Abraham Lincoln

Il est décédé le 

Elle est décédée le

15 Avril 1865

Homme d’Etat américain, né le 12 février 1809 dans le comté de Hardin (Kentucky), assassiné à Washington, à l’âge de 56 ans. Elu président des Etats-Unis le 6 novembre 1860, réélu le 8 novembre 1864, il abolit l’esclavage dans l’Union et sortit victorieux de la guerre civile provoquée par la sécession des Etats du sud, opposés à l’émancipation des Noirs. Deux mois après la fin du conflit, il fut assassiné par des terroristes sudistes alors qu’il assistait à une représentation théâtrale.

Féroce répression contre les Amérindiens

Entré dans l’histoire comme l’émancipateur des esclaves afro-américains, Abraham Lincoln mena en revanche une politique répressive contre les Amérindiens qui défendaient leurs droits face à la rapacité de certains colons, soutenus par les autorités militaires. Pendant ses deux mandats, Il réprima avec la plus extrême violence les révoltes des tribus indiennes et notamment celle des Sioux en 1862. Ces derniers se révoltèrent quand le gouvernement américain refusa de livrer des marchandises en échange de l’achat de terres indiennes. La « guerre indienne » provoqua la mort de 800 Sioux et de 350 colons. L’armée se livra à une dure répression. Deux mille Amérindiens furent arrêtés et jugés collectivement par des tribunaux militaires. Trois-cent trois furent condamnés à mort. Lincoln accorda sa grâce à la plupart d’entre eux mais la refusa à trente-huit indiens. Ils furent pendus à Mankato (Minnesota) le 26 décembre 1862. Cent-trente autres Sioux périrent dans les camps d’internement à la suite des mauvais traitements Il s’agit à ce jour de la plus grande exécution de masse aux Etats-Unis. Le 29 janvier 1863, des militaires et des volontaires californiens massacrèrent en toute impunité quatre-cent Amérindiens Shoshones, hommes, femmes et enfants à Bear River (Idaho). Un autre massacre ( deux cent tués) eut lieu à Sand Creek (Colorado).

Né dans une famille de fermiers pauvres, Abraham Lincoln devint orphelin de sa mère à l’âge de 9 ans. Pendant son adolescente, il multiplia les emplois pour vivre (magasinier, matelot sur le Mississippi, postier). A l’âge de 22 ans, il décida de devenir avocat. Il se forma en autodidacte, étudia le droit et réussit en 1836 l’examen du barreau. Installé l’année suivante à Springfield (Illinois), il se fit élire représentant au parlement local. Fervent militant de l’abolition de l’esclavage, Abraham Lincoln était connu aux Etats-Unis comme un homme honnête, aux convictions fortes, refusant tout compromis boiteux au nom de principes supérieurs. Souvent battu aux élections sénatoriales et à la Chambre des représentants, il n’exerça en trente ans qu’un seul mandat de député. Elu en 1846 au Congrès, il fut poussé à la démission en 1848, en raison de son hostilité à la guerre avec le Mexique. Malgré ce maigre bilan, le parti républicain décida de présenter sa candidature à l’élection présidentielle de décembre 1860. Ses chances de victoire semblaient faibles. Mais, à la surprise générale la question de l’esclavage divisa les démocrates. La convention nationale désigna Stephan A. Douglas, ancien adversaire de Lincoln dans l’Illinois. Les délégués des Etats du sud esclavagistes firent scission et désignèrent John Cabell Breckindridge. Pour compliquer l’affaire, un quatrième candidat John Bell se présenta sous la bannière d’un parti constitutionnel de l’Union, créé pour la circonstance par d’anciens politiciens inquiets par la division du pays. Pour les départager, les électeurs masculins - et blancs - votèrent le 6 novembre 1860. L’éparpillement des voix profita à Abraham Lincoln qui fut élu président avec seulement 39,8 % des suffrages exprimés. Il devança le démocrate Stephen A. Douglas (29,5%), le démocrate sudiste John Cabell Breckindridge (18,1%) et le constitutionnel John Bell (12,6%). Les deux candidats – l’officiel et le dissident - du parti démocrate totalisaient 47,6 % des voix.

