Simone Veil

  

30 Juin 2017
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Femme politique française, née le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes), décédée à Paris, à l’âge de 89 ans. Rescapée de la Shoah, elle entama une carrière dans la magistrature après son retour de déportation. Engagée dans le combat politique et féministe, elle devint ministre de la santé en 1974 dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Malgré l’opposition d’une majorité de députés de droite mais avec l’appui de la gauche, elle fit voter le 17 janvier 1975 la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Simone Jacob – son nom de naissance – était la fille d’un architecte connu installé à Nice au milieu des années 1920. Après la défaite de la France de 1940, l’installation du régime de Vichy et le vote du statut des juifs le 4 octobre 1940 son père perdit le droit d’exercer son métier. La famille ne fut guère inquiétée pendant l’occupation de la région par l’armée italienne. Il en alla différemment après le renversement du régime mussolinien en septembre 1943. Les Allemands occupèrent Nice et sa région. La famille Jabob fut alors arrêtée en 1944 par la Gestapo. Son père André et son frère Jean furent déportés en Lituanie où les nazis les assassinèrent. Simone, sa mère Yvonne et sa sœur Madeleine furent envoyées en avril 1944 via Drancy au centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. Son autre sœur Denise engagée dans la résistance fut transférée à Ravensbrück où elle survécut. Devant l’avance de l’Armée rouge, les Allemands déportèrent les trois femmes au camp de Bergen-Belsen où la mère mourut des mauvais traitements subis. 

Survivante de la Shoah, Simone Jacob étudia le droit à Paris. En 1946, elle épousa un étudiant rencontré sur la campus Antoine Veil, futur inspecteur des finances. En 1952, la jeune avocate eut la douleur de perdre sa sœur Madeleine et son neveu qui périrent dans un accident de la circulation après lui avoir rendu visite. En 1956, Simone Veil réussit le concours de la magistrature. Elle occupa diverses fonctions administratives dont celui de secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Dans les années 1970, elle s’engagea dans l’action politique, d’abord en soutenant Jacques Chaban-Delmas lors du premier tour de l’élection présidentielle de 1974, après le décès du président Georges Pompidou. Après l’échec de son candidat au premier tour, elle apporta son soutien au centriste Valéry Giscard d’Estaing qui l’emporta de justesse face au candidat de la gauche François Mitterrand. Le 28 mai 1974, elle entra dans le gouvernement dirigé par le néo-gaulliste Jacques Chirac.

 A ce poste, elle mena le dur combat en faveur de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Menacé de mort par des mouvements d’extrême-droite, victime d’insultes antisémites, elle tint bon. Dans un parlement qui comptait à peine 9 femmes sur 577 députés, elle affronta les quolibets, les insultes, les provocations d’une partie de la droite qui refusait de dépénaliser l’avortement. Un député l’accusa même de provoquer un génocide comparable à celui perpétré par les nazis contre les juifs. Lors du débat, elle déclara à l’Assemblée : « Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu'il perde ce caractère d'exception, sans que la société paraisse l'encourager ? Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme - Je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. » Les débats s’éternisant dans la nuit, Jacques Chirac intervint pour convaincre les récalcitrants. Finalement, la loi Veil fut adoptée le 17 janvier 1975 grâce aux voix de la gauche et du centre et d’une partie seulement de la droite.

Reconduite en 1976 dans le nouveau gouvernement formé par le premier ministre Raymond Barre, Simone Veil devint une personnalité politique respectée dans tous les camps malgré – ou à cause – d’un caractère déterminé et cassant. A la demande du président Giscard d’Estaing, elle conduisit la liste présentée par l’Union pour la démocratie française (UDF) aux élections européennes de 1979. L’UDF remporta l’élection avec 27,61 % des suffrages exprimés et 25 députés. Le 17 juillet 1979, les députés européens l’élurent présidente du parlement européen. Au bout de son premier mandat de trois ans, elle renonça à briguer un second mandat en raison de l’hostilité du RPR.

 Opposante résolue à la gauche et à François Mitterrand, elle fit son retour au gouvernement lors de la cohabitation en 1993. Elle occupa pendant deux ans le ministère des affaires sociales, de la santé et de la ville, avec titre de ministre d’Etat, dans le gouvernement formé par Edouard Balladur. Elle soutint ce dernier lors de l’élection présidentielle de 1995. En mars 1998, le président du Sénat René Monory la nomma au Conseil constitutionnel pour un mandat de neuf ans. Elle siégea à la Haute juridiction jusqu’en 2007. Mais deux ans plus tôt, elle n’avait pas hésité à sortir de son devoir de réserve pour la cause de la construction de l’Europe qui lui tenait à cœur. Elle appela les électeurs à voter « oui » à la constitution européenne.

 En novembre 2008, elle posa sa candidature à l’Académie française et fut élue au premier tour avec 22 voix sur 29. Sur son épée d’immortelle, elle fit graver les chiffres 78651, le numéro matricule que les nazis avaient tatoué sur son bras à Auschwitz. Elle fit également inscrire la devise suivante : « liberté, égalité, fraternité », « unis dans la diversité ».

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30 Juin 2017 - 1:43pm

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