Toto Riina

  

17 Novembre 2017
masculin

Chef de la mafia sicilienne, né le 16 novembre 1930 à Corleone (Sicile), décédé dans la prison de Parme (Emilie-Romagne), à l’âge de 87 ans. Homme de main de la mafia sicilienne, il gravit les échelons de l’organisation criminelle par la violence. Surnommé « la bête », il devint dans les années 1970, le « capo dei capi » et fit régner la terreur en éliminant ses rivaux, et tous ceux qui s'opposaient à son pouvoir ( hommes politiques,  magistrats, policiers, journalistes). Auteur ou commanditaire d’au moins deux cents assassinats dont celui du juge Giovanni Falcone, il fut arrêté en 1993 et condamné à 26 peines de réclusion à perpétuité.

Le 15 janvier 1993, les carabiniers arrêtent à Palerme un automobiliste. Il s’agit apparemment d’un banal contrôle d’identité comme la police en organise depuis l’assassinat l’année précédente des juges antimafias Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Le passager, un homme d’une soixantaine d’années, ne paie pas de mine dans son costume élimé. Petit et replet, il se présente comme un comptable pressé, convoqué par son entreprise qui lui demande de rendre des comptes. Les gendarmes lui demandent le nom de sa société. L’homme refuse de la citer, pour ne pas ternir sa réputation, explique-t-il. En réalité le barrage policier n’a pas été improvisé. Il a été préparé longuement. Un indicateur de la mafia s’était mis à table. Pour protéger sa famille, il avait décidé de livrer un parrain de Cosa Nostra. Le faux comptable est en réalité Salvatore Riina, le chef cruel de la mafia sicilienne, en cavale depuis vingt ans. Surnommé Toto La Belva (la bête), originaire de la ville de Corleone, il appartenait au clan des Corleonesi. Patiemment, avec ses associés il avait mis la main sur la Sicile, éliminant par la violence ses rivaux et tous ceux qui s’opposaient à lui, membres de la pègre, policiers, hommes politiques, magistrats. Il commença sa carrière en rackettant (pizzo) les producteurs de blé de sa région. A 19 ans, il tua son premier homme et purgea une peine de prison de douze ans. De retour, il s’intégra dans une équipe de mafieux et commença à progresser dans l’organisation en éliminant ses rivaux à coup de pistolet. Il aurait tué de ses propres mains une quarantaine de personnes.

Dans les années 1970, Bernardo Provenzano et Toto Riina mirent la ville de Palerme en coupe réglée avec l’aide du maire corrompu. Grace au trafic de stupéfiants, à la contrebande de cigarettes Toto Riina et son groupe s’enrichirent rapidement. Ils blanchirent l’argent dans des entreprises du BTP notamment qu’ils rachetaient à vil prix après les avoir mises en faillite. L’ascension rapide de Riina à l’appétit insatiable irrita ses rivaux dont les territoires s’amenuisaient. Dans les années 1981-1982, une lutte à mort opposa les grandes familles mafieuses pour le contrôle de l’ile. La guerre causa la mort d’un millier de personnes. Il décida également d’éliminer tous ceux qui s’opposaient à Cosa Nostra. Des années 1970 à 1990, il commandita les meurtres des journalistes Mauro de Mauro et Mario Francese, des juges Peter Scaglione, Rocco Chinnici, Alberto Giacomelli, Antonino Scopelliti, du lieutenant-colonel Giuseppe Russo, des capitaines Boris Giuliano, Emanuele Basile et Mario d’Aleo, des commissaires Beppe Montana et Nini Cassara. Les assassinats des députés et hommes politiques Cesare Terranova, Piersanti Mattarella (président de la région sicilienne), Pio La Torre (député communiste) et du préfet général de Sicile le général Carlo Alberto Dalla Chiesa suscitèrent une vague d’indignation en Italie.

 En 1982, Riina décida d’éliminer le clan dirigé par Tomaso Buscetta qui contrôlait un réseau de drogue entre le Brésil et l’Italie. Buscetta échappa au massacre. Mais il ne put éviter l’assassinat de ses deux fils. Pour protéger sa vie et celle de sa famille, il accepta de rompre l’omerta en devenant un des premiers repentis. Arrêté, il se confia aux juges du pool anti mafia de Palerme et notamment à son chef Giovanni Falcone. Ses révélations permirent de connaître de l’intérieur le fonctionnement de l’organisation et de porter un coup sévère à ses activités. Une vague d’arrestations décima la mafia en Sicile. Ses chefs dont Toto Riina s’enfuirent. En 1986, un « maxi procès » s’ouvrit à Palerme. Pour accueillir les 475 accusés, il fallut aménager une salle d’audience baptisée « une salle-bunker ». Les audiences s’étendirent sur une année. En décembre 1987, les magistrats prononcèrent 360 condamnations dont 19 à perpétuité. Le total des années de prison infligées aux mafieux atteignit le chiffre de 2665 années. 

 Désormais une lutte à mort opposa Riina aux juges du pool anti mafia de Palerme. Quand le « chef des chefs » apprit que le juge Falcone muté à Rome ambitionnait de créer un pôle juridico-policier chargé de coordonner au niveau national toutes les enquêtes contre Cosa Nostrail décida de l’assassiner. Le samedi 23 mai 1992, alors que son avion atterrissait à l’aéroport de Punta Raisa, le juge Falcone, accompagné de son épouse de trente-six ans Franca Morvillo, magistrate également, n’avait pas de raison de s’inquiéter plus que de coutume. Qui pouvait connaître son emploi du temps ? Seuls quelques proches savaient qu’il avait décidé de passer le weekend en Sicile. Un service de sécurité allégé avait été mis en place. Une voiture blindée et trois gardes du corps, des fidèles parmi les plus fidèles - Vito Schifani, Rocco di Cillo et Antonio Montinaro – les attendaient pour les conduire à Palerme. Le véhicule s’engagea à vive allure sur l’autoroute. Il ne dépassa jamais la commune de Capaci. Une terrible explosion projeta la voiture à plus de 100 mètres. L’enquête prouva que les hommes de Riina avaient placé 1000 kilos d’explosif dans un conduit d’évacuation des eaux de pluie qui courait sous l’autoroute. La déflagration provoquée à distance emporta une partie des voies. Rapidement arrivés sur les lieux, les sauveteurs découvrirent dans les décombres de la voiture les corps sans vie des cinq passagers. Deux mois plus tard, Riina ordonna l’exécution du juge Paolo Borsellino. L’explosion de sa voiture piégée à Palerme tua le magistrat et cinq membres de son escorte.

 Au moment de son arrestation, Toto Riina préparait une série d’attentats terroristes contre l’Etat et notamment la tour de Pise. La justice italienne le condamna à la prison à vie pour avoir assassiné de sa main une quarantaine de personnes et commandité des centaines de meurtres. Sa fortune évaluée en 1997 à 125 millions de dollars a été confisquée et une de ses propriétés est devenue une école.  Atteint d’un cancer, il réclama sa libération. La justice ne donna pas suite. Il est décédé dans la prison de Parme où il était détenu depuis un quart de siècle.

J.-P.G.

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17 Novembre 2017 - 3:47pm

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