Imre Kertész

  

31 Mars 2016
masculin

Ecrivain hongrois, né le 9 novembre 1929 à Budapest (Royaume de Hongrie), décédé dans la même ville, à l’âge de 86 ans. Déporté à Auschwitz en 1944 à l’âge de 15 ans, en raison de ses origines juives, Imre Kertész survécut à l’enfer des camps de la mort et publia une œuvre littéraire couronnée du prix Nobel en 2002.

 Fils d’un modeste marchand de bois et d’une employée, Imre Kertész fut déporté avec sa famille dans le camp d’Auschwitz puis transféré dans celui de Buchenwald. Par miracle, il échappa à la mort malgré les mauvais traitements et les privations. En 1945, le jeune adolescent apprit que tous les siens avaient péri dans la Shoah. Le retour à la « normalité » passa par la poursuite de ses études. Au début des années 1950, il trouva un emploi de journaliste dans un quotidien qui passa bientôt sous la coupe du parti communiste au pouvoir. Refusant d’écrire sur ordre, on le chassa. Imre Kertész décida de devenir écrivain. Un défi impossible à relever sous la dictature stalinienne. Pour survivre avec sa femme Magda, il écrivit des comédies musicales et traduisit des auteurs germanophones, expliquant plus tard que pour lui l’allemand restait la « langue des penseurs, pas des bourreaux ».

 Vivant chichement dans un modeste appartement, il travailla sans relâche pendant quinze ans à l’écriture de son premier roman, largement autobiographique, sur la survie dans les camps de la mort, intitulé Etre sans destin. L’ouvrage fut enfin publié en 1975 dans l’indifférence générale du public et de l’hostilité du régime communiste finissant. Sa réédition en 1985 remporta un énorme succès dans le monde. Le Primo Levi hongrois affirmait connaitre intimement le fonctionnement des dictatures nazi et communiste pour en avoir été le témoin et la victime. Mais contrairement à son illustre homologue italien, également déporté qui mit fin à ses jours en 1987, il choisit de continuer à vivre. Son œuvre traduite en français recèle de nombreux chef-d’’oeuvres : Kaddish pour l’enfant que ne naitra pas (1995), Le refus (2002), Le chercheur de traces (2003), Liquidation (2004). En 2002, le jury du Nobel de littérature lui attribua son prix, pour honorer « une œuvre qui dresse l’expérience fragile de l’individu contre l’arbitraire barbare de l’histoire ». 

 Imre Kertész tira quelques conclusions sur les événements prodigieux qu’il avait vécus dans sa vie dans L’holocauste comme culture (2009). Il y présenta l’art comme une réponse – la seule possible ? – au non-sens de la barbarie : « je peux dire que cinquante ans après, j’ai donné forme à l’horreur que l’Allemagne a déversé sur le monde, que je l’ai rendu aux Allemands sous forme d’art ». Ainsi l’écrivain a transformé la matière abjecte en terreau nourricier pour la littérature. Ce n’est pas pour rien que Kertész signifie « jardinier » en hongrois.

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31 Mars 2016 - 11:36am

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