Le baron Empain

  

21 Juin 2018
masculin

Homme d’affaire belge, né le 7 octobre 1937 à Budapest (Hongrie), décédé à l’âge de 80 ans. Héritier en 1971 du puissant groupe industriel Empain-Schneider, Edouard-Jean Empain défraya la chronique des faits divers en 1978 après son enlèvement par des malfrats. Séquestré pendant 63 jours par ses ravisseurs qui lui coupèrent la phalange gauche, il fut libéré après le versement d’une rançon. Profondément affecté par l’épreuve, il se retira des affaires et partagea sa vie entre Paris et Monaco.

Homme d’affaire appartenant à la noblesse belge, président-directeur-général du groupe Empain-Schneider, Edouard-Jean Empain présidait un groupe qui contrôlait 300 sociétés industrielles, employait 150 000 salariés dans le monde et réalisait un chiffre d’affaire de 22 milliards de francs par an. Ses entreprises étaient notamment spécialisées dans la construction des chaudières nucléaires. Patron charismatique, il apparaissait régulièrement à la « une » des journaux économiques mais aussi sur les couvertures des magazines spécialisés dans la vie des stars du show-business. Le baron menait grande vie dans les beaux quartiers de Paris où il résidait à l’année. Sa richesse apparente attira la convoitise des malfrats. Le 23 décembre 1978, le grand patron quitta son appartement de l’avenue Foch à Paris vers 10 h 30. Comme à son habitude, il prit place à l’arrière de Peugeot 604, conduite par son chauffeur habituel. La voiture sortir du parking de l’immeuble et s’engagea sur la contre-allée. Après avoir parcouru une cinquantaine de mètres, le conducteur s’arrêta : un cyclomotoriste était couché à terre, apparemment victime d’un accident. A ce moment-là des hommes armés et cagoulés sortirent à toute hâte d’une estafette garée plus loin. Sans aucune difficulté, ils neutralisèrent le chauffeur et enlevèrent en plein jour le baron Empain. Bâillonnés et menottés, les deux hommes furent jetés dans l’estafette. Porte Maillot, les ravisseurs libérèrent le chauffeur, passablement traumatisés. Rapidement alertée par des passants témoins de la scène, la police établit des barrages routiers dans toute la région parisienne. En vain. Le baron s’était volatilisé.

L’angoisse de la famille, l’inquiétude des acteurs économiques et financiers, la détermination du gouvernement, le scepticisme des enquêteurs, s’accrurent quand le lendemain 24 décembre, un des ravisseurs prétendant agir au nom d’un mouvement d’extrême-gauche revendiqua l’enlèvement en téléphonant à la radio RTL : « Nous, Noyaux armés pour l'autonomie populaire, revendiquons l'enlèvement du baron Empain. Nous exigeons la libération de nos camarades avant mercredi midi sinon nous tuerons le baron. ». Les médias crurent à la piste terroriste. Après tout, des mouvements semblables existaient en Italie (brigades rouges) et en Allemagne (fraction armée rouge). Il s’agissait d’un leurre pour tromper les enquêteurs. Trente-six heures après l’enlèvement, un ravisseur appela au téléphone la famille et annonça qu’un message à leur intention avait été déposé dans une consigne de la gare de Lyon. La police s’y rendit. Elle découvrit deux messages, l’un écrit de la main du baron, un autre réclamait à la famille une rançon de quatre-vingt millions de francs, soit douze millions d’euro. Pour bien montrer leur détermination – mais aussi pour indiquer que la victime était en vie -, ils déposèrent un flacon contenant du formol. A l’intérieur se trouvait l’auriculaire gauche sectionné du baron. Les malfaiteurs menaçaient de couper d’autres parties du corps en cas de refus du paiement de la rançon. Après six jours de silence, les ravisseurs adressèrent un nouveau courrier à la famille et aux dirigeants du groupe. Des négociations secrètes s’ouvrirent. La rançon exigée baissa à 40 millions de francs. Tenus dans l’ignorance des discussions, les policiers découvrirent leur existence au bout de quelques semaines. Le directeur de la brigade criminelle chargée de l’enquête, le commissaire Pierre Ottavioli conseilla de payer une rançon factice. Une première opération de remise des fonds dans la station de Megève échoua le 22 février 1978. Les kidnappeurs l’annulèrent après avoir constaté l’ampleur du dispositif policier. L’équipe se divisa sur la suite des événements. Finalement, une majorité décida de ne pas tuer l’otage et de reprendre les négociations.

 Après un long silence de trois semaines, les ravisseurs reprirent contact. Ils proposaient un nouvel échange à la famille et au groupe. Ils ne savaient pas que la police avait été prévenue. Un inspecteur fut chargé sous un faux nom de transporter les sacs contenant la rançon en faux francs suisses. La rencontre avec quelques membres de la bande avait été fixée le long du mur anti-bruit qui longe l’autoroute A6 à l’Hay-les-roses le 24 mars. Quand les ravisseurs constatèrent qu’ils étaient cernés, ils ouvrirent le feu, blessèrent deux policiers. Un des malfaiteurs – un braqueur de banques Daniel Duchâteau - fut tué lors de la fusillade. Un second – Alain Caillol fut arrêté. Le commissaire Ottavioli lui promit de garantir la liberté de ses complices s’ils acceptaient de libérer sains et sauf le baron Empain. Il proposa à Caillol d’appeler les kidnappeurs en utilisant son téléphone. La ligne était sur écoute. Les policiers n’eurent aucun mal à localiser l’endroit où ils se terraient. Mais, deux heures auparavant, les ravisseurs prirent les policiers de vitesse. Ils libérèrent le baron Empain dans un terrain vague à Ivry-sur-Seine et lui donnèrent un billet de dix francs. Après 63 jours de captivité, il rejoignit à petits pas une bouche de métro où Il acheta un ticket. Il descendit à la station Opéra au cœur de Paris. Avec l’argent qui lui restait, il appela chez lui d’une cabine téléphonique où sa femme et la police vinrent le récupérer.

 Pendant soixante-trois jours, le baron Empain avait été détenu dans plusieurs lieux dont une tente de camping dressée dans une carrière désaffectée de Méry-sur-Oise. Enchainé, il ne vit jamais le visage de ses geôliers – six hommes et une femme – qui l’obligeaient à porter une cagoule quand ils s’adressaient à lui. Les mois suivants, les policiers arrêtèrent tous les ravisseurs, sauf un qui fut tué lors d’un braquage. Suivant leur niveau de responsabilité, ils furent écopèrent entre deux et vingt ans de réclusion lors de leur procès qui se tint en décembre 1982. Profondément affecté par la brutalité de son enlèvement, le baron Empain ne retrouva jamais une vie normale. En 1981, il vendit les parts qu’il détenait dans le Groupe Empain-Schneider.

Google news Référence: 
128
22 Juin 2018 - 6:55am

Le carnet
des jours précédents

5 Juillet 2018

21 Juin 2018

28 Mai 2018

28 Mai 2018

27 Mai 2018