Pierre Etaix

  

14 Octobre 2016
masculin

Acteur et cinéaste français, né le 23 novembre 1928 à Roanne (Loire), décédé à l’âge de 87 ans. Homme aux multiple talents – dessinateur, inventeur de gags, clown – il se fit connaitre du grand public comme acteur en apparaissant à l’affiche d’une trentaine de films dont Les clowns (1970) de Federico Fellini et en réalisant une douzaines de courts et longs métrages dont Le Soupirant (1962) et Yoyo (1965), deux œuvres saluées par la critique.

 Graphiste de formation formé à l’art du vitrail, il se destinait à un métier de dessinateur quand sa vie bifurqua vers la comédie à Paris où il s’était installé après la deuxième guerre mondiale. La journée, il réalisait des illustrations pour la presse ou la publicité ; le soir, il se produisait en solo ou en compagnie du clown Nino dans des cabarets et des music-halls comme Les trois Baudets, l’ABC, l’Alhambra, Bobino. Sa rencontre avec Jacques Tati lui permit de révéler un autre aspect de sa créativité artistique. Le cinéaste qui préparait en 1956 son film Mon oncle l’avait chargé de réaliser des dessins. De fil en aiguille, le rôle de Pierre Etaix évolua : il inventa des gags, réalisa l’affiche du film, interpréta plusieurs petits rôles et surtout devint le premier assistant de Jacques Tati pendant le tournage.

 Les années suivantes, il partagea son temps entre les planches des cabarets où il présenta des spectacles comiques et le cinéma ou il apparut dans des seconds ou troisièmes rôles. Initié à l’écriture cinématographique et à la direction d’acteur par Jacques Tati, Pierre Etaix ne cachait pas son admiration pour les grands réalisateurs du cinéma burlesque américain dont Buster Keaton, Mack Sennet, Max Linder, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy. Comme eux, il était un adepte du « slapstick » (bâton claqueur »), un style de comique muet basé sur des scènes de violence exagérée, des courses-poursuites, des bagarres. En 1961, Pierre Etaix passa derrière la caméra et réalisa deux courts métrages Rupture et Heureux anniversaire qui remporta cinq prix internationaux dont celui de l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction. En 1962, son premier long métrage co-écrit avec Jean-Claude Carrière Le Soupirant dont il interprétait également le rôle-titre fut récompensé du prix Louis-Delluc. En 1965, Yoyo se déroulait dans les milieux du cirque. La petite histoire retiendra que l’éléphant qui apparaissait dans plusieurs scènes est mort en 1997. Sa dépouille naturalisée a été installée dans la Grande galerie de l’évolution au muséum d’histoire naturelle de Paris. Le film fut primé dans les deux plus grands festivals du monde : à Cannes, il reçut le grand prix de la jeunesse et à Venise le prix de l’Office catholique du cinéma (OCIC).

 Les années suivantes, il réalisa Tant qu’on a la santé (1966) et Le Grand amour (1969) furent bien accueilli par la critique et le public. En revanche, en 1970 Pays de Cocagne, un documentaire sur les évolutions de la société française bouleversée par la société de consommation fut mal reçu. On accusa Pierre Etaix de mépriser les français moyens qui étaient interrogés dans le film. Cette méprise mit fin à la carrière de cinéaste de fiction de Pierre Etaix. Il disparut des écrans pendant près de vingt ans. Il réalisa en 1987 un film de commande pour la télévision L’âge de monsieur est avancée avec Jean Carmet et Nicole Calfan et en 1989 un documentaire scientifique pour la géode J’écris dans l’espace. Entretemps, il avait créé avec son épouse Annie Fratellini l’Ecole nationale du cirque. Durant les tournées qu’ils organisèrent à travers la France, il aimait à se produire en clown blanc. Après une traversée du désert, il apparut dans plusieurs films dans les années 2000. De grands cinéastes firent appel à lui : Jacques Grand-Jouan (2006) pour Lucifer et moi, Jean-Pierre Jeunet (2009) pour Micmacs à tirelarigot, Otar Iosseliani (2010) pour Chantapras, Aki Kaurismäki (2011) pour Le Havre.

 Les dernières années de la vie de Pierre Etaix furent troublées par un litige juridique avec une société de production qui estimait détenir les droits sur ses films, depuis invisibles. Au terme d’une bataille de cinq ans, Pierre Etaix qui avait reçu le soutien de nombreux cinéastes internationaux dont Woody Allen, fut reconnu dans ses droits en juin 2009, par un jugement du tribunal de grande instance de Paris, une décision confirmée un an plus tard par la cour d’appel. Depuis ses chefs-d’œuvre restaurés sont de nouveau visible. En octobre 2012, l’intégralité de ses films fut présentée à New York avant de ressortir en salle et d’être diffusée à la télévision. Une forme de reconnaissance pour celui qui ne cachait pas l’influence qu’avait exercé sur son travail un génie du cinéma muet comme Buster Keaton.

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14 Octobre 2016 - 2:13pm

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