 Ils partageaient des convictions esclavagistes. Leur mésentente profita à Lincoln qui obtint 180 grands électeurs contre 113 à ses concurrents. Bien que minoritaire en voix, il accéda néanmoins à la magistrature suprême. Il se trouvait à la tête d’un pays profondément divisé. Le nord du pays et les Etats qui bordaient le Pacifique avaient voté pour lui alors que les Etats du sud avaient apporté leurs suffrages aux candidats favorables à l’esclavage. Quand il prêta serment le 4 mars 1861, beaucoup d’observateurs estimaient qu’Abraham Lincoln serait un président faible. Ils doutaient qu’il pût appliquer sa politique et abolir l’esclavage comme il l’avait promis. Ils se trompaient lourdement comme les événements qui suivirent le prouvèrent.

Sécession des Etats esclavagistes du sud qui fondent les Etats confédérés d’Amérique

Le chemin vers l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis fut long, tortueux, semé d’embûches. La question de l’esclavage – même si le mot n’était pas utilisé dans la Constitution – divisa le pays dès sa fondation. Entre 1777 et 1857, les Etats du nord du pays industrialisés abolirent progressivement l’esclavage. En revanche, Les Etats du sud agricole qui exploitaient la main-d’œuvre noire dans les champs de coton notamment refusaient obstinément d’appliquer une mesure qui les ruinerait. La victoire du candidat antiesclavagiste à l’élection présidentielle provoqua la panique dans les Etats du sud favorable au statu quo. Non sans raison, les « sudistes » craignaient les projets abolitionnistes du nouveau président américain et des « nordistes ». Sept Etats esclavagistes du Sud des Etats-Unis décidèrent de faire sécession. La Caroline du sud fut la première à quitter l’Union le 20 décembre 1860. Suivirent les semaines suivants : le Mississippi (9 janvier 1861), la Floride (10 janvier), l’Alabama (11 janvier), la Géorgie (19 janvier), la Louisiane (26 janvier), le Texas (1er février). Les nations rebelles sudistes s’unirent au sein des Etats confédérés d’Amérique. Il apparut que la Confédération devait se doter d’une Constitution. Le 8 février 1861, une loi fondamentale provisoire fut ainsi adoptée. Elle reprit mot pour mot le texte de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Seules différences : la Confédération accordait la souveraineté à chaque Etat membre et l’esclavage restait en vigueur. Le texte indiquait : « Aucun décret ou loi ne pourra être voté (par le Congrès) interdisant ou altérant le droit de propriété d'esclaves nègres ». Le pouvoir législatif était exercé par un Congrès des Etats confédérés comprenant une Chambre des représentants et un Sénat. Un collège électoral élisait un président des Etats confédérés d’Amérique et son vice-président. Une Cour suprême était nommée par le président. Le 9 février 1861, une assemblée constituante réunie à Montgomery (Alabama) élut président provisoire des Etats confédérés Jefferson Davis, un ancien sénateur et secrétaire à la guerre des Etats-Unis de 1853 à 1857.

En moins de deux mois, les rebelles du sud des Etats-Unis avaient réussi à mettre sur pied un Etat avec pour première capitale Montgomery (Alabama), une administration, une Constitution, des institutions avec à sa tête un président et un gouvernement. Une armée fut également créée en février 1861. Elle choisit un uniforme gris qui la distinguait de l’armée fédérale fidèle au bleu. Le 12 avril 1861, le général sudiste Pierre Beauregard déclencha les hostilités en attaquant la garnison fédérale de Fort Summer, près de Charleston. La guerre civile venait d’éclater. Abraham Lincoln riposta en appelant à la mobilisation de forces de l’Union. Quatre nouveaux Etats du sud rejoignirent les sécessionnistes de la Confédération : la Virginie (17 avril 1861), l’Arkansas (6 mai), le Tennessee (7 mai), la Caroline du Nord (20 mai 1861).

