Michel Rocard

  

2 Juillet 2016
masculin

Homme politique français, né le 23 août 1930 à Courbevoie (Hauts-de-Seine), décédé à Paris, à l’âge de 85 ans. Fondateur du Parti socialiste unifié en 1960, il rallia le PS en 1974. Il y incarna la « deuxième gauche » réformiste et s’opposa à la ligne politique défendue par François Mitterrand qui le nomma néanmoins premier ministre en mai 1988.

Fils d’un enseignant et chercheur qui participa à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, Michel Rocard s’engagea également dans l’action militante à gauche dans les années 1950. Nommé inspecteur des finances en 1958, il renonça à s’inscrire à la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) quand le secrétaire général du parti Guy Mollet, devenu président du Conseil, envoya le contingent combattre l’insurrection en Algérie. Avec des socialistes dissidents (Edouard Depreux, Alain Savary) il participa à la fondation du parti socialiste unifié (PSU) en 1960 dont il devint l’emblématique secrétaire général en 1967. Sous la République gaullienne (1958-1969), le PSU était alors situé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique français, entre le parti communiste et les groupes trotskistes et maoïstes qui se développèrent avant et après mai 1968. Pendant les « événements », il participa au meeting du stade Charlety où les partis révolutionnaires appelèrent à chasser de Gaulle du pouvoir pour le remplacer par Pierre Mendès France. Opposé au « centralisme démocratique » communiste et favorable à l’autogestion à la mode yougoslave, Michel Rocard prétendait instaurer « un pouvoir de transition vers le socialisme ». Après la démission de de Gaulle en avril 1969, à la suite de son échec au référendum sur la régionalisation, Michel Rocard se présenta à l’élection présidentielle du mois de mai. Il recueillit 3,61% des suffrages exprimés. Un score médiocre mais proche de celui réalisé par le socialiste Gaston Defferre (5%).

Le « rocardisme »

 Les années suivantes, il participa activement aux débats intellectuels et aux manœuvres politiques qui agitaient la gauche. François Mitterrand qu’il avait durement combattu pendant la guerre d’Algérie s’était refait une virginité politique en s’opposant avec constance et détermination au général de Gaulle et en s’emparant en 1972 de l’appareil de la SFIO, rebaptisé parti socialiste. Pour accéder au pouvoir, François Mitterrand avait besoin de la force militante et des électeurs du parti communiste. Il mit en œuvre la politique « d’union de la gauche » avec le PCF et signa un « programme commun de gouvernement » qui prévoyait les nationalisations du secteur bancaire et de plusieurs groupes industriels. Michel Rocard, qui ne cachait pas son anticommunisme, jugeait ce choix stratégique inadapté aux réalités politiques et économiques du moment. Face à cette « première gauche » traditionnelle qui semblait singer le Front populaire de 1936, Michel Rocard incarna une gauche social-démocrate ralliée au marché et prête au compromis avec les idées centristes. Une lutte pour le contrôle du parti socialiste opposa la première et la deuxième gauche, rebaptisée « rocardisme ». Après la défaite électorale de la gauche aux législatives de 1978, Michel Rocard fut sur le point de terrasser son adversaire. Populaire auprès des Français, il annonça en 1979 sa candidature à la candidature en vue de l’élection présidentielle de 1981. Il se heurtait à forte partie. Finalement, il perdit la bataille face aux mitterrandiens.

 Contrairement à son pronostic, François Mitterrand devint président de la République en mai 1981 et les partis de gauche remportèrent les élections législatives l’année suivante. La stratégie de François Mitterrand avait triomphé. Michel Rocard entra dans le gouvernement formé par Pierre Mauroy au poste de Ministre du Plan et de l’aménagement du territoire. En 1983, il hérita du ministère de l’agriculture. Mais opposé à l’instauration du scrutin proportionnel pour les élections législatives de 1986, il remit le 4 avril 1985 sa démission au président de la République. La victoire de la droite et la nomination de Jacques Chirac au poste de premier ministre semblaient sonner le glas des espérances de la gauche pour la présidentielle de 1988. C’était sans compter sur les qualités manœuvrières de « tonton ». Le président sortant fut réélu le 8 mai 1988. Avec 16 704 279 voix soit 54,02% des votants il devançait largement son premier ministre (14 218 970 voix, 45,98%). Il réalisait un score supérieur à la totalité des suffrages obtenus par les candidats de gauche au premier tour. De nombreux électeurs centristes l’avaient rallié. La « génération Mitterrand » triomphait.

Premier ministre

Les élections législatives organisées les 5 et 12 juin donnèrent à la gauche une majorité à la Chambre. Mais le parti socialiste (275 députés) manquait pour onze sièges la majorité absolue (286). Pour gouverner, il devait désormais compter sur la neutralité bienveillante du parti communiste (27 élus) ou le ralliement ou l’abstention de quelques centristes. François Mitterrand nomma Michel Rocard au poste de premier ministre. Toujours méfiant à l’encontre de son ancien rival qu’il avait pourtant terrassé, le président confia à un proche : « Je vais le nommer puisque les Français semblent en vouloir […] Mais vous verrez, au bout de dix-huit mois, on verra au travers » Le chef du gouvernement s’attaqua à de lourds dossier laissés en suspens. Il rétablit la paix en Nouvelle-Calédonie en accordant un statut d’autonomie au territoire. Il créa le Revenu minimum d’insertion (RMI) et la Contribution sociale généralisée (CSG).

Pendant toute cette période ses rapports avec le président de la République restèrent froidement professionnels. Michel Rocard s’acquittait de sa tâche avec talent et compétence. Malgré une majorité ténue à la chambre, il était parvenu à appliquer la politique voulue par le président. Mais comme il le confiait à ses amis, il savait qu’il occupait « le bail locatif le plus précaire de Paris ». Le 15 mai 1991, François Mitterrand lui demanda de démissionner. Il s’inclina sans protester et laissa la place à Edith Cresson.

 Il tenta de rebondir en devenant en 1993 secrétaire général du parti socialiste, avec l’objectif de représenter le parti à la présidentielle de 1995. Mais la vie politique en décida autrement. Au bout de sept mois seulement, il démissionna après le terrible échec subi par le parti socialiste aux élections européennes. Concurrencé par la liste radicale de Bernard Tapie soutenue en sous-main par François Mitterrand, le PS réalisa l’un des plus faibles scores de son histoire récente avec 14,5 % des suffrages exprimés. La défaite ruina les derniers espoirs de Michel Rocard de se présenter à l’élection présidentielle de 1995.

 Il cessa de jouer les premiers rôles et se coula dans le personnage du vieux sage qui prodigue ses conseils à ses jeunes pairs. Député européen jusqu’en 2009, il défendit le oui au référendum sur la Constitution de 2005 et milita en faveur de l’adhésion de la Turquie dans l’UE. En 2009, à la demande du président Nicolas Sarkozy, il coprésida avec Alain Juppé une commission sur un grand emprunt national censé financer de grands projets. Il délivra également ses recommandations : oui à la taxe carbone en 2007, non à l’élection de Ségolène Royal à la tête de PS en 2008, oui à la suppression de la dissuasion nucléaire française en 2009, non au mariage homosexuel en 2013, non à une nouvelle candidature de François Hollande en 2015. 

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2 Juillet 2016 - 9:12pm

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