pour la résistance. L’exécution par les occupants nazis du syndicaliste communiste Pierre Semard, un ami de son père, le poussa à s’engager dans la résistance, à adhérer aux jeunesses communistes et à diriger un groupe de Francs-tireurs et partisans français. En février 1944, Georges Séguy fut dénoncé à la gestapo par un traitre qui fut jugé et fusillé à la Libération. A l’âge de 17 ans, il fut déporté au camp de concentration de Mauthausen (Autriche). Il survécut aux mauvais traitements. Libéré par l’armée américaine en avril 1945, il pesait 38 kilos. De retour à Toulouse, il intégra la SNCF et occupa de nombreuses responsabilités syndicales et politiques au PCF. Il gravit lentement les échelons. Elu le 16 juin 1967 à la tête du premier syndicat de France à l’âge de 40 ans, il succéda à Benoît Frachon, un vétéran des luttes sociales et politiques. Moins d’un an après son accession aux responsabilités, Georges Séguy affronta la plus grave crise sociale et politique de l’après-guerre. Depuis le mois de mars 1968, déjà la contestation règnait dans les universités. Pour s’opposer à l’autoritarisme du gouvernement du général de Gaulle et à l’action de l’armée américaine au Vietnam, étudiants et lycéens manifestaient. Le 3 mai la police procèda à l’évacuation de la cour de la Sorbonne, le soir même de violents incidents se produisirent au Quartier latin. Des barricades, constituées de pavés et de matériaux de récupération, furent érigées pour empêcher la progression des forces de l’ordre. Bilan : près de 600 interpellations et plus de 100 blessés. Les reporters radios suivirent les événements et autour des transistors il y avait foule pour écouter le bruit des grenades et le choc des pavés. Le mouvement gagna la plupart des villes universitaires et le ministre de l’éducation nationale interdit au recteur de rouvrir les facultés. Une nuit de violence au Quartier latin le 10 mai, où la police prit d’assaut 60 barricades, provoqua une réaction des organisations syndicales ouvrières dont la CGT de Georges Séguy qui lancèrent un appel à une journée de grève et de manifestations le 13 mai. Ce jour-là des centaines de milliers d’étudiants, de lycéens et de travailleurs défilèrent à Paris et en province pour dénoncer les violences policières. Le lendemain les salariés de l’usine Sud-Aviation, près de Nantes, donnèrent le signal des occupations d’usines, qui s’accompagna de la séquestration de directeurs. Las de l’intransigeance du patronat, dans une société de consommation qui ne profitait pas à tout le monde, les ouvriers choisirent de suivre les étudiants. 

 La grève s’étendit aux usines Renault de Cléon et de Sandouville en Seine-Maritime avant de toucher le bastion de la marque à Boulogne-Billancourt. Progressivement le mouvement gagna le trafic aérien, la RATP, la SNCF et la Poste. Le 20 mai, dans un pays économiquement paralysé, on comptait de 9 à 10 millions de grévistes. Aux côtés parfois, à distance souvent, des étudiants, les organisations syndicales appuyaient une révolte ouvrière qu’ils n’avaient pas vu venir et dont elles ne saisissent pas toutes les motivations. Georges Séguy se méfiait des organisations d’extrême-gauche qui influençaient voire dirigeaient le mouvement étudiant. Membre du bureau politique du PCF, Georges Séguy minimisa le rôle de Daniel Cohn-Bendit dans le déclenchement des « événements de mai 68 » en s’interrogeant faussement : « Qui est-ce ? ».

 Alors que les manifestations de rue se poursuivaient, le gouvernement de Georges Pompidou tente d’obtenir un accord avec les responsables de la CGT et de la CFDT pour tenter d’en finir avec la grève générale. Le 27 mai un protocole d’accord, dit de Grenelle, entre les syndicats, le patronat et le gouvernement prévoyait l’augmentation du SMIG et des salaires, la réduction du temps de travail, l’abaissement de l’âge de la retraite et le principe de la section syndicale d’entreprise. Aucun syndicat ne signa ce protocole, chacun voulant d’abord consulter sa base.

 A Billancourt, Georges Séguy, le secrétaire général de la CGT, constata le refus des salariés de Renault d’accepter les concessions patronales. Contrairement à une idée tenace, les sifflets qui accueillirent la lecture du relevé de conclusions ne s’adressaient pas à lui mais visaient le gouvernement dont les propositions étaient jugées insuffisantes. L’accord ne fut jamais signé. Mais, n’ayant pas appelé à la grève, Georges Séguy n’appela pas à la reprise du travail : aux travailleurs de décider. Manifestations de rue, rassemblement au stade Charléty, et occupations d’usine se poursuivirent, selon le slogan de l’époque « le combat continue ». La France connut des grèves importantes jusqu’au 18 juin, date à laquelle 100 000 métallurgistes reprirent le travail, notamment aux usines Renault.

 Conséquence sans doute du vent de liberté qui avait soufflé sur la France en mai et juin 1968, Georges Séguy décida de réformer le syndicat et de lui faire connaître les « vertus de la démocratie ». Le 40eme congrès qui se tint à Grenoble en 1971 fut l’occasion d’une ouverture à toutes les forces de gauche et de facto contribua réduire l’influence exclusive du PCF. Sa ligne novatrice fut durement combattue à l’intérieur du syndicat. Georges Séguy fit face. Il soutint le programme commun de la gauche et se réjouit de la victoire à l’élection présidentielle de François Mitterrand, allant jusqu’à juger que la CGT appartenait « à la majorité » nouvelle. Favorable à une adaptation du syndicat, il choqua nombre de militants à la CGT et au parti quand il déclara vouloir « passer d’un syndicalisme de contestation et de lutte (…) à un syndicalisme de négociation, de participation, de recherche de solutions économiques et sociales ».

 Mais face aux lourdeurs de l’appareil dirigeant et à la méfiance d’une partie de ses troupes, Georges Séguy préféra renoncer à sa charge plutôt que de diviser le syndicat. En juin 1982, à 55 ans l’âge de départ à la retraite des cheminots, il ne demanda pas son renouvellement au congrès de Lille. Il n’abandonna pas pour autant la lutte pour ses idées. Il conserva un siège à la Commission exécutive de la CGT, milita au sein de L’appel des 100 contre l’installation des missiles atomiques américains en Europe, figura sur la liste communiste aux élections européennes de 1989. Président de l’Institut CGT d’histoire sociale, il approuva le soutient de la CGT à la candidature de François Hollande en 2012, mais ajouta en guise d’avertissement : « si la gauche au gouvernement n’allait pas dans ce que veut le peuple, il va y avoir une réaction terrible ».

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14 Août 2016 - 1:28pm

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