Une guerre civile meurtrière remportée par les nordistes

Le président des Etats-Unis Abraham Lincoln fixa un but de guerre qui avait l’avantage de la clarté : maintenir à tous prix l’union entre les Etats américains. Bien que l’esclavage fût à l’origine du conflit, il se garda bien à ce moment-là de réclamer son abolition, de crainte de fâcher les secteurs de l’opinion qui estimaient que cette question relevait de la prérogative des Etats. Officiellement, on se battait pour empêcher la dislocation du pays. Le président n’était pas dupe. Après une année de guerre, les troupes de l’union commandées par le général Ulysse S. Grant remportèrent une victoire significative contre les confédérés du général Robert Lee à la sanglante bataille de Gettysburg le 3 juillet 1863. Conforté par ce succès, le président Lincoln jugea qu’il était en position de force pour publier une « proclamation d’émancipation » qui déclarait libre les esclaves résidant sur le territoire des Etats confédérés d’Amériques. Désormais, les soldats de l’union luttaient pour réunifier le pays et pour libérer les trois millions d’esclaves qui vivaient dans les Etats sudistes. Le décret permit l’émancipation de 50 000 esclaves dans les régions libérées par les nordistes. Les mois suivants, les « nordistes » libérèrent de nombreuses régions et purent ainsi émanciper des centaines de milliers d’esclaves. Deux cent mille d’entre eux s’engagèrent dans l’armée. Aucune compensation financière n’était prévue pour les anciens maitres. Dans un premier temps, les 500 000 esclaves installés dans les Etats frontaliers contrôlés par l’union ne bénéficièrent pas tout de suite de la mesure d’émancipation pour d’obscures raisons juridiques. Ils durent patienter deux ans. Le décret présidentiel du 22 septembre 1863 constitua le premier pas vers l’abolition définitive de l’esclavage. Le 8 avril 1864, au terme de débats houleux, le Sénat vota (38 pour et 6 contre) le 13eme amendement à la Constitution qui abolit l’esclavage aux Etats-Unis. Le texte indiquait simplement : « Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n'est en punition d'un crime dont le coupable aura été dûment condamné, n'existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction. » Réélu facilement (56% des suffrages populaires) pour un second mandat le 8 novembre 1864, Abraham Lincoln multiplia les interventions pour convaincre les parlementaires récalcitrants ou timorés de la Chambre des députés de voter le même texte dans les mêmes termes. Finalement, le 31 janvier 1865 119 d’entre eux ratifièrent la loi mais 56 s’y opposèrent. La majorité des deux tiers étant atteint, l’amendement abolitionniste était adopté. Restait désormais à le faire ratifier par les Etats. Pendant que les congressistes s’affrontaient dans l’enceinte du parlement, les soldats nordistes infligèrent le 9 avril 1865 une défaite définitive à l’armée sudiste à la bataille Appomattox Court House. Le général vaincu Lee déposa les armes et signa sa reddition. Les Etats-Unis sortaient grands vainqueurs de la guerre civile. Le conflit avait provoqué la mort de 620 000 combattants (360 000 nordistes et 260 000 sudistes).

L’assassinat du président Lincoln par un sympathisant sudiste

Mais l’esclavage n’était pas officiellement aboli. Mais pour entrer en application, la loi devait être ratifiée par les trois quarts des Etats de l’Union. Finalement le chiffre fut atteint le 6 décembre 1865 avec la signature de la Géorgie. Officiellement, l’esclavage était aboli aux Etats-Unis. Mais, Abraham Lincoln qui avait consacré sa vie à cette cause ne connut pas ce jour heureux. Le 14 avril 1865, alors qu’il assistait au théâtre Ford de Washington à la représentation de la pièce Our American Cousin de Tom Taylor, un sympathisant de la cause sudiste John Wilkes Booth réussit à pénétrer dans la loge présidentielle et lui tira une balle dans la nuque. Gravement atteint, Abraham Lincoln mourut le 15 avril à 7h22. L’assassin du président périt lors de son arrestation. Ses complices furent arrêtés, jugés et pendus. La petite histoire retiendra que deux Etats américains ont tardé à ratifier le 13eme amendement abolissant l’esclavage: le Kentucky attendit le 18 mars 1976, le Mississippi le…7 février 2013.

J.-P.G.

Demain : Roland Topor

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7 Février 2018 - 9:38am

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